L’engagement citoyen à la Renaissance Numérique

de | 15/04/2015

Claude Bartolone m’a fait le plaisir de me demander une contribution dans le rapport qu’il vient de remettre au Président de la République. Je ne sais pas si ma contribution a été conservée dans le rapport final, mais je vous l’offre in extenso.

Constat : une République gérée avec des méthodes du passé

Tout comme à la Renaissance, nous vivons un monde où la science et la technologie font des progrès immenses, mais où l’ordre ancien refuse de voir les mutations en cours. Il s’en déduit des tensions entre les citoyens et leur usages contre les représentants de la République et leurs codes.

Dans notre société débordante d’interactions, les schémas basés sur la proportionnalité des moyens ne fonctionnent plus ; ils butent sur la loi des rendements décroissants. Il faut alors viser l’homéostasie, la particularité d’un système de rester en équilibre avec son environnement. Cet équilibre est basé sur la bonne circulation de l’information entre toutes les composants du système. La bonne nouvelle est que le numérique répond parfaitement à ce besoin, à condition de repenser nos modes de gouvernance.

Les modèles qui ne font pas bien circuler l’information sont à proscrire : la hiérarchie, les silos, la méfiance. En revanche, les modèles basés sur l’intelligence collective sont parfaitement adaptés.

Le rôle de l’Etat doit être de favoriser cette intelligence collective, à tous les niveaux. Or, il fait l’inverse : l’action de l’administration est basée sur la méfiance ; les services de l’état communiquent très mal entre eux, et tout privilégie les modèles hiérarchiques. Comment la République peut-elle être appréciée des citoyens si ses représentants n’assurent plus son équilibre homéostatique ?

  • L’existence de la République passe par un Etat, une administration qui fait confiance, qui communique bien, qui assure la fluidité de l’information et promeut l’intelligence collective.

Donnons quelques exemples.

  • Le code du travail, au lieu d’être un contrat de subordination, devrait être un contrat de coopération.

  • La distinction cadre et non-cadre ne présente aucun intérêt et devrait être supprimée.

  • L’article 20 de la LPM devrait être abrogé et le Ministère de la Justice et celui de l’Intérieur doivent coopérer sur les dossiers sensibles.

  • Les différentes administrations doivent, de manière général, se mettre en mode coopératif.

  • La loi doit être claire et lisible.

Proposition : la démocratie participative

Les citoyens face à l’administration sont comme les clients face aux marques, les salariés face aux managers, les élèves face aux enseignants : leur demande est un triptyque « fun, engagement, collaboration ».

Le modèle de l’état « fort » protégeant des assujettis captifs n’est plus adapté : il ne supporte pas l’engagement citoyen, il contrôle la collaboration ; quand au fun…

La démocratie possède un bug : ce qu’il faut dire pour être élu n’a rien à voir avec ce qu’il faut faire pour vraiment gouverner un pays. La solution pour échapper à ce paradoxe existe : il faut passer de la démocratie représentative à la démocratie participative. Celle-ci répond bien aux trois principes énoncés plus haut. Un exemple illustrant parfaitement ce mode est le financement participatif lié à la vie locale.

  • L’existence de la République passe par l’engagement des citoyens dans un cadre de démocratie participative, engagement qu’il faut favoriser et valoriser.

Donnons quelques exemples :

  • Les collectivités locales doivent généraliser la création de plateformes de financement participatif

  • L’open data doit servir à l’administration pour se poser la question de sa propre efficacité.

  • L’état doit se penser comme « government as a platform » et réguler de l’extérieur et pas de l’intérieur.

  • Le jeu comme outil de simulation de la vie démocratique doit être utilisé dans les écoles, car il permet le fun, l’engagement et le collaboratif.

Ce ne sont que quelques exemples parmi tant d’autres. La République est la somme de l’énergie des citoyens. Cette énergie est énorme, il faut juste la libérer. La Renaissance numérique nous offre la boite à outil pour la transformer en actions ; il ne faut surtout pas la brider.

 
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3 réflexions au sujet de « L’engagement citoyen à la Renaissance Numérique »

  1. Stephane Laborde

    Bonsoir,

    Pour Genève, ils s’agit comme toujours d’une minorité qui utilise un prétexte populiste pour se faire une santé électorale. Un peu comme le FN en France… ;-)

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  2. Stephane Laborde

    Bonsoir,
    votre contribution est très intéressante. Elle le mérite de replacer le citoyen dans une position où il peut à nouveau être acteur (enfin, un peu plus acteur) sans pour autant remplacer le politique. Ce qui n’est pas nécessairement souhaitable.
    Cependant, à mon humble avis, il manque un point essentiel. Le raisonnement repose sur le fait que nous vivons dans une démocratie. Je pense que ce n’est pas le cas en France. Loin de moi l’idée de vouloir tomber dans des discours stérile du style de ce qu’on entend auprès de certains extrêmes.
    D’après Montesquieu, pour être en démocratie, il faut que 3 pouvoirs soient séparés, le pouvoir législatif (le parlement), le pouvoir exécutif (le gouvernement) et le pouvoir judiciaire. On pourrait disserter sur la réalité de la séparation de ces pouvoirs en France surtout avec le fameux 49.3 ou les débats actuels sur le projet de loi sur le renseignement qui court-circuite totalement le pouvoir judiciaire au profit de l’exécutif…
    Lorsque tout cela a été pensé, le modèle grec de l’agora était dans toutes les têtes. cependant celui-ci montre vite ses limites lorsque le nombre de citoyens augmente beaucoup. D’où l’idée de la démocratie représentative où les citoyens élisent des représentants pour le parlement et pour certains postes administratifs importants (maire, mandats locaux, président de la république, etc).

    Comme vous le pointez dans votre analyse, la confiance entre les citoyens et les politiciens en général est rompue.
    A mon sens, une des raisons pour lesquelles les citoyens ne font plus confiance est le manque de transparence (vous le dites bien) et le manque de contrôle. Pas le manque de contrôle par des autorités de ceci ou cela mais bien le contrôle par les citoyens. Finalement, une fois qu’un candidat est élu, il fait plus ou moins ce qu’il veut !
    S’il fait quelque chose que ses électeurs désapprouvent, il n’y a pas de recours possible, ou si peu.

    Tant de choses auraient pu être réglées plus facilement si les citoyens pouvaient interpeller le gouvernement sur tel ou tel sujet.

    Il existe un outil pour cela: le référendum. Malheureusement, il est très rarement utilisé en France. et quand il est utilisé, son résultat n’est pas contraignant. Autant dire que cela ne sert pas à grand chose. De plus, il ne peut être qu’à l’initiative du président de la république il me semble (à vérifier, je ne suis pas certain de ce point). Je pense que les citoyens devraient pouvoir initier des référendums ! A l’échelle locale, régionale ou nationale. Et une fois le résultat connu, les élus *doivent* l’implémenter. C’est ça la vraie démocratie ! Le peuple délègue la gouvernance à des élus mais si ceux-ci se fourvoient, les citoyens peuvent corriger le tir.

    Prenons exemple sur nos voisins suisses. Ils bénéficient de ce système. Pour eux, cela s’appelle une votation d’initiative populaire. Suivant l’échelle (communale, cantonale ou fédérale) il faut recueillir un nombre de signature plus ou moins important de citoyens. Après vérification de la validité administrative de la demande, un référendum est organisé dans 12 ou 18 mois (délai exact à vérifier mais il doit dépendre des cantons, de l’étendue, etc) avec un temps pour les forces en présence de militer pour un camp ou l’autre. Une fois le résultat connu, le résultat est inscrit, non pas dans la loi mais dans la constitution ! Le gouvernement doit ensuite légiférer dans le sens donné par le peuple.

    Les suisses utilisent énormément ce système. Il a un coût mais ils estiment que c’est le coût de la démocratie, la vraie.

    Je suis très favorable à un tel système, la France y gagnerait tant !
    Finis les débats interminables autour de certains sujets de société :
    – mariage pour tous ? référendum national –> résultat –> loi.
    – barrage de Sivens ? référendum régional –> résultat –> travaux ou pas travaux.
    – et tant d’autres exemples…

    Le système est-il parfait ? Non, évidemment. Il arrive que le peuple (suisse) fasse preuve de démagogie ou de manque de vision. Le vote sur le rétablissement des quotas de travailleurs étrangers en Suisse a semé une belle pagaille entre la Suisse et l’union européenne mais il est normal qu’un peuple fasse des erreurs. Est-ce si grave ? Nos élus en font aussi… Mais là au moins, c’est le peuple qui a décidé. Si le temps et l’expérience montrent que la décision n’était pas la bonne, on peut refaire un vote sur la base d’éléments nouveaux et corriger le tir.

    Cessons de regarder la Suisse comme un pays de banquiers planqués dans leurs montagnes, la Suisse vit de son industrie et de son tissus riche de PME (92% du PIB est créé par les PME en Suisse).

    Quand on demande aux suisses, ce qui fait leur réussite sur le plan économique et social, ils ont toujours deux réponses :
    – le système éducatif largement basé sur l’apprentissage (près de 70% des élèves !)
    – la démocratie participative et en particulier les votations d’initiative populaire.

    Je pense que cette dimension de contrôle en forme de « feedback loop » (pour parler aux ingénieurs) permet un bien meilleur fonctionnement car les élus savent qu’ils ne peuvent pas faire n’importe quoi et sont donc plus efficaces.

    Voila pour ma contribution du soir…

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    1. serge Auteur de l’article

      Bonjour Stéphane

      je suis entièrement d’accord. Nous devrions nous inspirer de nos voisins Suisses !!!

      D’ailleurs, ceux-ci n’aiment pas Genève, qu’ils disent « êtrepolluée par la France » :-)

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