Messages étiquettés peer to peer

Communauté et gestion de la connaissance

S’il est un endroit où Internet se distingue des medias traditionnels, c’est bien dans sa faculté de mettre en relation des individus en mode pair à pair, connu dans son Anglicisme « peer to peer ».

Cette expression se retrouve dans beaucoup de lieux, allant des réseaux sociaux à twitter, mais trouve son expression dans la source même de construction de l’Internet, et dans l’un de ses tout premiers services: le forum de discussion. Internet s’est construit sur une réciprocité équilibrée entre tous les internautes: je t’ouvre mon ordinateur, tu m’ouvres le tien, et nous pouvons échanger. Il est amusant de constater que l’invention du web a représenté, probablement au désespoir de son inventeur, une régression, en réintroduisant une architecture client-serveur. C’est pour ça que de nombreuses entreprises s’imaginent être dans Internet simplement parce ce qu’elles ont un site d’information, confondant le web et la télévision. Au contraire, les logiciels les plus proches de la philosophie originelle sont ceux qui sont montrés du doigt actuellement, que ce soient emule, edonkey, napster, etc… Ce qu’on nomme le web2.0 actuellement n’est qu’un retour aux sources.

Donc c’est dans les forums de discussion que l’on trouve la plus pure expression de la puissance de l’Internet. J’en ai recensé une infime partie ici. Ce sont des lieux qui sont d’une extrême richesse, où s’échangent savoir-faire, trucs et astuces, toute une quantité de savoir qui résout bien des problèmes au quotidien. Je cite souvent comme exemple le remarquable forum des enseignants du primaires, où plus de 85.000 enseignants se sont échangés plus de 4,5 millions de messages d’une très grande intelligence.

Pour illustrer la puissance de ces forums, il est utile de rappeler l’anecdote du bug du Pentium. En 1994, Intel sort son premier Pentium, qui avait un léger défaut, avec une très faible probabilité d’erreur. Un mathématicien, le professeur Thomas Nicely, s’en aperçoit, écrit à Intel qui ne répond pas, puis écrit à quelques spécialistes du PC, avec description précise et objective du problème. L’information atteint alors un forum de discussion, comp.sys.intel. Finalement, Intel est obligé d’admettre le problème.

Comme je l’avais écrit en 2004, il est traditionnel de structurer la connaissance en trois niveaux :

Connaissance individuelle quelqu’un sait
Connaissance collective tout le monde sait Médias
Connaissance globale tout le monde sait que les autres savent Internet

C’est la grande puissance des medias traditionnels, la presse la radio, la télévision, que d’amener la connaissance au niveau collectif.

Si Intel avait eu mille clients qui connaissaient le problème, Intel aurait pu leur envoyer la même réponse de non-recevoir. Seulement, Intel faisait face à des milliers de clients qui savaient que les autres clients savaient qu’il y avait un problème.

C’est à ce niveau qu’Internet se distingue des médias traditionnels, en amenant la connaissance au niveau global, ce que les autres médias ne savent pas faire.

Internet n’a pas inventé la force des relations horizontales. Il les a tout simplement amplifié.

 

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La force des relations en peer to peer, et comment en générer de la valeur

Parmi les trois innovations qu’Internet accompagne, et amplifie, la capacité pour une entreprise, une collectivité, un gouvernement, de discuter efficacement avec la communauté est d’une puissance extraordinaire. Mais encore faut-il savoir l’exploiter. Soyons clairs : ce n’est pas facile de communiquer avec une communauté, surtout si l’on pense encore relations verticales. On voit trop souvent des sites web qui ne sont pas mieux que la télévision, ou plutôt, une combinaison amusante et peu efficace entre le questionnaire individuel et le dépouillement, un modèle consommateur de ressources.

Ce modèle n’est pas efficace, parce qu’il ne favorise pas ce qui fait la force d’une communauté: les relations horizontales, autrement dit, le peer to peer. Comme le dit si bien Moore dans son livre « crossing the chasm », il vaut mieux trois clients qui se parlent que dix clients qui ne se parlent pas. Donc, faire du codesign avec ses clients, ses citoyens, ce n’est pas leur poser des questions, récolter leur réponse, et les analyser. C’est avant tout les faire parler entre eux. Pourquoi diantre les faire parler entre eux, me répond le spécialiste des instituts de sondage?

  • Premier avantage, l’expression libre est bien plus riche que des questions qui sont, par construction, orientées.
  • Deuxième avantage, il y a beaucoup plus de contributions; quand on voit les organismes de sondage prétendre connaître la vérité avec 1000 français, alors que chaque mois il y a trois millions de messages nouveaux dans doctissimo, il est possible de s’interroger.
  • Troisième avantage, les tendances lourdes y sont plus simples à détecter, elles deviennent évidentes.
  • Quatrième avantage, les signaux faibles ont plus de chance à émerger, grâce à l’effet « longue traine ».
  • Cinquième avantage, oublier l’effet « concours Lépine« , c’est à dire des dixaines de milliers de propositions à analyser, sans grande utilité pratique de nos jours; la communauté reste finalement la meilleure manière d’analyser la multiplicité des réponses.

La richesse est donc générée par la capacité d’échanges. Quel est alors le meilleur outil pour capter cet échange? Le forum est fantastique, mais il lui manque un outil statistique. C’est pourquoi une génération de plateformes a vu le jour, combinant les principes du forum de discussion avec le principe du vote. Citons par exemple uservoice, feedback 2.0ideascale, userecho, etc…

En terme d’usage de ces plateformes, je voudrais au passage en oublier une par sa nullité affligeante : débats SNCF (18412 inscrits, la faiblesse de ce chiffre est compréhensible, quand on sait que le site voyages-sncf s’est fait incendier parce qu’il ne donne pas les bons horaires des trains, et que la seule réponse officielle de ce lieu de débat fut « vous n’avez rien compris, nous servons deux millions de visiteurs par jour »…). En revanche, je voudrais en citer deux exemplaires : Dell ideastorm, et openinternet.gov, du gouvernement Américain.

Dell ideastorm est le lieu où Dell privilégie ses relations avec la communauté. Lancée il y a deux ans environ, les chiffres de cette plateforme sont éloquents : le 1er mars 2010, la communauté a généré 13636 idées, voté 714975 fois, posté 88934 commentaires. Mais surtout, Dell a intégré 409 de ces idées dans ses produits. Voici une entreprise qui non seulement fait émerger des idées de la communauté, mais qui sait les utiliser.

Mais surtout, et c’est la raison de ma question à madame le secrétaire d’état en charge de la prospective et du numérique, qui vient d’installer un groupe d’expert en charge de la neutralité du net : bien sûr tout le monde connait l’initiative du gouvernement Américain analogue. Mais surtout, il faut dire que le gouvernement Américain utilise cette excellente méthode, qui consiste à faire émerger des idées de la communauté en la faisant discuter entre elle. Le lien est ici : http://openinternet.ideascale.com/.

Alors voilà, il est prévu de lancer, début mars, une consultation publique sur Internet. Nous sommes début mars, je ne sais pas encore où est cette consultation publique. Mais j’aimerais tellement que mon pays devienne efficace, et que cette consultation soit plus proche du modèle américain que du modèle SNCF….

 

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