Comment la démocratie 2.0 va se mettre en place

de | 04/10/2014

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Nous avons d’un côté un monde ancien, basé sur des valeurs du passé, et qui refuse de bouger. Et d’un autre un monde nouveau, dynamique, entreprenant, mais maltraité par le premier.

En politique, le monde ancien se nomme la démocratie représentative. Tout le monde en connaît son défaut majeur: ce qu’il faut dire pour être élu n’a rien à voir avec ce qu’il faut faire pour vraiment gouverner un pays. Seuls les politiques hautains, autistes ou imbéciles l’ignorent, ou font semblant de l’ignorer, et appliquent stupidement, à la lettre, leur « programme ». Ils aiment faire de la politique, mais pas tant que ça gouverner un pays. C’est pour cette raison que beaucoup d’entre eux préfèrent être dans l’opposition: ils peuvent protester, faire de la politique, manier des idées; alors qu’être aux commandes risque de montrer l’inefficacité de leurs idées.

En politique, le monde nouveau se nomme la démocratie participative. C’est un mouvement de fond, qui se voit dans plein d’autres domaines: les citoyens, les consommateurs, les élèves, ne veulent plus recevoir ou consommer passivement; ils veulent participer, être actifs, co-créer. L’Internet regorge de telles initiatives.

Alors, rêvons un peu, et imaginons-nous un moment être un vrai maire 2.0. Le premier réflexe serait, comme le fait la ville de Paris, est de faire un budget « participatif ». Oui, mais non: c’est encore les politiques qui décident des projets. En clair, ils gardent la main, et le citoyen ne peut que voter comme il vote devant la télé pour savoir quel est le meilleur chanteur. Ce n’est absolument pas du 2.0

Voici ce que je proposerais, si j’étais maire 2.0 :

  • Division par deux des impôts (oui : 50%), la première année.
  • Mise de côté de 10% à 15% du montant des impôts pour les projets qui tiennent à cœur la Mairie
  • Création d’une plateforme de crowdfunding sur laquelle n’importe quel citoyen, collectif, association, etc. déposerait un projet.
  • Les autres citoyens donneraient de l’argent sur chaque projet de son choix.
  • La mairie abonderait: si chaque citoyen met un euro, alors la mairie met un euro; jusqu’à un certain plafond.
  • Les projets arrivés au bout de leur financement seraient alors réalisés.
  • Si ça marche, on baisse encore les impôts l’année suivante, jusqu’à trouver un équilibre.

Ceci n’est pas une utopie: le projet bulb in town, par exemple, finance des projets purement locaux. Ou bien la plateforme Les petites pierres, de la fondation Somfy qui, plutôt que de financer de l’aide au mal logement en direct, abonde les projets proposés par des associations.

Quels seraient les avantages de cette méthode:

  • Moins de démagogie: le politique ne se sentirait plus obligé de faire des programmes qui sont rejetés par une partie des citoyens, puisque ce sont eux-même qui les définissent.
  • Émergence de citoyens dynamiques, et responsables: on sait très bien que la plateforme ne fait pas le financement; la plateforme n’est que l’amplificateur de l’énergie mise par le projet lui-même. Les citoyens qui mettent de l’énergie seraient ainsi connus, et cette énergie serait utile à la communauté.
  • Vie plus harmonieuse: puisque ce sont les citoyens qui proposent les projets, et plus du tout le politique, ils ne peuvent qu’être plus heureux, à condition bien sûr que le projet aboutisse.
  • Meilleure qualité de gestion par la mise en concurrence: les mauvais projets seraient forcément éliminés, puisque les citoyens n’y mettront pas leur argent. Faut-il rappeler que mettre de l’argent a bien plus de valeur informationnelle qu’un vote ?

De toutes façons, si les hommes politiques ne s’y mettent pas, les citoyens le feront sans eux. Au risque bien sûr, qu’ils se posent la question de savoir l’intérêt de payer des impôts puisqu’ils financent eux-même leurs propres projets. Avec comme conséquence logique, la grève de l’impôt…

Il n’y a plus qu’à détecter maintenant les femmes et hommes politiques qui sont en train de mettre en place une telle plateforme; au delà de la simple autogestion, ceux-la seulement auront vraiment droit au titre de politique 2.0

 
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6 réflexions au sujet de « Comment la démocratie 2.0 va se mettre en place »

  1. Claude Allet

    Si je suis partisan de la démocratie participative et des mouvements citoyens, je suis réservé sur ce modèle.
    La démocratie c’est un homme, une voie. Ce système donnerait un poids sur le choix des projets proportionnel au portefeuille de chacun. Certains pourraient même distribuer de l’argent pour avoir plus de soutiens. Tout reposera sur le bon vouloir des mécènes !
    La co-construction des choix doit pouvoir se réaliser autrement.

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  3. serge Auteur de l’article

    @ludovic on pourrait faire comme EDF au début : si tu payes pas le projet, tu dois payer pour l’usage

    @al j’aime bien l’idée qu’il y a un maire visionnaire qui anticipe et met un peu son empreinte. Mais je suis peut-être un peu vieillot parfois :-)

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  4. al.jes

    Contrairement à Ludovic, je suis très enthousiaste quant à choisir le montant à payer pour un projet. En fait, la question que je me pose est pourquoi tu ne pousses donc pas ton concept jusqu’au bout en supprimmant mairie, maire et politiques, au profit de ces seules plateformes locales. Au vingt-et-unième siècle, nul besoin de s’encombrer avec des pratiques datant du jurassique. La véritable mairie 2.0, c’est une mairie inexistante !

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  5. Dubost Ludovic

    Bonjour Serge,

    C’est intéressant, mais si je comprends bien seuls les volontaires payent les projets. Et la j’ai peur malgré tout que ce soient toujours les mêmes qui finance.

    Pour moi la solution la plus simple en tout cas au début serait de garder le mode de paiement de l’impôt mais que chacun puisse voter de l’usage de son propre argent, un peu comme la reduc ISF.

    Il est clair que le budget participatif de la mairie de paris n’est qu’un tout petit pas avec 30m de projets pour 20m dispo et un projet 8m dans la liste. En gros soit le projet a 8m passe pas et quasi tout le reste passe, soit il passe et la les choix des votants comptent un peu plus. Il faudra être plus discriminant et en effet ouvrir aux projets venant des votants

    Ludovic

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