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L’intérêt de l’OpenApi pour les entreprises

(note : english version here)

Le système d’information des entreprises est généralement un système fermé. Ce n’est pas forcément par crainte d’intrusion, ou de malveillance, mais parce que la philosophie de base du monde industriel est qu’il y a une vie dans l’entreprise, une vie en dehors de l’entreprise, et que la frontière entre les deux doit être simple: fermée, avec quelques points de passage bien surveillés, par exemple par une machine inventée par IBM en 1912 (l’horloge pointeuse) faisant office de système d’information, et une logique basée sur l’horaire qui permet de faire une barrière temporelle entre le dedans et le dehors.

Bien évidemment, le monde a changé. Plusieurs frontières entre l’intérieur et l’extérieur de l’entreprise, entre la sphère privée et la sphère professionnelle, ont explosé. Déjà sur le plan temporel, à part les salariés qui ont un travail posté (à peine 15% du travail actif), plus personne n’est vraiment concerné par la durée comme mesure de la création de valeur (d’où l’absurdité de la loi des 35 heures, non pas à cause du chiffre 35, mais parce que l’heure est de moins en moins une unité pertinente). Ensuite, la capacité des entreprises à mettre partout des blocages sur leur système d’information, allant de pare-feu à l’interdiction des réseaux sociaux en passant par le blocage de toute vidéo (pire que le gouvernement Chinois…), force finalement les salariés à travailler de chez eux, où ils trouvent de bien meilleures conditions informatiques que sur leur lieu de travail.

Les systèmes d’information, traditionnellement fermés, ont été bouleversés par la philosophie ouverte de l’Internet. Il a fallu quelques années avant que les entreprises ne se mettent à ouvrir partie de leurs informations sur l’extérieur; je me souviens de la révolution engendrée par UPS qui avait été innovant en décidant d’ouvrir son intranet sur le web afin de donner les dates de délivrance de ses paquets.

En 2010, il serait suicidaire pour une entreprise qui s’adresse au grand public de ne pas avoir un site web qui, a minima, offre de l’information, et au moins permet d’effectuer des transactions.

Mais ceci va vite devenir largement insuffisant, et je pense que le monde de l’entreprise devrait rendre publiques les API, qui sont des interfaces de programmation, de leur système d’information.

Observons ce qui se passe dans le monde de la politique. Le mouvement de l’Open Data est né de la volonté de certains chefs d’état d’ouvrir au public les données de l’administration; ou plutôt, pour reprendre l’excellent phrase du rapport de Nicholas Gruen remis au gouvernement Australien, de passer d’une logique où « le gouvernement protège ses données, sauf s’il a envie de les diffuser » à une logique où « le gouvernement diffuse ses données, sauf s’il y a une raison impérieuse de ne pas le faire ». C’est ainsi que le gouvernement Américain a ouvert son portail de données, que ce fut aussi le premier geste de Cameron lorsqu’il fut élu, conduisant au portail Anglais, suivi par de nombreux pays ou administrations; même le gouvernement Russe a ouvert un portail rendant publiques les dépenses de son administration.

Lorsqu’un gouvernement ouvre ses données, celles-ci se présentent sous plusieurs formats, allant de simples documents pdf jusqu’à des tableurs excel. Publier des données est intéressant, mais les rendre utiles est encore mieux. La logique a donc été de passer de l’ouverture des données à l’ouverture d’interfaces de programmation permettant à des programmeurs de réaliser des applications dialoguant avec les systèmes d’informations.

Le principe est le suivant: une municipalité ouvre des API sur son système d’information. Ensuite pour amorcer la pompe, elle crée un concours public, récompensant les meilleures applications utilisant ces API. La communauté est alors motivée pour créer de telles applications. L’intérêt pour une ville est multiple: elle se concentre sur son métier qui est de gérer la ville, elle n’a plus de problème de développements informatiques, puisque les applications sont réalisées ailleurs, l’argent du contribuable est finalement mieux dépensé, et les services rendus deviennent très nombreux. De plus, dans le modèle anglo-saxon, non seulement l’administration ne doit pas faire payer ses données, mais il est bien que ces données permettent au monde économique de s’enrichir… Un ensemble de municipalités a d’ailleurs décidé de standardiser ces interfaces de programmation, donnant naissance à Open311, site sur lequel on peut voir la liste des applications développées par des tierces personnes.

Le monde de l’entreprise devrait s’inspirer de ce mouvement. Prenons un cas d’école, en partant du bricolage. Les deux grandes enseignes, Castorama et Leroy-Merlin ont développé des applications iPhone. Ces applications ont coûté de l’argent, et ont forcé les entreprises à faire de l’informatique, ce qui est loin de leur cœur de métier. De plus, aucune de ces deux applications ne permet de passer commande directement des produits concernés, contrairement à celle de Home Depot. Imaginons maintenant que les enseignes décident d’ouvrir leurs API. Il y aura sûrement dans la communauté des clients des programmeurs de génie qui développeront des applications orientées usage, puisqu’eux-même sont clients. Ces application pourront alors, au-delà ce que font déjà celles des marques, inventer d’autres usages en laissant cours à l’imaginaire, et surtout, passer directement des commandes au système d’information. Le flux d’achat en sera ainsi augmenté.

Prenons un autre exemple: si les banquiers ouvraient leurs API (en imaginant qu’ils passent d’un mode stock à un mode flux), la communauté pourrait développer des applications innovantes, permettant de mieux gérer leurs comptes, de faire des transactions, etc… Les banquiers y gagneraient des flux, et les clients auraient des services bien plus intéressants.

Est-ce utopique? C’est déjà ce que fait Amazon dans le retail, avec d’une part les Amazon Web services, dont par exemple un permet d’adresser le tunnel de commande, et les widgets qui permettent à chacun de mettre une fenêtre d’Amazon sur son site. C’est aussi la récente innovation de paypal avec paypalX, un ensemble d’API ouvertes associées à un modèle économique de partage de revenu. C’est ce qu’a fait JCDecaux en ouvrant les interfaces des bornes du vélib, fournissant le nombre de vélos et ne nombres de slots disponibles, même si l’on aurait aimé qu’il ouvre ses interfaces du Vélib lui-même, et surtout regretter qu’il fasse machine arrière. On pourrait penser à d’autres applications, dans le monde de l’automobile ou de toutes les industries, ou de tous les services.

Le monde Internet est un monde ouvert, basé sur la coopération, l’intelligence collective, et la valeur du flux plus que du stock. Ouvrir ses API représente, pour une entreprise, la compréhension d’où se situe la valeur, et de comment l’exploiter intelligemment. Je reste persuadé que les premières qui le feront auront un avantage compétitif par rapport aux autres. Le « gouvernment as a platform » de Tim O’Reilly deviendrait, à la lumière de ce que j’ai écrit en 2008, « enterprise as a platform ». Auguste Detoeuf, dans « propos de O. L. Barenton, confiseur« , le disait lui-même: « ce ne sont pas vos brevets, mais votre rapidité d’exécution, qui vous protégera de la concurrence »; livre écrit en 1936…

(note : Owni m’a fait le plaisir de reprendre ce billet. Merci à eux !)

 

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Facebook, le futur opérateur de l’Internet ?

(note : english version here)

En apparence, Facebook est un réseau social. Rappelons qu’un réseau social n’est pas un annuaire de personnes, mais un annuaire de liens. Le principe du réseau social est basé sur la théorie des six degrés de séparation, qui énonce qu’entre deux personnes quelconques sur terre, il y a au plus cinq intermédiaires. Je prend n’importe quel Zoulou, je connais forcément quelqu’un qui connait quelqu’un qui etc… qui connait le Zoulou. Un réseau social ne s’intéresse pas seulement aux personnes, mais aussi, et surtout, aux relations. La preuve est par la négative: si quelqu’un quitte Facebook définitivement (ce qui est très difficile), ce n’est pas seulement une entrée qui est supprimée, mais l’ensemble des interactions avec ses 130 amis, la moyenne mi 2010.

Nous n’insisterons pas sur les statistiques toujours étonnantes de Facebook; par exemple 500 millions de membres dont la moitié se connecte chaque jour; contredisant une phrase que j’entends souvent : « Facebook, j’ai envie de le quitter » (phrase mettant le réseau social en phase avec la télévision). De fait, la star la plus rapide (au sens d’une étoile filante) sur Facebook a été une charmante dame Anglaise, Ivy Bean, qui s’est inscrite en 2008 à l’age de 102 ans, et est morte en 2010, ayant près de 5.000 amis, et accessoirement 56.000 followers sur twitter.

Facebook se différencie néanmoins des autres réseaux sociaux, par au moins un aspect fondamental: l’ouverture des APIs. La plupart des réseaux sociaux, y compris professionnels, ont une sémantique portée par les liens qui est plutôt pauvre. Dans Linkedin, par exemple, la sémantique se réduit à nous nous connaissons parce que.., avec un choix assez faible: parce que « camarades de classe », ou bien « employeur employé », ou bien « amis »; et aussi à nous sommes dans un même sous-groupe.

Dans Facebook, la sémantique sur les liens est ouverte, au travers d’un ensemble d’interfaces de programmation, qui permettent d’enrichir ce qui se passe entre deux ou plusieurs personnes. Les utilisateurs peuvent alors interagir de manière très différenciée, par exemple s’envoyer des fleurs, jouer ensemble, s’inviter à un apéro mini ou géant, ou bien partager un même porte-monnaie pour faire un achat commun. Cette ouverture est ce qui attire le plus les marques, y voyant l’opportunité de faire du viral à bas coût.

Bref, Facebook s’est voulu dès le début comme une plateforme applicative, quelque chose de plus sophistiqué qu’un simple réseau social. Linkedin, viadeo, qui sont restés de simples annuaires de liens, sont déjà distancés, et n’ont toujours pas rattrapé cette créativité; sans parler de « copains d’avant », à l’interface si délicieusement désuète, quel dommage vu le nombre d’inscrits.

Et puis, petit à petit, Facebook a débordé de sa plateforme et, tel un coucou, est venu se nicher sur d’autres sites que le sien, à chaque fois en apportant une fonctionnalité intéressante, mais tout de même intrusive.

La première fut Facebook connect : . Le principe est simple: lorsque quelqu’un développe un site web qui a besoin d’authentification, pourquoi s’embêter à programmer cette fonctionnalité, alors que Facebook la propose avec un effort d’intégration faible ; avec comme effet de bord intéressant que l’internaute n’a pas à rentrer une fois de plus ses informations… Facebook y gagne, car il attire plus d’internautes sur son site, et l’internaute voit sa vie simplifiée, un vrai deal gagnant-gagnant. Il est intéressant de noter, au passage, que Facebook force les internautes à être mono-identitaire, ce qui est contraire à la logique habituelle du net, où je suis différent en fonction du lieu où je me trouve, entre des forum de discussion professionnels, des forums de passionnés, meetic, second life, etc. Facebook est tout, sauf de l’anonymat.

Puis, le bouton « like » (j’aime)  est aussi devenu intégrable sur n’importe quel site. En bref : si quelqu’un se promène sur un site dont il aime le contenu, en cliquant simplement sur ce bouton, il peut le faire savoir sur son mur Facebook. C’est la même logique gagnante, le développeur du site voyant ainsi sa promotion fait dans Facebook, avec un effort de programmation faible. La même logique qui s’est développée pour les recommandations, les commentaires, le streaming, etc.

Toutes ces applications sont maintenant présentées par Facebook sous le terme générique de « social plugins » avec l’évidente intention d’être des facilitateurs de marketing viral; pas seulement sur le site de Facebook, mais sur tout autre site, dans le même esprit que les widgets d’Amazon, inventés il y a 5 ans.

Le dernier en date, qui est encore en test, est le bouton « subscribe to » ,  qui permet de s’abonner aux messages de quelqu’un, un service en concurrence directe de twitter !

La créativité de Facebook ne s’arrête pas en si bon chemin. Un autre signal faible intéressant a été la relation entre Facebook et les biens virtuels, les fameux digital goods. Ce sont des objets qui sont purement virtuels, que l’on trouve beaucoup dans les plateformes 3D comme second life, et que Facebook a commencé à commercialiser en 2008. Ces digital goods ont représenté, en 2009, un marché de 3 milliards de dollars aux US. Seulement, les biens virtuels dans Facebook représentaient un chiffre d’affaire extrêmement faible, de l’ordre de quelques dizaines de millions de dollars. Facebook a décidé récemment de changer de stratégie: de ne plus vendre de biens virtuels, mais d’inventer sa propre monnaie virtuelle, Facebook credit. Cette monnaie, qui s’achète avec du vrai argent, sert à consommer des jeux, ou des biens virtuels, dans la plateforme. Si l’on suit la logique de Facebook, cet argent virtuel pourra être utilisé sur d’autres plateformes. Facebook deviendrait-il l’apps store des biens virtuels ??? Et Facebook s’arrêtera-t-il aux biens virtuels, ou bien essayera-t-il de faire mieux que Google checkout, qui a été la tentative de Google pour devenir le portail de paiement unique, et qui n’a pas connu une croissance fulgurante ???

Et puis, très récemment, est arrivé Facebook places

Le local est le grand enjeu de l’Internet. En caricaturant: grâce à twitter, facebook, aux blogs, il est relativement facile de savoir ce qui se passe dans le monde, même dans les rues de Téhéran ou de Rangoon; mais Internet ne me permet pas de résoudre le problème suivant: il est 19h55 dimanche soir, il y a trois boulangeries qui ferment à 20h près de chez moi, je n’ai pas le temps d’aller voir les trois, et je ne sais pas laquelle possède encore du pain.

Sur ce marché du local, il y a beaucoup d’acteurs, dont des grands: Google avec google maps et la possibilité de faire des commentaires; pagesjaunes bien sûr, qui semble commencer à tout juste comprendre la logique du net; leboncoin qui a remarquablement percé; des applications prometteuses, comme dismoioù, qui a progressé lorsque leur version iphone est devenue disponible; tripadvisor bien sûr, très centré sur un domaine, celui du tourisme; et des services ludiques encore peu clairs, comme foursquare. Facebook places est très clairement dans cette arène, celle des services de proximité. La version mobile de Facebook (150 millions d’utilisateurs…) comporte déjà de la géolocalisation, malheureusement aux Etats-Unis seulement pour l’instant.

La différence entre Facebook et Google est frappante. N’oublions pas que la grande puissance de l’Internet, c’est le peer to peer. Google n’a jamais été 2.0. Google groups, qui est en fait la version actuelle de l’ancienne hiérarchie usenet (via le rachat de dejanews), est probablement le seul endroit où Google connecte les internautes entre eux. Facebook places, tout comme foursquare ou dismoioù, permet d’échanger des informations sur un lieu, selon le principe du wall. Google maps n’offre pas cette fonction.

Si Google contrôle encore fortement la publicité sur Internet, et bien sûr, contrôle la recherche, Facebook, lui, se positionne de plus en plus sur des endroits importants du net : l’authentification, le paiement de biens virtuels et pourquoi pas un jour des biens réels, les échanges d’informations, la géolocalisation, et pas seulement sur sa plateforme; partout ailleurs. Tout comme Google, pour lequel le moteur de recherche est un prétexte pour un business model innovant, l’aspect réseau social de Facebook n’est probablement que la surface émergée de l’iceberg; Facebook, comme Google, donne gratuitement son cœur de métier, pour aller chercher son business ailleurs.

Facebook est très clairement en train de prendre un rôle important dans certaines des couches applicatives du net, surtout celles qui sont virales; avec probablement comme désir d’être un jour l’opérateur de l’Internet, en contournant Google là où il est absent, et se positionnant sur la vraie valeur : le peer to peer, dont il souhaite devenir l’opérateur privilégié.

 

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A quoi peut servir un iPad ?

Comment ai-je procédé ?

Tout d’abord, j’ai trouvé un site de partitions bien fait, payant mais très raisonnable : pianopublicdomain.

Ensuite, j’ai mis les fichiers sur le cloud, grâce à dropbox.

Puis j’ai utilisé goodreader pour les charger sur l’iPad, depuis dropbox.

Mais surtout, n’oublions pas le magnifique demi-queue pleyel de 1898, numéro 118020…

 

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La force de la communauté : réflexion pour un ISP

En ce dimanche de mai, sous le signe du muguet, j’ai envie de parler de mes ISP, et de leur communauté.

Je devrais dire, de leurs communautés.

Etant un peu geek sur les bords, j’ai une installation à la maison qui se décompose de la manière suivante :

  • un accès Numéricable fibre optique, théoriquement en 100 Mb/s download et seulement 5 Mb/s upload, et de fait en 25 download / 3,5 upload mesuré
  • un accès free, hélas en ADSL seulement (Billaut-San, toi qui a un lien de peering direct avec Dieu, tu veux pas demander à Xavier qu’il m’installe un NRO près de chez moi ???)
  • un routeur Netgear FVS336G connecté aux deux ISP, routeur qui fait du load balancing, mais que j’ai mis en fail over, vu la différence de débit (25 Numericable, 7 chez Free). Au passage, je pensais que jamais les deux ISP tomberaient en panne en même temps; eh bien si, je suis resté sans ISP pendant une semaine (free) et trois semaines (numéricable) en même temps, en novembre 2009; rageant !
  • puis quelques trucs : un point d’accès wifi, un téléphone Dect IP Siemens, une imprimante, quelques ordinateurs et serveurs de fichiers, etc..

Aujourd’hui, pour tout ce qui est très hightech, par exemple quand j’achète un matériel, ou un soft, mon premier réflexe est d’aller voir s’il y a une communauté. S’il n’y a pas de vraie communauté, i.e. un endroit où s’échangent trucs et astuces, alors je n’achète pas. Mes serveurs de fichiers sont des synology, non seulement parce qu’ils sont bons, mais parce que l’entreprise offre tous les outils nécessaires pour discuter avec sa communauté: un blog, un wiki que tout le monde peut éditer, un très bon forum, et, bien sur, un compte twitter. Synology a, de plus, la politesse de signaler les forums non officiels. C’est un exemple remarquable d’une entreprise qui ouvre tous ses canaux pour ses clients.

Free est presque dans ce même cas de figure, à la différence que les communautés sont spontanées, donc nombreuses, avec tout ce que cela signifie comme gauloiserie. Il y a : l’ADUF (93.000 membres et 960.000 messages, soit une dynamique de 10,27), freenews (85.000 membres et 760.000 messages, soit une dynamique de 9), Freeplayer autour de la partie multimedia (50.000 membres et 62.000 messages, soit 1,2), Freephonie autour de la voix sur IP (34.000 membres et 30.000 messages, soit 0,85), Freeks (21.000 membres et 492.000 messages, soit 23.4), Freebox forum (14500 membres, 71400 messages soit 5), Univers freebox, le journal des freenautes, et Freeportail, qui sont des sites de news, Freebox news (4500 membres et 17.800 messages, soit 3,9), Le freenaute (2500 membres et 63800 messages, soit 25), les freenautes sur mac (850 membres et 4800 messages, soit 5,7), et des sites plus spécialisés, comme Freebre pour la fibre. Il faut aussi signaler que, dans la logique open API, Free laisse les internautes faire des sites d’informations, ce qui permet à frimousse de nous offrir en temps réel l’état des DSLAM, de connaître la progression du dégroupage ou celle de la fibre optique. Enfin, une innovation que je trouve remarquable: depuis le 19 mars, des clients de free ont ouvert un concept store à Nancy. Free a l’habitude de discuter avec ses communautés une fois par an. Signalons enfin, car il mérite d’être rempli, que Free a ouvert un wiki.

Maintenant, Numericable. Il y a Misericable (10.000 membres et 38.000 messages, soit 3,8), le forum génération cable (4500 membres pour 155.000 messages, soit 34; il faut signaler qu’il y a des techniciens de numericable qui répondent sur ce forum, ce qui le rend très intéressant), Cable-info (7500 membres), Cable-box (786 membres et 2300 messages, soit 3). Mais c’est sur le forum de Netgear (60.000 membres pour 383.000 messages, soit 6.4), dans sa sous-section consacrée aux routeurs spécifiques utilisés par numéricable, que se trouve une communauté très active.

Un peu de technologie, avec mes excuses. Free laisse le choix à ses internautes de se servir de la Freebox comme simple modem, ou bien comme modem routeur. Numericable, à l’inverse, a décidé de ne pas proposer cette alternative (alors qu’elle était disponible auparavant). Cette logique n’est pas acceptable pour des clients qui veulent séparer la fonction routeur de la fonction modem. Il fallait donc passer par une horrible astuce: ouvrir une DMZ sur le routeur de Numericable, puis mettre le routeur derrière en IP fixe sur cette DMZ. L’impact est connu: cascade de protocoles, donc perte de débit.

Mais voilà que deux membres de la communauté, ingénieurs de talent (Jer0me24 et spierrel) ont réussi à contourner cette contrainte, et viennent de proposer une méthode (que je viens de réaliser) pour mettre le Netgear en mode modem seul. Bravo à eux.

Alors, que va-t-il se passer? Soit Numericable commet l’erreur de se facher, et va donc changer de firmware et fermer définitivement l’accès SSH, ce qui rendra la communauté furieuse. Soit, comme l’a fait Lego quand des internautes ont hacké le site de lego factory pour améliorer son simulateur, Numericable remercie la communauté de sa coopération, et décide d’offrir officiellement la possibilité de mettre l’équipement en mode modem simple.

Numericable aurait tord d’aller vers la première solution. Le monde évolue de plus en plus vers le codesign, et la capacité d’une entreprise à travailler avec sa communauté sera un plus. L’exemple de Dell ideastorm, où la communauté a proposé 13.000 idées, dont plus de 400 sont déjà dans les produits de Dell, est là pour nous le montrer. Le fait que Numericable ait porté plainte contre un site qui montrait le déploiement de sa fibre ne me laisse guère d’espoir…

 

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L’Internet en danger ?

C’était trop beau. Les gouvernements de tous bords, indépendamment de toute tendance politique, ne comprennent pas plus Internet que beaucoup de patrons de grandes entreprises traditionnelles. Et lorsqu’on ne comprend pas quelque chose, la réaction la plus simple est de l’éteindre.

Internet véhicule des valeurs communautaires, et la force du réseau s’oppose à la hiérarchie, aux lobbys. Comme je l’ai déjà écrit dans ce blog, jamais la phrase de Napoléon n’a été aussi forte : « Le commerce unit les hommes; tout ce qui les unit les coalise; le commerce est donc nuisible à l’autorité ». Ce brave Napoléon, qui a vendu le quart du territoire Américain, et avec, le contrôle des gués du Mississippi, donc le blocage de l’expansion Yankee, pour un million de dollars, lui permettant de financer ses campagnes Européennes qui furent un échec total. Quel homme admirable, ce Napoléon…

Alors voilà, déjà il y a le débat sur la gouvernance de l’Internet, les Européens voulant la confier à l’ONU. Or, dans cette gouvernance, il y a un sujet sensible : le DNS. Un éclatement du DNS signifierait plusieurs Internet, et le réseau planétaire disparaîtrait. Déjà, Poutine a demandé à la Douma de plancher sur un DNS propre à la Russie, afin de pouvoir taper des adresses en Cyrillique. Mais voilà que les Chinois ont déjà ça depuis 2006 ! C’est encore plus efficace qu’un pare-feu…

Plus près de chez nous, la LOPPSI (je sais, ce n’est pas le site officiel, mais c’est ce que google ramène en premier; wikipedia en deuxième, et ce site en troisième), mais surtout l’absurde décision de l’Italie de superviser les vidéos sur les sites web.

Et voilà la cerise sur le gateau: l’Union Européenne projette de forcer les sites web de commerce électronique à avoir au moins une boutique physique ! Et en plus, c’est au nom de la concurrence que ce projet est lancé… Quelle farce !

Internet est un outil magnifique, mais fragile. Il appartient au patrimoine de l’humanité, il a été construit par des pionniers, qui avaient un idéal. Cet idéal devient une réalité. Il ne s’agit pas, une fois de plus, de rendre le monde meilleur, il s’agit juste de nous aider à nous adapter aux changements de l’environnement. Internet est justement l’outil idéal pour réaliser cette adaptation. Pourquoi ? Parce que le réseau est plus résistant que la hiérarchie dans un monde à la complexité croissante. Lors du 11 septembre, lors du tremblement de terre en Haïti, Internet seul a résisté au stress. Les entreprises en réseau sont plus performantes que les gros mastodontes hyper hiérarchisées. Et les salariés proches du terrain se mettent justement en réseau pour être plus efficaces, comme l’illustre le magnifique forum des enseignants du primaire.

Alors, il ne reste plus qu’une chose : la formation. C’est mon combat au quotidien : former les individus à comprendre Internet, ses enjeux, la transformation du monde qu’il induit et accompagne. Et je n’ai eu jusqu’à maintenant qu’à me féliciter de l’ouverture et de l’écoute des dirigeants de PME, des étudiants, des quidams, avec qui j’ai eu le plaisir de partager ma vision.

J’aimerais tellement que nos hommes politiques, nos leaders, nos PDG, nos têtes pensantes, aient l’humilité de se former à Internet. S’ils comprenaient, ils seraient plus performants, plus estimés par leur élus. On arrêterait de manger des tranquillisants, on travaillerait plus efficacement, on arriverait à mieux combiner vie personnelle, vie familiale, vie professionnelles; trois facettes de nous-même tellement imbriquées. C’est toute la refondation d’une systémique qui est à faire. Et la bonne nouvelle, c’est que l’outil Internet arrive à point nommé pour nous y aider.

A condition d’apprendre à s’en servir.

 

le mendiant, le cuisinier et le juge; ou l’économie de l’immatériel au moyen âge

C’est une histoire unique, que l’on retrouve dans plusieurs pays du monde, au moyen âge. On la retrouve en Corée, en Chine, en Afghanistan, en Angleterre, en Bretagne. Après quelques recherches, je pencherai pour un des contes de Nasr Eddin Hodja. Si un historien peut m’aider sur cette quête, je lui en serais reconnaissant.

L’histoire est la suivante: un mendiant s’approche d’un bon restaurant, mais est trop pauvre pour rentrer. Le cuisinier est furieux de le voir rôder autour de son établissement, tente de le chasser, et finalement lui demande de l’argent. L’affaire va devant le juge, qui écoute les parties, le mendiant disant : « je n’ai pas consommé, donc je n’ai pas à payer », et le cuisinier rétorquant « il n’a pas mangé mais il a humé; or l’odeur comme la saveur est le fruit de mon expertise, donc il doit payer ».

Nous pouvons y voir déjà une confrontation entre deux types d’économie : une économie de la matérialité, ou la valeur est dans un objet physique, la nourriture dans ce cas, et une économie de l’immatérialité, ou la valeur est dans un élément intangible, à savoir le résultat d’une expertise. Que cette histoire se passe au moyen-âge, et qu’en plus son rayonnement couvre une géographie encore plus vaste que l’empire de Gengis Khan, en illustre l’importance. Nous sommes là devant une des vielles légendes de l’humanité.

La solution apportée par le juge est encore plus intéressante. Tout d’abord, j’ai coutume, lorsque je la raconte devant un auditoire, de demander qui prend partie pour le mendiant, et qui prend partie pour le cuisinier. Bien sûr, très peu sont du côté du cuisinier. Il est vrai que demander de l’argent à un pauvre mendiant qui n’a rien dans le ventre n’est pas très sympathique. Mais, bizarrement, très peu sont aussi du côté du mendiant. Pour moi, la raison de cet embarras réside dans le fait que, même aujourd’hui, nous ne sommes pas dans l’économie de la matérialité. Sinon, pourquoi irions-nous payer cher dans un étoilé du Michelin, alors qu’un simple MacDo offre de la nourriture pour un prix beaucoup moindre. Donc, nous donnons raison quelque part au cuisinier, surtout lorsqu’on sait que la langue ne distingue que très peu les saveurs; en fait elle distingue essentiellement chaud – froid, et acide – base. C’est l’odeur qui fait la beauté. Tous les amateurs de vin le savent, mais surtout une expérience simple le montre: il suffit de bander les yeux d’une personne, et de lui donner à manger une pomme en lui faisant humer une poire.

Donc, comment le juge réconcilie-t-il les deux économies, et les deux parties ? Il se tourne vers le mendiant, lui demande une pièce de monnaie; le mendiant, probablement furieux d’avoir perdu, lui donne son unique pièce. Le juge se tourne alors vers le cuisinier, fait tinter la pièce, lui dit « Tu as entendu ? Tu es donc payé », et rend la pièce au mendiant. Que fait le juge en fait? En mettant de la valeur dans un son, il crée une monnaie alternative, ce son qui, aujourd’hui existerait sous la forme d’un fichier MP3, et serait appelé un bien digital.

Ces fameuses monnaies alternatives ne sont pas récentes, et ne sont pas limitées à quelques rares exemples. Les miles des compagnies aériennes, les SEL, les SOL, sont autant d’exemples de telles monnaies. Le site « the transitioner » en recense de nombreuses, et Thierry Gaudin a fait un article intéressant sur ce sujet. Les mondes virtuels, qui ont inventé des monnaies parallèles, font circuler des sommes colossales. On estime à 3 milliards de dollars le montant dépensé en 2009 en biens digitaux. Twitter s’y met également, en inventant une monnaie, le twollars. Ce twollars peut s’échanger via twitter (le compte s’ouvre avec 50 twollars), mais peut s’acheter pour un prix de 10 centimes le twollars sur des sites de charité. Contrairement à Second Life, Twitter n’encaisse pas d’argent.

Une fois de plus, Internet n’invente pas de nouvelles formes sociales. Il nous permet de revisiter des formes anciennes, de les remettre au goût du jour, et de les amplifier.

Autant le champ de la technologie construit un corpus de connaissances qui ne cesse de s’enrichir, autant le champ du social n’est qu’une constante revisite.

 

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un petit florilège juridique…

Au hasard de mes surfs, j’ai découvert le premier salon 3D interactif consacré au tourisme. Je me disais chic, voilà un projet innovant, qui a compris l’intérêt des mondes virtuels, et je m’apprêtais à analyser le contenu de leur offre.

Et puis, mince, pas de chance, j’ouvre sur leur site les mentions légales, et là je tombe sur une logorrhée de protections, sur-protections, menaces, etc.. dont je vous livre les meilleurs extraits.

Tout d’abord : « la mise en place d’un lien vers le site www.3d-live-meeting.com nécessite une autorisation préalable et écrite de la société 1001 Services« . Dommage, donc je ne ferai pas de lien.

A cela vous rajoutez (toujours dans la même page) « Il est formellement interdit de recopier ou reproduire le contenu du site internet. Les violateurs feront l’objet de poursuites judiciaires« . Aïe, déjà qu’on a Hadopi…

Et puis, aussi, cette autre phrase : « Nous ne sommes en aucun cas obligés de répondre à toutes les correspondances reçues, (…) ni de financer vos commentaires ou sollicitations« . Je suis déjà tellement refroidi que je n’ai même pas envie de faire un commentaire !!!

Surtout que, un peu plus loin, on lit ; « En dépit du bon accueil que nous réservons à vos commentaires et rétroactions concernant ce site (…) veuillez noter que tous les commentaires, rétroactions, idées, suggestions, et autres doléances de ce type (…) deviendront et resteront la propriété de 1001 services« .  J’en déduit deux choses : un ces gens assimilent une idée à une doléance, et deux ils gardent tout leur contenu, mais ils prennent les idées des autres (Khrouchtchev déjà disait : « ce qui est à moi est à moi, ce qui est à toi est négociable »). Ceci en dit long sur leur approche de la coopération.

Donc je ne ferai pas de liens hypertextuels,  je ne reproduirai pas leur contenu, je ne demanderai pas d’argent pour des doléances que de toutes façons je ne ferai pas.

Néanmoins, je serais curieux de savoir comment peut-on marier le meilleur du web avec de telles menaces, et une telle attitude protectrice, quand on sait l’impact de twitter et autres outils de marketing viral sur les ventes ???

Il n’y a pas d’innovation sans risque, et pas de risque sans confiance…

 

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Hadopi : et après ?

La loi Hadopi est passée. Nous n’insisterons pas sur les graves défauts de cette loi, commentés de nombreuses fois, dont wikipedia fait une excellente synthèse. A moins d’être un anarchiste brutal, il ne reste donc plus qu’à accepter la triste réalité. « dura lex, sed lex ».

Et aussi à se poser la question de savoir ce qui va se passer. Bien sûr, et cela a déjà été commenté de nombreuses fois, cette loi est inapplicable, elle amènera contestations sur contestations, et sera surtout un gâchis d’argent totalement inefficace.

Je voudrais proposer ici un autre point de vue : que va-t-il se passer pour l’industrie du disque, et surtout pour les majors, qui ont tellement insisté pour cette loi ? Et pour cela, je suggère de partir de l’évolution des usages, et des modèles économiques, car, dans un monde capitaliste, ce sont les clients qui tirent l’innovation et qui font le chiffre d’affaire, pas les lois.

Partons de quelques constats simples. Tout d’abord, le modèle économique de la musique est tout sauf un modèle stable. Bach était un musicien de cour, puis organiste d’église, et enfin maître de chapelle, et dans ses dernières années, gagnait sa vie en composant une cantate par dimanche. Mozart vivait de commandes, argent qu’il dépensait tout aussi vite qu’il le gagnait. Chopin essaye d’augmenter le prix de ses publications papier, puis Liszt invente le concert moderne. Arthur Rubinstein comprendra le premier l’intérêt du disque, et aujourd’hui, le modèle économique bascule vers un modèle de valeur dans le flux et plus dans le stock, comme je l’ai déjà écrit dans ce blog.

Deuxième constat, les clients, comme les jeunes créateurs, cherchent des rencontres. Ce que le modèle de la longue traine montre, c’est un basculement d’un modèle de marketing de masse vers un modèle de marketing communautaire. L’étude que j’ai citée de 2003 qui montre qu’Amazon a réussi à créer 800 millions de dollars supplémentaire rien que sur les livres de la queue de distribution est de plus en plus d’actualité. Autrement dit, la valeur se déplace des grandes vedettes vers les musiciens qui n’auront pas forcément une renommée mondiale, mais qui, grâce à Internet, et au peer to peer, rencontreront leur public.

Donc, la valeur se déplace vers le marketing communautaire, car c’est ce que le public souhaite. Ajoutons à cela un dernier truisme: le matraquage publicitaire ne marche pas. Il sera de moins en moins possible d’imposer Julio essuieglasse ou la starAc, parce qu’Internet, ce n’est pas la télévision : la valeur est dans les forums de discussion, dans twitter, dans les réseaux sociaux, dans les échanges entre les internautes; bref dans le peer to peer.

Que vont donc faire les majors ? Soit elles vont camper sur leur positions, et constater deux choses: une baisse de leurs revenus (mais elles ne pourront plus prétendre que c’est à cause du « piratage ») et un  assèchement de leur catalogue, qui comportera de moins en moins de jeunes artistes. Soit elles vont comprendre (si ce n’est déjà fait) que le marketing qui fonctionne est un marketing communautaire, et vont alors se résoudre à imiter ce que, dans le domaine bancaire des prêts en peer to peer, Virgin Money a fait, en rachetant circle lending. Obligées d’admettre que le monde a changé et que le modèle en peer to peer qu’elles ont combattu est celui qui apporte de la valeur, elle vont donc se résoudre à faire leur shopping. Ce sera la course, à qui va racheter sellaband, qui va racheter mymajorcompany, qui va racheter slicethepie, etc…

Et comme ce modèle communautaire qui vit dans le flux est celui qui fonctionnera, ces mêmes entreprises se retrouveront face à une loi Hadopi qui, brusquement, deviendra une gêne, et les empêchera de faire du business. Entre temps, les artistes ayant repris du poil de la bête, comprendront qu’il ne s’agit plus de se contenter de quelques maigres pour cents comme actuellement, et rappelleront que, dans ces modèles économiques nouveaux, non seulement ils peuvent prétendre entre 30 et 50% de la valeur finale, mais que le rôle du diffuseur est d’augmenter les flux, pas de les diminuer.

J’imagine donc très bien, dans quelques années, que les majors, ayant finalement absorbé les nouvelles règles économiques,  reviendront la queue basse devant le gouvernement pour demander la modification, voire l’abrogation de cette loi. L’arroseur arrosé, en quelque sorte. C’est ce que je leur souhaite, plutôt que de disparaître…

 

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France, confiance, et paradoxe

Chaque peuple a un problème culturel profond dont il a du mal à se débarrasser. La violence aux Etats-Unis, par exemple, pays où tuer ouvertement dans des lieux publiques semble être une fatalité. En France, ce serait le manque de confiance dans l’autre. Ou, pire, soit l’autre est de la même caste et tout lui est pardonné, même les pires turpitudes; soit il n’est pas, et la méfiance est la règle de base.

Ceci se voit dans multiples endroits, comme les réunions de parents à l’école, ou bien les réunions de copropriétaires, qui sont des moments propres à faire douter de l’humanité. Ceci est même inscrit dans la constitution, et son usage. L’article 49, qui contient la motion de censure, un instrument qui confère à l’assemblée nationale un contre pouvoir purement négatif, là où les Etats-Unis, qui connaissent la valeur du mode coopératif, pratiquent des commissions bi partisanes; et son voisin le 49-3  - une honte du système politique français – utilisé 82 fois, pour des motifs pas franchement adaptés à la violence de la procédure, sont d’aveuglants exemples de non confiance.

Je pense que ce manque de confiance est la cause d’un des graves problèmes du système français: la faiblesse de l’innovation. Nous avons un manque cruel de communication entre la R&D, surtout Universitaire, et le monde industriel; et ce pour des raisons idéologiques basées sur le manque de connaissance réciproques. Et comme il n’y a pas de confiance a priori, le dialogue ne se restaure pas. La faiblesse du tissus des moyennes entreprises en est un autre exemple, etc…

Or, il n’y a pas d’innovation sans risque, et il n’y a pas de risque sans confiance.

Et la confiance passe par le peer to peer. Dans l’extraordinaire article de François Rachline, paru dans Enjeux les Echos, je lis cette phrase, prononcée par Napoléon : « Le commerce unit les hommes; tout ce qui les unit les coalise; le commerce est donc nuisible à l’autorité » . Une phrase d’un modernisme extraordinaire, totalement orthodoxe; une histoire très française finalement.

Eh bien, le paradoxe semble bien être le suivant : le système hyper centralisé de type Napoléonien n’est performant que parce qu’il produit son contraire, et que son contraire reste, bien sûr, discret.

Prenons un exemple de structure hyper hiérarchisée, citée en exemple comme modèle de ce que la France produit de mieux: son éducation. Eh bien, oui, je confirme que le système éducatif français est l’un des meilleurs au monde. La preuve : le forum des enseignants du primaire.

Voici un forum de discussion immensément riche, à la structure simple, claire et efficace, où les enseignant s’échangent des bonnes pratiques; où, à l’heure où j’écris, 22h39, 900 professeurs sont connectés en direct; qui a généré à ce jour plus de quatre millions de messages; et qui a osé faire ce que l’on pensait impossible: se mettre en mode collaboratif en ouvrant un espace de dialogue avec les parents. Surtout, ce qui est encore plus porteur d’espoir pour l’avenir : il y a 80.000 inscrits à ce forum. 80.000 enseignants du primaire qui dialoguent entre eux de manière constructive, dans un parfait mode réseau.

Et ce forum n’est pas le seul dans le domaine éducatif, ou proche. Citons le forum des classes prépas (15.000 membres), le forum mathématique (58.000 membres), le forum de Philagora (43.000 membres), et probablement d’autres, que je n’ai pas identifié.

Que des dizaines de milliers d’enseignants trouvent, dans des structures en peer to peer, basées sur la confiance réciproque, le moyen de mieux exercer leur métier, indique que, finalement, la France a plus compris qu’on ne l’imagine les intérêts du modèle Internet.

C’est une excellente nouvelle.

 

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Confusion, confusion…

Lu sur le site de PC-Impact : « Un internaute condamné à 6 mois fermes pour escroquerie » .

Je suis, une fois de plus choqué qu’un journal professionnel, non seulement s’amuse à retranscrire des faits divers, mais surtout puisse caractériser cet individu « Un internaute » .

Imaginerait-on un titre de journal: « un alphabétisé commet un meurtre » ?

Internet est un media neutre, c’est sa grande puissance. Quand on y met du bien, il véhicule du bien. Quand on y met du mal, il véhicule du mal. Comme disait Mc Luhan, « nous allons passer d’une civilisation de media chauds et de spectateurs froids à une civilisation de spectateurs chauds et de media froids » .

Cher PC-Inpact, à l’heure où nous faisons face à Hadopi 1 et 2, et LOPPSI, s’il vous plaît, ce n’est pas « un internaute » qui a commis un délit; c’est « un escroc » , inutile d’aller chercher plus loin.

Nous sommes dans un monde où, hélas, la morale l’emporte que l’éthique; le process sur l’intelligence.

Heureusement, j’ai vu Jean-Michel Billaut aujourd’hui. Son énergie est incroyable, malgré ce qu’il a subit. Allez vite le réconforter sur son groupe sur Facebook, « Billaut show must go on  »  c’est un acte positif !

 

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