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L’engagement citoyen à la Renaissance Numérique

Claude Bartolone m’a fait le plaisir de me demander une contribution dans le rapport qu’il vient de remettre au Président de la République. Je ne sais pas si ma contribution a été conservée dans le rapport final, mais je vous l’offre in extenso.

Constat : une République gérée avec des méthodes du passé

Tout comme à la Renaissance, nous vivons un monde où la science et la technologie font des progrès immenses, mais où l’ordre ancien refuse de voir les mutations en cours. Il s’en déduit des tensions entre les citoyens et leur usages contre les représentants de la République et leurs codes.

Dans notre société débordante d’interactions, les schémas basés sur la proportionnalité des moyens ne fonctionnent plus ; ils butent sur la loi des rendements décroissants. Il faut alors viser l’homéostasie, la particularité d’un système de rester en équilibre avec son environnement. Cet équilibre est basé sur la bonne circulation de l’information entre toutes les composants du système. La bonne nouvelle est que le numérique répond parfaitement à ce besoin, à condition de repenser nos modes de gouvernance.

Les modèles qui ne font pas bien circuler l’information sont à proscrire : la hiérarchie, les silos, la méfiance. En revanche, les modèles basés sur l’intelligence collective sont parfaitement adaptés.

Le rôle de l’Etat doit être de favoriser cette intelligence collective, à tous les niveaux. Or, il fait l’inverse : l’action de l’administration est basée sur la méfiance ; les services de l’état communiquent très mal entre eux, et tout privilégie les modèles hiérarchiques. Comment la République peut-elle être appréciée des citoyens si ses représentants n’assurent plus son équilibre homéostatique ?

  • L’existence de la République passe par un Etat, une administration qui fait confiance, qui communique bien, qui assure la fluidité de l’information et promeut l’intelligence collective.

Donnons quelques exemples.

  • Le code du travail, au lieu d’être un contrat de subordination, devrait être un contrat de coopération.

  • La distinction cadre et non-cadre ne présente aucun intérêt et devrait être supprimée.

  • L’article 20 de la LPM devrait être abrogé et le Ministère de la Justice et celui de l’Intérieur doivent coopérer sur les dossiers sensibles.

  • Les différentes administrations doivent, de manière général, se mettre en mode coopératif.

  • La loi doit être claire et lisible.

Proposition : la démocratie participative

Les citoyens face à l’administration sont comme les clients face aux marques, les salariés face aux managers, les élèves face aux enseignants : leur demande est un triptyque « fun, engagement, collaboration ».

Le modèle de l’état « fort » protégeant des assujettis captifs n’est plus adapté : il ne supporte pas l’engagement citoyen, il contrôle la collaboration ; quand au fun…

La démocratie possède un bug : ce qu’il faut dire pour être élu n’a rien à voir avec ce qu’il faut faire pour vraiment gouverner un pays. La solution pour échapper à ce paradoxe existe : il faut passer de la démocratie représentative à la démocratie participative. Celle-ci répond bien aux trois principes énoncés plus haut. Un exemple illustrant parfaitement ce mode est le financement participatif lié à la vie locale.

  • L’existence de la République passe par l’engagement des citoyens dans un cadre de démocratie participative, engagement qu’il faut favoriser et valoriser.

Donnons quelques exemples :

  • Les collectivités locales doivent généraliser la création de plateformes de financement participatif

  • L’open data doit servir à l’administration pour se poser la question de sa propre efficacité.

  • L’état doit se penser comme « government as a platform » et réguler de l’extérieur et pas de l’intérieur.

  • Le jeu comme outil de simulation de la vie démocratique doit être utilisé dans les écoles, car il permet le fun, l’engagement et le collaboratif.

Ce ne sont que quelques exemples parmi tant d’autres. La République est la somme de l’énergie des citoyens. Cette énergie est énorme, il faut juste la libérer. La Renaissance numérique nous offre la boite à outil pour la transformer en actions ; il ne faut surtout pas la brider.

 

Comment la démocratie 2.0 va se mettre en place

Nous avons d’un côté un monde ancien, basé sur des valeurs du passé, et qui refuse de bouger. Et d’un autre un monde nouveau, dynamique, entreprenant, mais maltraité par le premier.

En politique, le monde ancien se nomme la démocratie représentative. Tout le monde en connaît son défaut majeur: ce qu’il faut dire pour être élu n’a rien à voir avec ce qu’il faut faire pour vraiment gouverner un pays. Seuls les politiques hautains, autistes ou imbéciles l’ignorent, ou font semblant de l’ignorer, et appliquent stupidement, à la lettre, leur « programme ». Ils aiment faire de la politique, mais pas tant que ça gouverner un pays. C’est pour cette raison que beaucoup d’entre eux préfèrent être dans l’opposition: ils peuvent protester, faire de la politique, manier des idées; alors qu’être aux commandes risque de montrer l’inefficacité de leurs idées.

En politique, le monde nouveau se nomme la démocratie participative. C’est un mouvement de fond, qui se voit dans plein d’autres domaines: les citoyens, les consommateurs, les élèves, ne veulent plus recevoir ou consommer passivement; ils veulent participer, être actifs, co-créer. L’Internet regorge de telles initiatives.

Alors, rêvons un peu, et imaginons-nous un moment être un vrai maire 2.0. Le premier réflexe serait, comme le fait la ville de Paris, est de faire un budget « participatif ». Oui, mais non: c’est encore les politiques qui décident des projets. En clair, ils gardent la main, et le citoyen ne peut que voter comme il vote devant la télé pour savoir quel est le meilleur chanteur. Ce n’est absolument pas du 2.0

Voici ce que je proposerais, si j’étais maire 2.0 :

  • Division par deux des impôts (oui : 50%), la première année.
  • Mise de côté de 10% à 15% du montant des impôts pour les projets qui tiennent à cœur la Mairie
  • Création d’une plateforme de crowdfunding sur laquelle n’importe quel citoyen, collectif, association, etc. déposerait un projet.
  • Les autres citoyens donneraient de l’argent sur chaque projet de son choix.
  • La mairie abonderait: si chaque citoyen met un euro, alors la mairie met un euro; jusqu’à un certain plafond.
  • Les projets arrivés au bout de leur financement seraient alors réalisés.
  • Si ça marche, on baisse encore les impôts l’année suivante, jusqu’à trouver un équilibre.

Ceci n’est pas une utopie: le projet bulb in town, par exemple, finance des projets purement locaux. Ou bien la plateforme Les petites pierres, de la fondation Somfy qui, plutôt que de financer de l’aide au mal logement en direct, abonde les projets proposés par des associations.

Quels seraient les avantages de cette méthode:

  • Moins de démagogie: le politique ne se sentirait plus obligé de faire des programmes qui sont rejetés par une partie des citoyens, puisque ce sont eux-même qui les définissent.
  • Émergence de citoyens dynamiques, et responsables: on sait très bien que la plateforme ne fait pas le financement; la plateforme n’est que l’amplificateur de l’énergie mise par le projet lui-même. Les citoyens qui mettent de l’énergie seraient ainsi connus, et cette énergie serait utile à la communauté.
  • Vie plus harmonieuse: puisque ce sont les citoyens qui proposent les projets, et plus du tout le politique, ils ne peuvent qu’être plus heureux, à condition bien sûr que le projet aboutisse.
  • Meilleure qualité de gestion par la mise en concurrence: les mauvais projets seraient forcément éliminés, puisque les citoyens n’y mettront pas leur argent. Faut-il rappeler que mettre de l’argent a bien plus de valeur informationnelle qu’un vote ?

De toutes façons, si les hommes politiques ne s’y mettent pas, les citoyens le feront sans eux. Au risque bien sûr, qu’ils se posent la question de savoir l’intérêt de payer des impôts puisqu’ils financent eux-même leurs propres projets. Avec comme conséquence logique, la grève de l’impôt…

Il n’y a plus qu’à détecter maintenant les femmes et hommes politiques qui sont en train de mettre en place une telle plateforme; au delà de la simple autogestion, ceux-la seulement auront vraiment droit au titre de politique 2.0

 

Petit cadeau pour cette fin d’année…

Les temps sont troubles, personne ne le niera.

Alors, plutôt que de parler de rupture, je préfère parler de Renaissance, de cette époque où le monde était écartelé entre les valeurs du passé qui empêchaient de progresser, et la technologie qui, au contraire, tirait vers des contrées inexploitées, magnifiques et fondamentales; et avec elle l’art. Est-ce ce que nous vivons aujourd’hui ? Probablement. Jamais autant la science n’a été aussi riche de puissantes découvertes, et jamais les gouvernants n’ont été aussi retardataires, rétrogrades, nous plongeant dans des ténèbres que l’on pensait pourtant oubliés à jamais. Ceux qui parlent le plus d’innovation aujourd’hui sont ceux qui en font le moins. Et vice-versa.

Pour l’illustrer, permettez-moi déjà de partager ce que j’ai modestement dit sur la Renaissance technologique à l’APM, lors de leur convention annuelle, en octobre 2013.

Et puis, surtout, je voudrais vous faire cadeau d’un texte que j’ai toujours considéré comme inspiré d’un remarquable humanisme profond, un extrait d’une très grande pièce de théâtre… Puisse-t-il nous aider à ne pas perdre, voire à retrouver les fondamentaux.

Je vous souhaite à toutes et tous une très bonne fin d’année 2013.

Wang :
Avant que votre apparition ne m’ait réveillé, Inspirés, je rêvais et j’ai vu ma chère sœur Shen Té en pleine détresse dans les roseaux du fleuve, à l’endroit où l’on retrouve les suicidés. Elle vacillait étrangement et courbait la nuque comme si elle traînait quelque chose de mou mais de lourd qui la faisait s’enfoncer dans la vase. A mon appel, elle m’a crié qu’elle devait transporter le ballot des préceptes sur l’autre rive sans qu’il soit mouillé, car sinon les caractères s’effaceraient. Je suis formel, je ne voyais rien sur ses épaules. Mais effrayé je me suis rappelé que vous, les dieux, vous lui aviez parlé des grandes vertus, pour la remercier de vous avoir pris chez elle, alors que vous recherchiez un gîte, ô honte ! Je suis sûr que vous comprenez le souci que je me fais pour elle.

LE TROISIEME DIEU :
Que proposes-tu ?

Wang :
Un petit rabais sur les préceptes, Inspirés, Un petit allégement du ballot des préceptes, Bienveillants, vu que les temps sont hostiles.

LE TROISIEME DIEU :
Tel que, Wang, tel que ?

Wang :
Tel que, par exemple, ne serait exigé que de la bienveillance au lieu de l’amour, ou…

LE TROISIEME DIEU :
Mais c’est pourtant encore plus difficile, malheureux !

Wang :
Ou de l’équité au lieu de la justice

LE TROISIEME DIEU :
Mais cela représente plus de travail !

Wang :
Alors de la simple décence au lieu de l’honneur

LE TROISIEME DIEU :
Mais pourtant c’est plus, incrédule !

 

 

 

Présentation sur le gouvernement 2.0

Je suis intervenu à la demande des jeunes-UDI pendant leur convention nationale pour faire une intervention sur l’état de l’art du gouvernement 2.0. Ce fut un échange intéressant, surtout devant leur motivation. Notre pays se mettra un jour en mode 2.0 !!!

J’ai donc préparé un court exposé de synthèse sur le gouvernement 2.0, avec copies d’écrans de quelques sites représentatifs. Continue reading

 

Les vraies statistiques de Google+1

On voit souvent sur Internet une statistique qui annonce que le bouton Google+1 est pressé 5 milliards de fois par jour. Je trouve cette statistique surprenante, surtout qu’il y a 3,2 milliards de like sur facebook. Plus de Google+1 que fb like me parait contre-intuitif.

J’ai donc fait une première étude qui me fait dire que le chiffre serait plutôt aux alentours de 500 millions par jour. Cette étude est sur mon blog anglais.

 

Prosper: un modèle ouvert de prêts communautaires

Les années 2005 ont vu fleurir des plateformes de « social lending », ou « peer to peer lending », qui permettent à des particuliers de prêter de l’argent à d’autres particuliers.

J’avais été attiré par Prosper, qui me semblait une marketplace ouverte et dynamique, délivrant plus de statistiques que son concurrent Lending Club.

Rappelons quelques principes de base de Prosper: toute personne désirant emprunter de l’argent dépose un listing. Le montant demandé ne peut dépasser 25000$. Chaque emprunteur possède un rating, qui va de AA (excellent) à HR (High Risk). Le taux d’intérêt est maintenant fixé par prosper, selon le tableau suivant.

Comme tout bon modèle communautaire, l’emprunteur se décrit lui-même, la raison de son emprunt, et va parfois même jusqu’à ouvrir son modèle économique personnel: revenus et dépenses mensuels. Une preuve de plus que l’information est partout, et surabondante.

Prosper, comme la plupart des plateformes de ce type, a été fermé par la SEC entre novembre 2008 et juillet 2009. A sa réouverture9, les règles sont devenus plus drastiques, entraînant une baisse significative des défaillances.

En novembre 2012, Prosper représente une communauté de 1,5 million de membres qui a déjà fait circuler 424 millions de dollars. Cette somme est impressionnante, sachant la limite supérieur des prêts.

Encore plus intéressant: le taux de défaillance est inférieur à 4%. La transparence étant la base de la communauté, Prosper fournit des statistiques globales, mais aussi des éléments détaillés sur la performance et sur la défaillance.

Sur le plan marketing, Prosper propose une offre d’affiliation permettant à tout référent de gagner un peu d’argent. Sur le plan technique, Prosper publie des interfaces de programmation (API), qui permettent à des développeurs d’accéder directement à son système d’information. Notons que cette combinaison d’API ouverte et de programme d’affiliation devrait être la base de toute innovation ouverte, comme je l’ai expliqué ici.

Pour terminer sur la dynamique aux US des prêts en peer to peer, Kiva qui est dans l’entraide pure, sans taux d’intérêt, a fait circuler 370M$ avec un taux de défaillance de l’ordre de 1%, et le numéro un, LendingClub, vient de dépasser le milliard de dollars.

A l’époque de la fermeture de Prosper, beaucoup de critiques avaient prédit la fin de ce genre de modèle en peer to peer. Le pragmatisme et la dynamique d’innovation Américaine ont montré l’inverse.

 

La France va devenir un gouvernement ouvert

Notre cher Président vient de commettre un acte extraordinaire, qui mérite un coup de projecteur (merci à démocratie ouverte).

La France, par sa plume, vient d’adopter la déclaration du XIVème sommet de la Francophonie, à Kinshasa, qui s’est déroulé du 12 au 14 octobre 2012.

Cette déclaration comporte de nombreux articles, dont le 38ème mérite qu’on s’y intéresse :

  1. Nous réaffirmons notre volonté de contribuer à l’édification d’une société de l’information ouverte, transparente et démocratique. Nous référant à la Déclaration de Montreux, nous adoptons la nouvelle Stratégie numérique de la Francophonie et demandons à l’OIF, aux opérateurs et à l’APF de la mettre en œuvre. Nous accroîtrons également nos efforts visant à accélérer l’intégration de l’espace francophone dans l’économie numérique mondiale. Nous nous engageons à participer au mouvement international du gouvernement ouvert et à favoriser l’accès de nos citoyens, hommes et femmes en toute égalité, aux technologies numériques.

Vous avez bien lu : la France va adopter le gouvernement ouvert !!! Continue reading