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Réponse à Richard Descoings, directeur de Sciences Po

Je lis avec intérêt cette interview de Richard Descoings, qui parle du numérique et de Sciences Po.

Lors de ma carrière professionnelle dans l’informatique, j’ai toujours apprécié les personnes formées à Sciences Po, pour leur compréhension de l’équilibre entre l’approche technologique et les usages. C’est pour moi une quintessence d’un enseignement entre humanisme et technologie. C’est donc avec immense intérêt que je considère l’approche du directeur de cet excellent institut.

J’avoue être surpris.

Je ne vois dans ses propos rien sur la politique 2.0, rien sur l’opendata, rien sur le gouvernement 2.0. Comment peut-on alors affirmer que la France n’est pas en retard, quand on voit que ce qui va faire les hommes politiques de notre pays de demain matin ne semble même pas enseigné aujourd’hui…

Je suis intrigué quand je vois dans cette interview que les problèmes de droits d’auteurs se posent comme contrainte à la diffusion d’un cours. Le parlement Australien vient de décider de passer sous licence Creative Commons V3. Pourquoi pas les cours de Science Po ?

Le monde Internet s’est construit dans une logique de rapidité et de « best effort ». La qualité s’y inscrit dans le temps, la qualité totale a priori est un facteur limitant. Dire que « je ne mets pas de vidéo en ligne parce que les gens en ont assez au bout de dix minutes » est totalement en décalage par rapport à cet état d’esprit. Aujourd’hui, non seulement les contenus sont en ligne, mais en plus la tendance est de publier des API qui permettent aux citoyens non seulement d’y accéder, mais de concevoir eux-même les applications les utilisant. Aujourd’hui, c’est l’internaute qui décide de ses usages, pas le fournisseur d’informations. Et si, à l’instar de ce que font des municipalités via le mouvement open311, Sciences Po se posait la question de laisser les étudiants manipuler le contenu comme bon leur semble, et créer eux-même des applications ? Peut-être même que l’apprentissage y gagnerait encore plus en qualité…

Enseignant dans plusieurs établissements, je suis intrigué de constater que le système éducatif supérieur prépare très bien au monde d’hier… Pour reprendre les propos de Richard Descoings lui-même, si Sciences Po ne se met pas à fond dans la philosophie d’Internet, alors oui, je confirme que son peu d’avance va devenir un très gros retard ! Sciences Po est une fabuleuse école. Elle n’aura aucun problème à se plonger dans le monde de demain.

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Les comptes twitter de l’administration française

M’intéressant à la politique 2.0, je suis tombé sur ce blog intéressant qui recense les comptes twitter des gouvernements Australiens. Le chiffre est d’environ 155, allant du fédéral au local.

Je me suis posé la question de ce qui se faisait en France, et j’ai commencé à dresser la liste des divers comptes twitter de l’administration. J’en ai recensé 91 102 pour commencer.

Je suis sûr que cette liste est loin d’être exhaustive. Dans le plus pur mode 2.0, j’ai donc mis en place un tableur excel à cette adresse, qui contient les premiers comptes twitter que j’ai trouvés (attention, il y a plusieurs onglets). Vous êtes cordialement invités à rajouter des éléments à ce tableur lorsque vous en connaissez, si possible à la fin de chaque onglet, et en coloriant en vert pale la cellule des addenda. Je mettrais alors à jour régulièrement cette page.

Tout d’abord, un fait amusant: au niveau national on trouve beaucoup de comptes twitter de personalités politiques, mais beaucoup moins venant d’organismes publics. Me focalisant sur l’administration, je n’ai recensé ni les personnalités, ni les partis politiques.

Deuxièmement, le tissu local est très dynamique sur Twitter. Il y a beaucoup de mairies, parfois des petites, qui ont déjà leur propre compte.

Et puis, bonne surprise: j’ai enfin vu un site gouvernemental qui était bati sur un système de vote. C’est celui du ministère de l’agriculture, sur le grand débat. Déjà à l’époque du minitel, les agriculteurs étaient en pointe sur l’usage de l’instrument. Aujourd’hui, ils sont en pointe sur l’usage d’Internet.

Voici donc la première liste.

(Note : une autre liste de collectivités locales se trouve ici : http://twitter.com/LoicHay/collectivites-locales/members) merci pour le signalement.

Je n’ai pour l’instant mis ni les CCI, ni les Académies. On peut les trouver sur la longue et très intéressante liste des suivis de Bercy, liste qui m’a bien servi. A l’inverse, l’Elysée ne suit personne pour l’instant (13 avril 2010), mais il faut dire que le premier twit date du 2 avril 2010.

Mise à jour : 5 mai 2010

Etat

Ministères

Services Publics

Sites de grands débats

Régions

Départements

Municipalités

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Pour un gouvernement 2.0

Nous sommes au mois de mars 2010. O’Reilly vient de terminer sa conférence en ligne sur le gouvernement 2.0. Premier constat : les pays qui y participent, parce qu’ils ont quelque chose à raconter, sont les USA, le Canada, l’Australie, l’Angleterre, et Israel. Je sais, la France, pays des droits de l’homme, hélas, n’y était pas présente.

Que signifie un gouvernement 2.0 ? C’est un cheminement qui passe d’abord par l’Open data. En bref, le gouvernement s’engage à fournir publiquement toutes les informations qu’il détient. Je viens de croiser à Melbourne Chris Moore, qui est DSI de la ville d’Edmonton, et qui a mis en place un tel système de catalogue open data. Ne croyons pas que c’est facile, il s’est heurté à toute sorte de méfiance, de rejets. Mais il a persévéré, et a réussi. On y trouve des informations géo-localisées, comme les parkings, les bus, les écoles, etc… Mais ce n’est pas suffisant, Chris a décidé d’ouvrir les API de ce catalogue aux développeurs.

Dans la même idée, la ville de San Francisco vient d’annoncer l’ouverture de ses API 311. 311 est, aux US, l’équivalent du 911 mais quand il n’y a pas d’urgence. Le 911 est utilisé pour signaler qu’un immeuble brule, le 311 pour dire qu’il y a un simple problème; c’est très bien expliqué ici. Suite à un document créé par Harvard en 2008, une initiative a été lancée, l’open311, qui consiste à créer un ensemble d’API autour des services municipaux (au passage, ce site est un wiki, outil très intéressant dans des phases de conception). Parmi les usages intéressants de cette initiative, signalons fixmystreet en Angleterre, un système de déclaration de problèmes urbains en Hollande, ou bien do it yourself democray aux US, qui est une application iPhone!

Tout repose sur la même idée (que j’espère bien promouvoir à la DUI) : le rôle du gouvernement est d’encapsuler ses données et d’ouvrir ses API, pas seulement de faire un portail où sont sélectionnées des applications « labellisées », mode de relation avec les citoyens qui reste encore trop hiérarchique, supérieur, entre des « sachants » d’un côté et le « brave peuple » de l’autre.

Mais ce n’est qu’un début : le pas suivant consiste à mettre les citoyens et le gouvernement en mode collaboratif, en s’appuyant sur les outils de l’Internet. Je ne saurais que trop vous conseiller de lire l’excellent rapport publié par le gouvernement australien, qui est généralement cité comme ce qui se fait de mieux en gouvernance 2.0 : « Getting on with Government 2.0« . Ce rapport, publié en décembre 2009 sous licence Creative Commons, est adressé à deux ministres : Lindsay Tanner Ministre des finances et de la dérégulation, et Joseph Ludwig, membre du parlement et Ministre d’Etat. La première page est éloquente : l’Australie veut faire de son gouvernement le meilleur au monde !

Je ne peux m’empêcher de vous délivrer l’un des paragraphes de cette première page :

Information collected by or for the public sector is a national resource which should be managed for public purposes. That means that we should reverse the current presumption that it is secret unless there are good reasons for release and presume instead that it should be freely available for anyone to use and transform unless there are compelling privacy, confidentially or security considerations which require otherwise.

La mise en oeuvre de ce projet passera par trois piliers :

  • Changer la culture et la gouvernance de l’administration
  • Utiliser tous les outils collaboratifs issus de l’Internet
  • Ouvrir les accès à toutes les données publiques

Voici une belle initiative, à l’opposé des fameuses lois en I chères à JMP.

Ne pourrions-nous pas nous en inspirer ?

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L’Internet en danger ?

C’était trop beau. Les gouvernements de tous bords, indépendamment de toute tendance politique, ne comprennent pas plus Internet que beaucoup de patrons de grandes entreprises traditionnelles. Et lorsqu’on ne comprend pas quelque chose, la réaction la plus simple est de l’éteindre.

Internet véhicule des valeurs communautaires, et la force du réseau s’oppose à la hiérarchie, aux lobbys. Comme je l’ai déjà écrit dans ce blog, jamais la phrase de Napoléon n’a été aussi forte : « Le commerce unit les hommes; tout ce qui les unit les coalise; le commerce est donc nuisible à l’autorité ». Ce brave Napoléon, qui a vendu le quart du territoire Américain, et avec, le contrôle des gués du Mississippi, donc le blocage de l’expansion Yankee, pour un million de dollars, lui permettant de financer ses campagnes Européennes qui furent un échec total. Quel homme admirable, ce Napoléon…

Alors voilà, déjà il y a le débat sur la gouvernance de l’Internet, les Européens voulant la confier à l’ONU. Or, dans cette gouvernance, il y a un sujet sensible : le DNS. Un éclatement du DNS signifierait plusieurs Internet, et le réseau planétaire disparaîtrait. Déjà, Poutine a demandé à la Douma de plancher sur un DNS propre à la Russie, afin de pouvoir taper des adresses en Cyrillique. Mais voilà que les Chinois ont déjà ça depuis 2006 ! C’est encore plus efficace qu’un pare-feu…

Plus près de chez nous, la LOPPSI (je sais, ce n’est pas le site officiel, mais c’est ce que google ramène en premier; wikipedia en deuxième, et ce site en troisième), mais surtout l’absurde décision de l’Italie de superviser les vidéos sur les sites web.

Et voilà la cerise sur le gateau: l’Union Européenne projette de forcer les sites web de commerce électronique à avoir au moins une boutique physique ! Et en plus, c’est au nom de la concurrence que ce projet est lancé… Quelle farce !

Internet est un outil magnifique, mais fragile. Il appartient au patrimoine de l’humanité, il a été construit par des pionniers, qui avaient un idéal. Cet idéal devient une réalité. Il ne s’agit pas, une fois de plus, de rendre le monde meilleur, il s’agit juste de nous aider à nous adapter aux changements de l’environnement. Internet est justement l’outil idéal pour réaliser cette adaptation. Pourquoi ? Parce que le réseau est plus résistant que la hiérarchie dans un monde à la complexité croissante. Lors du 11 septembre, lors du tremblement de terre en Haïti, Internet seul a résisté au stress. Les entreprises en réseau sont plus performantes que les gros mastodontes hyper hiérarchisées. Et les salariés proches du terrain se mettent justement en réseau pour être plus efficaces, comme l’illustre le magnifique forum des enseignants du primaire.

Alors, il ne reste plus qu’une chose : la formation. C’est mon combat au quotidien : former les individus à comprendre Internet, ses enjeux, la transformation du monde qu’il induit et accompagne. Et je n’ai eu jusqu’à maintenant qu’à me féliciter de l’ouverture et de l’écoute des dirigeants de PME, des étudiants, des quidams, avec qui j’ai eu le plaisir de partager ma vision.

J’aimerais tellement que nos hommes politiques, nos leaders, nos PDG, nos têtes pensantes, aient l’humilité de se former à Internet. S’ils comprenaient, ils seraient plus performants, plus estimés par leur élus. On arrêterait de manger des tranquillisants, on travaillerait plus efficacement, on arriverait à mieux combiner vie personnelle, vie familiale, vie professionnelles; trois facettes de nous-même tellement imbriquées. C’est toute la refondation d’une systémique qui est à faire. Et la bonne nouvelle, c’est que l’outil Internet arrive à point nommé pour nous y aider.

A condition d’apprendre à s’en servir.

La force des relations en peer to peer, et comment en générer de la valeur

Parmi les trois innovations qu’Internet accompagne, et amplifie, la capacité pour une entreprise, une collectivité, un gouvernement, de discuter efficacement avec la communauté est d’une puissance extraordinaire. Mais encore faut-il savoir l’exploiter. Soyons clairs : ce n’est pas facile de communiquer avec une communauté, surtout si l’on pense encore relations verticales. On voit trop souvent des sites web qui ne sont pas mieux que la télévision, ou plutôt, une combinaison amusante et peu efficace entre le questionnaire individuel et le dépouillement, un modèle consommateur de ressources.

Ce modèle n’est pas efficace, parce qu’il ne favorise pas ce qui fait la force d’une communauté: les relations horizontales, autrement dit, le peer to peer. Comme le dit si bien Moore dans son livre « crossing the chasm », il vaut mieux trois clients qui se parlent que dix clients qui ne se parlent pas. Donc, faire du codesign avec ses clients, ses citoyens, ce n’est pas leur poser des questions, récolter leur réponse, et les analyser. C’est avant tout les faire parler entre eux. Pourquoi diantre les faire parler entre eux, me répond le spécialiste des instituts de sondage?

  • Premier avantage, l’expression libre est bien plus riche que des questions qui sont, par construction, orientées.
  • Deuxième avantage, il y a beaucoup plus de contributions; quand on voit les organismes de sondage prétendre connaître la vérité avec 1000 français, alors que chaque mois il y a trois millions de messages nouveaux dans doctissimo, il est possible de s’interroger.
  • Troisième avantage, les tendances lourdes y sont plus simples à détecter, elles deviennent évidentes.
  • Quatrième avantage, les signaux faibles ont plus de chance à émerger, grâce à l’effet « longue traine ».
  • Cinquième avantage, oublier l’effet « concours Lépine« , c’est à dire des dixaines de milliers de propositions à analyser, sans grande utilité pratique de nos jours; la communauté reste finalement la meilleure manière d’analyser la multiplicité des réponses.

La richesse est donc générée par la capacité d’échanges. Quel est alors le meilleur outil pour capter cet échange? Le forum est fantastique, mais il lui manque un outil statistique. C’est pourquoi une génération de plateformes a vu le jour, combinant les principes du forum de discussion avec le principe du vote. Citons par exemple uservoice, feedback 2.0ideascale, userecho, etc…

En terme d’usage de ces plateformes, je voudrais au passage en oublier une par sa nullité affligeante : débats SNCF (18412 inscrits, la faiblesse de ce chiffre est compréhensible, quand on sait que le site voyages-sncf s’est fait incendier parce qu’il ne donne pas les bons horaires des trains, et que la seule réponse officielle de ce lieu de débat fut « vous n’avez rien compris, nous servons deux millions de visiteurs par jour »…). En revanche, je voudrais en citer deux exemplaires : Dell ideastorm, et openinternet.gov, du gouvernement Américain.

Dell ideastorm est le lieu où Dell privilégie ses relations avec la communauté. Lancée il y a deux ans environ, les chiffres de cette plateforme sont éloquents : le 1er mars 2010, la communauté a généré 13636 idées, voté 714975 fois, posté 88934 commentaires. Mais surtout, Dell a intégré 409 de ces idées dans ses produits. Voici une entreprise qui non seulement fait émerger des idées de la communauté, mais qui sait les utiliser.

Mais surtout, et c’est la raison de ma question à madame le secrétaire d’état en charge de la prospective et du numérique, qui vient d’installer un groupe d’expert en charge de la neutralité du net : bien sûr tout le monde connait l’initiative du gouvernement Américain analogue. Mais surtout, il faut dire que le gouvernement Américain utilise cette excellente méthode, qui consiste à faire émerger des idées de la communauté en la faisant discuter entre elle. Le lien est ici : http://openinternet.ideascale.com/.

Alors voilà, il est prévu de lancer, début mars, une consultation publique sur Internet. Nous sommes début mars, je ne sais pas encore où est cette consultation publique. Mais j’aimerais tellement que mon pays devienne efficace, et que cette consultation soit plus proche du modèle américain que du modèle SNCF….

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France, confiance, et paradoxe

Chaque peuple a un problème culturel profond dont il a du mal à se débarrasser. La violence aux Etats-Unis, par exemple, pays où tuer ouvertement dans des lieux publiques semble être une fatalité. En France, ce serait le manque de confiance dans l’autre. Ou, pire, soit l’autre est de la même caste et tout lui est pardonné, même les pires turpitudes; soit il n’est pas, et la méfiance est la règle de base.

Ceci se voit dans multiples endroits, comme les réunions de parents à l’école, ou bien les réunions de copropriétaires, qui sont des moments propres à faire douter de l’humanité. Ceci est même inscrit dans la constitution, et son usage. L’article 49, qui contient la motion de censure, un instrument qui confère à l’assemblée nationale un contre pouvoir purement négatif, là où les Etats-Unis, qui connaissent la valeur du mode coopératif, pratiquent des commissions bi partisanes; et son voisin le 49-3  - une honte du système politique français – utilisé 82 fois, pour des motifs pas franchement adaptés à la violence de la procédure, sont d’aveuglants exemples de non confiance.

Je pense que ce manque de confiance est la cause d’un des graves problèmes du système français: la faiblesse de l’innovation. Nous avons un manque cruel de communication entre la R&D, surtout Universitaire, et le monde industriel; et ce pour des raisons idéologiques basées sur le manque de connaissance réciproques. Et comme il n’y a pas de confiance a priori, le dialogue ne se restaure pas. La faiblesse du tissus des moyennes entreprises en est un autre exemple, etc…

Or, il n’y a pas d’innovation sans risque, et il n’y a pas de risque sans confiance.

Et la confiance passe par le peer to peer. Dans l’extraordinaire article de François Rachline, paru dans Enjeux les Echos, je lis cette phrase, prononcée par Napoléon : « Le commerce unit les hommes; tout ce qui les unit les coalise; le commerce est donc nuisible à l’autorité » . Une phrase d’un modernisme extraordinaire, totalement orthodoxe; une histoire très française finalement.

Eh bien, le paradoxe semble bien être le suivant : le système hyper centralisé de type Napoléonien n’est performant que parce qu’il produit son contraire, et que son contraire reste, bien sûr, discret.

Prenons un exemple de structure hyper hiérarchisée, citée en exemple comme modèle de ce que la France produit de mieux: son éducation. Eh bien, oui, je confirme que le système éducatif français est l’un des meilleurs au monde. La preuve : le forum des enseignants du primaire.

Voici un forum de discussion immensément riche, à la structure simple, claire et efficace, où les enseignant s’échangent des bonnes pratiques; où, à l’heure où j’écris, 22h39, 900 professeurs sont connectés en direct; qui a généré à ce jour plus de quatre millions de messages; et qui a osé faire ce que l’on pensait impossible: se mettre en mode collaboratif en ouvrant un espace de dialogue avec les parents. Surtout, ce qui est encore plus porteur d’espoir pour l’avenir : il y a 80.000 inscrits à ce forum. 80.000 enseignants du primaire qui dialoguent entre eux de manière constructive, dans un parfait mode réseau.

Et ce forum n’est pas le seul dans le domaine éducatif, ou proche. Citons le forum des classes prépas (15.000 membres), le forum mathématique (58.000 membres), le forum de Philagora (43.000 membres), et probablement d’autres, que je n’ai pas identifié.

Que des dizaines de milliers d’enseignants trouvent, dans des structures en peer to peer, basées sur la confiance réciproque, le moyen de mieux exercer leur métier, indique que, finalement, la France a plus compris qu’on ne l’imagine les intérêts du modèle Internet.

C’est une excellente nouvelle.

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Hadopi et l’histoire…

J’ai déjà eu l’occasion de regarder la grossière erreur de la maintenant loi HAPODI sous un angle économique (et je m’excuse au passage auprès de Madame la Ministre NKM de mes propos à l’introduction quelque peu directe, disons que mes origines cosaques remontent à la surface lorsqu’il s’agit de sujets importants). Je ne reviendrai pas dessus, si ce n’est pour ajouter que le modèle économique ancien (donc actuel) souffre d’un énorme problème: c’est que la part qui revient au distributeur lors de la vente d’un CD est de l’ordre de 50% (10% pour l’artiste), et que la bonne question est de savoir si le service fourni en retour de ces 50% les vaut vraiment. En tout cas, si j’étais artiste aujourd’hui, c’est la question que je me poserais. J’ai pu vérifier que beaucoup d’artistes se la posent.

Je ne la regarderai pas plus sous l’angle politique, d’autres sites le font beaucoup mieux que moi. Ni sous l’angle de l’efficacité, nulle par avance en ce qui concerne cette loi; je sais depuis longtemps que la caractéristique numéro un des français est d’être conceptuels, et de peu favoriser le pragmatisme. Faire une loi à la fois efficace et visible serait une grande première en France…

Je voudrais donc revenir sous l’angle de la rupture. Le monde est fait d’accumulation de tensions, et puis de relâchement, bref de ruptures. Il me semble que le rôle des responsables n’est pas de retenir les ruptures, mais de les accompagner, et d’aider les citoyens à les affronter.

Il n’est pas possible de demander à tout citoyen d’être visionnaire. Cette approche est trop inhumaine, ou trop communiste à mes yeux, pour être intéressante ou crédible, et surtout pour fonctionner. En revanche, il faut gérer les frottements entre la vision et la réalité, entre le nomade et le sédentaire, entre l’exploration et l’exploitation, comme on l’apprend en théorie de la complexité. Et ce qu’on apprend, c’est que la complexité est une propriété du regard. Ce n’est pas que le monde est différent, c’est qu’il est de plus en plus en interactions, et que, pour l’aborder, il faut changer de regard, il faut apprendre, plus que de simplifier. Je hais la simplification, elle est porteuse d’endormissement.

Pour moi, le rôle premier d’un gouvernement n’est donc pas de protéger le peuple, mais de l’aider à grandir. Tout médecin vous dira que, dans la guérison, il y a une part de responsabilité du patient lui-même. Et qu’on ne me dise pas que ce n’est pas possible, le modèle Anglo-Saxon en est beaucoup plus proche que le notre (je vous promets des larmes et du sang disait Churchill…) Alors ???

J’ai toujours dit, et écrit, que l’invention de l’Internet était une résonance d’une autre grande rupture cognitive de l’histoire de l’humanité, l’invention de l’alphabet. Plongeons nous un instant en -1500 voire -2000, lorsque des hommes visionnaires disent à d’autres hommes « arrêtez de dessinez un arbre, et passez par une abstraction qui est la représentation de l’arbre par un ensemble de signes abstraits formant un mot ». Imaginons les tensions de l’époque, les réfractaires disant « mais pourquoi passer à l’alphabet, personne n’y comprendra rien, c’est trop compliqué, et puis nous ne pourrons plus communiquer avec eux qui ont une langue différente; au moins le dessin d’un arbre, c’est simple, tout le monde comprend, etc.. » ; pire, trouvant en Socrate un intellectuel les soutenant, lui qui déclarait que « l’écrit ne véhicule pas la connaissance, mais l’illusion de la connaissance » ; etc.. etc..

Alors, il y eu les Egyptiens, et les Grecs. Les Égyptiens ont refusé l’alphabet, expliquant que leur écriture hiéroglyphique était déjà compliquée, mais que, heureusement, il y avait les scribes pour aider le peuple; une forme antique de « dormez, dormez, le gouvernement fera le reste ». Les Grecs, à l’inverse, ont enfourché l’alphabet. Ils en ont fait un vecteur de transformation sociale, sociétale, cognitive. Ils l’ont amélioré, en inventant la voyelle. Ils ont fait des lois, la célèbre loi de Charondas, rapportée par Diodore de Sicile : « Les enfants iront à l’école apprendre à lire et à écrire, et ce sera l’état qui paiera les maîtres ». Résultat : explosion des connaissances dans la science, l’astronomie, la philosophie, la médecine, etc… Nous avons tous oublié que la première mesure du diamètre de la terre eut lieu en -280, par Ératosthène, avec une erreur de 4 ,5%. Personne ne nous a appris qu’en -150, les grecs savaient que l’axe de rotation de la terre n’était pas stable, mais tournait comme une toupie (phénomène appelé la précession des équinoxes). Impensable sans l’invention de l’alphabet.

Alors voilà, la loi Hadopi est, une fois de plus le triomphe de la morale sur l’éthique, du processus sur l’intelligence, de la mort sur le vivant. En ce sens, cette loi est dans le même esprit que la loi sur les 35 heures, une basse flatterie basée sur les paradigmes du monde ancien, faite pour endormir le peuple.

Face à cette loi, et à d’autres à venir sur le même registre, il ne tient qu’à nous de nous comporter en Grecs, ou en Egyptiens. La civilisation Grecque a prospéré. L’autre s’est endormie…

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Australie Jour 1

Difficile de faire un blog, surtout que Billaut vient de publier le sien et que Olivier ne manquera pas de le faire !

Alors, plutôt que de refaire de l’analytique, voici mes premières impressions à chaud :

1) Gros problème avec le haut débit. Quand on entend dire que le triple play n’existe pas, et qu’un package internet plus téléphonie c’est 200 euros par mois, on peut se dire qu’il y a un vrai problème. Surtout qu’en Australie, un premier ministre dure 2,5 ans à 3 ans. Du coup, Billaut n’a plus qu’à voir au-dessus, i.e. la Reine d’Angleterre, pour faire passer des messages durables.

2) Ils ont des structures d’innovation qui rappellent un peu les PCRD, les programmes Européens de Recherche tels que je les ai connu dans les années 90, mais avec des mécanismes plus modernes, avec des structures d’incubation assez développées, qui ressemblent aux nôtres.

3) En fait, des incubateurs qui ressemblent « presque » aux nôtres. Car ce sont les universités ici qui drivent l’incubation. Elles investissent dans les structures propres à incuber, et surtout elles font énormément de coaching sur les chercheurs sur l’art et la manière de diriger une entreprise très tôt dans le process.

4) Ils se présentent tous comme un pays « Test ». L’Australie est trop petite, avec ses 20 millions et quelques habitants. Donc le pays intérieur est un test pour vendre, dans deux directions : l’Asie et les Etats-Unis. Ils sont même prêts à proposer aux start-up étrangères de venir ici pour tester leurs produits, c’est dire…

5) Ils ont le même problème que nous sur les ingénieurs : -50% entre 2001 et 2008 dans les technologies de l’information. Alors, ils font des expériences, comme envoyer des étudiants faire des stages d’été de création de sites web pour des causes caritatives !

Après cette synthèse, voici deux petites photos en complément :

Olivier interviewant Graham Stevens, directeur de l’ATP

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Et surtout, lors de la croisière : Billaut avec Kate Carruthers, une des plus connues bloggeuse Australienne !

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Un dernier petit message, qui amusera Billaut : les Australiens se présentent comme « le pays d’en bas » (down under). Lui qui ne parle que de la france d’en bas !!!

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CNN – Facebook – Obama

Je suis en train de suivre l’investiture de Barack Obama.

Sur la même fenêtre, nous avons en même temps le live, et les commentaires sur facebook associés.

Une heure avant le discours, le chiffre vient d’être publié par facebook : le nombre de messages est de 3000 par minute.

Il est de plus en plus clair qu’un évènement a surtout pour résultat de favoriser les liens communautaires. Le vertical doit servir à amplifier l’horizontal. Transposé dans la cité, le but principal d’un homme politique n’est-il pas de structurer les échanges entre les citoyens ?

Obama l’a compris.

Obama
Obama

Et puis, faisons-nous plaisir.

« Moi, qui, il y a 60 ans, aurai-été refusé dans un restaurant« …

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Message ouvert pour Madame Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d’Etat à la prospective et au développement de l’économie numérique

« Le téléchargement illégal fait mal, ça détruit »

Madame le Ministre,

si c’est ainsi que vous commencez votre travail, je suis très inquiet.

Sans faire un cours d’économie, je dirais simplement la chose suivante: l’économie de l’immatériel est une économie d’abondance, alors que l’économie matérielle est une économie de rareté. Lorsqu’on partage un bien matériel, il se divise. Lorsqu’on partage un bien immatériel, il se multiplie. Les règles économiques qui gèrent la vente de pizza ne sont absolument pas les mêmes que les règles économiques qui gèrent la vente de la musique. J’ai déjà expliqué cela dans un ouvrage écrit en 2004 et paru aux éditions du Pommier.

Internet porte les valeurs de l’économie de l’abondance. Or, tout le jeu actuel de l’industrie du contenu (musique comme film) est de nier ce fait, et de retourner le plus possible à une économie de rareté, par exemple avec les DRM (stupidité qui est actuellement en train d’être abandonnée…) ou bien en infligeant de lourdes amendes à des « pirates » qui ont mis à disposition du contenu.

Madame le Ministre, avez-vous lu l’excellente analyse de Roberto di Cosmo en 2006, qui montrait que le modèle économique nouveau de l’Internet apportait plus d’argent au créateur que le modèle ancien ? Avez-vous regardé des sites comme Sellaband, qui sont des modèles en peer to peer où des passionnés investissent dans des créateurs  pour leur permettre de lancer un CD ? Avez-vous lu cet article paru en 2002 dans le New York Times, écrit par Kevin Kelly, un des deux fondateurs de Wired magazine, qui montrait déjà le déplacement de la valeur dans l’industrie de la musique ?

Madame le Ministre, savez-vous ce qui va se passer si l’on continue de protéger les retardataires qui refusent de comprendre que le monde change ? C’est très simple, l’industrie du contenu va mourir, parce que toute protection empêche une industrie de se transformer en innovant. Et comment va-t-elle mourir ? Par assèchement de son catalogue. L’objectif numéro un d’un créateur moderne est de se faire connaître, et justement Internet le permet, en favorisant la transmission rapide de sa musique. Une excellente étude de 2003 publiée par la Sloan School a montré qu’Internet, au travers de l’effet « longue traine » (effet pas toujours très bien compris) avait apporté 500 millions de dollars supplémentaires à l’industrie du livre, uniquement en vendant des livres peu connus. Si elle ne pense pas la modernité, l’industrie traditionnelle du contenu va peu à peu réduire son catalogue à un mélange d’artistes vieillissants et de « Star Academy ». Ce n’est pas très palpitant…

Maintenant, deuxième point : quels sont les vrais problèmes ? Madame le Ministre, je ne me permettrai en aucun cas de faire votre métier, je me contenterai de trois simples réflexions.

En premier lieu, je citerais le problème du très haut débit. L’ADSL est une absurdité, pas seulement à cause de son débit ridicule, mais à cause de son « A ». Peu de personnes en connaissent sa signification : « Asymétrique ». car l’ADSL a été inventé par des ingénieurs des Télécommunications, qui ont raisonné en terme de vidéo à la demande. Ils ont donc privilégié le download, au prix d’un upload à très bas débit (entre 512kb/s et  1Mb/s). Ils ont raisonné culturellement en pensant un monde où les relations sont verticales; ce monde ancien que, justement, l’industrie du contenu veut maintenir.

Seulement, Madame le Ministre, Internet n’est pas la télévision, Internet est une technologie de pair à pair, horizontale. A partir de là, le citoyen veut uploader son contenu, que ce soit sur youtube, dailymotion, flickr, ou bien tout simplement pour envoyer ses photos à ses amis, à sa famille. Pourquoi diantre obérer ainsi l’upload ? Il faut donc du très haut débit symétrique. La solution existe, elle a déjà été déployée ailleurs, la fibre optique. D’autres hommes politiques ont eu le courage de construire des routes, des autoroutes, des chemins de fer. Il faut avoir le courage aujourd’hui de construire un véritable réseau en fibre optique (oserais-je rappeler ce qui est arrivé à Tours, à Orléans, qui par conformisme ont refusé le train???), et là se situe fondamentalement le rôle de l’état.

Continuons sur les grands chantiers: la mobilité est en retard en terme d’usage. Pourquoi? Essentiellement le modèle économique outrancier des opérateurs de télécommunication (savez-vous que, dès que vous surfez en dehors de la France, il vous est facturé entre 5 et 10 euros par mega-octet transféré ??? Ce n’est pas comme ça que nous aiderons nos PME à aller vendre à l’étranger…). Un quatrième opérateur, qui viendrait avec une culture Internet, des modèles économiques en pair à pair, qui aiderait par exemple à installer des Femtocells partout, cela ferait un grand bien, cela permettrait véritablement de donner les conditions d’un nouvel élan économique, au travers de l’explosion des usages en mobilité.

Autre exemple, il faut moderniser l’image des métiers de l’Internet. La DUI a lancé le portail des métiers de l’Internet, dont la deuxième version va sortir prochainement. Il est surprenant de constater que, pour beaucoup de personnes, travailler dans l’Internet signifie être assimilé à un Geek, un « nolife », bref, à quelqu’un de perdu. C’est du gâchis. Lorsque j’ai créé en 2000 ma première start-up, et je me suis aperçu, en allant ouvrir la filiale Américaine dans la Silicon Valley, que la technologie française était extraordinairement considérée. Il ne faudrait pas que nos compétences naturelles se perdent, il faut favoriser l’enseignement de l’Internet dans l’enseignement supérieur, dans ses dimensions technologiques, économiques, sociales, comme je l’ai déjà exprimé ici.

Madame le Ministre, vous savez que ce n’est pas par la consommation que nous nous sortirons de la crise, mais par la production intelligente et la valorisation de tous nos savoirs-faire. La première mission que les Français attendent de votre administration ne serait-elle pas de faire en sorte, par tous les moyens, qu’Internet soit le vecteur de transformation, et qu’il aide les entreprises à innover, et les citoyens à participer? Si la complexité chère à l’administration de notre pays vous empêche d’en avoir tous les moyens, auriez-vous au moins la rage de convaincre  les autres administrations qu’il faut travailler autrement? Car, Madame le Ministre, Internet n’est plus le monde du « OU », mais celui du « ET ».

Le monde évolue et devient un lieu d’échange en pair à pair. Aux modèles économiques verticaux classiques de l’industrie, Internet supporte la transformation vers un modèle horizontal, de place de marché. C’est là que se situe le rôle principal de l’État: faire en sorte que cette place de marché soit porteuse de nombreuses interactions. L’État se doit de fluidifier les échanges, votre administration se doit d’y contribuer, en apportant aux entreprises et aux citoyens la meilleure infrastructure au meilleur coût. Les services y viendront par eux-même.

Madame le Ministre, laissons-donc les vieux modèles économiques mourir de leur belle mort, et construisons tous le futur, un futur qui sera supporté par un réseau à très haut débit symétrique.

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