Notre cher Président vient de commettre un acte extraordinaire, qui mérite un coup de projecteur (merci à démocratie ouverte).

La France, par sa plume, vient d’adopter la déclaration du XIVème sommet de la Francophonie, à Kinshasa, qui s’est déroulé du 12 au 14 octobre 2012.

Cette déclaration comporte de nombreux articles, dont le 38ème mérite qu’on s’y intéresse :

  1. Nous réaffirmons notre volonté de contribuer à l’édification d’une société de l’information ouverte, transparente et démocratique. Nous référant à la Déclaration de Montreux, nous adoptons la nouvelle Stratégie numérique de la Francophonie et demandons à l’OIF, aux opérateurs et à l’APF de la mettre en œuvre. Nous accroîtrons également nos efforts visant à accélérer l’intégration de l’espace francophone dans l’économie numérique mondiale. Nous nous engageons à participer au mouvement international du gouvernement ouvert et à favoriser l’accès de nos citoyens, hommes et femmes en toute égalité, aux technologies numériques.

Vous avez bien lu : la France va adopter le gouvernement ouvert !!!

Voilà un billet d’avion que, en tant que contribuable, je suis ravi d’avoir payé (le TGV ne va pas encore à Kinshasa).

Ce que cela signifie est énorme, surtout en temps de crise. Citons au moins quelques modestes éléments de progrès.

1) Le gouvernement va devenir transparent. C’est à dire que nous allons avoir accès à la gestion financière de l’état. Seulement, il ne s’agit pas seulement de statistiques, ou plutôt de données globales sur les dépenses par ministère, tels qu’on les trouve sur le portail d’Etalab. Il s’agit de savoir avec précision où va l’argent que nous, contribuables, confions au gouvernement pour qu’il en fasse le meilleur usage. A l’instar de l’état de l’Oregon, qui met en ligne son système comptable, notre Président va donc demander à tous ses ministères de faire la même chose. Cette transition risque d’être brutale, mais pourquoi ne pas déjà faire comme l’Angleterre, qui ouvre ses comptes jusqu’au seuil de 10.000 livres. Au passage, l’Angleterre publie aussi les salaires des hauts fonctionnaires. La ville de Chicago va plus loin, et publie les salaires de tous ses employés. Ne soyons pas trop exigeants, lorsque la France se mettra au niveau de l’Angleterre, je pense que nous aurons fait un immense pas en avant.

2) L’administration va diminuer ses fonctions de contrôle, et va se mettre au service des citoyens. On ne peut construire un système durable basé sur la méfiance, même si celle-ci est un équilibre remarquablement stable. La méfiance empêche de construire, de progresser. Elle ne sert qu’à justifier l’immobilisme. La méfiance coûte énormément cher. Dans un monde qui cherche par tous les moyens de gagner de l’argent, éliminer la méfiance représenterait un gain fabuleux. Beaucoup plus que de ponctionner encore plus d’impôts. L’état Léviathan ne fait que de courir à sa propre perte.

3) L’état va se mettre en mode collaboratif. Quel magnifique challenge. L’état va commencer par collaborer avec les citoyens, et, par effet secondaire, les services internes de l’état vont collaborer, enfin, entre eux. Attardons-nous en peu sur ce point : on ne fait pas un ensemble intelligent à partir de gens intelligents. Nous avons probablement les meilleurs fonctionnaires au monde; que semble-t-il beaucoup d’administrations étrangères nous envient. Oui, mais de même que la vitesse du bâton dans un 4x100m n’est pas la somme des vitesses des coureurs, une réunion composée de plusieurs personnes intellectuellement de haut niveau ne produira généralement rien de bon. On ne connait pas de bon orchestre composé de solistes réputés. Regardons les dysfonctionnements de l’administration : c’est toujours aux interfaces. Exemple : en tant que créateur d’entreprise, j’ai en face de moi Oseo qui m’aide (et de nombreuses autres organisations) et l’URSSAF, voire le RSI, qui cherche à me tuer… Je me demande : parlent-ils entre eux ? Autre exemple : le tourisme est numéro un dans notre PIB en terme de revenu. Mais qui a vécu l’enfer de Roissy à 7 heures du matin: dix 747 et maintenant trois A380 qui débarquent leurs centaines de passagers, et seulement trois policiers des frontières,  se demande : le ministère du tourisme et celui de l’intérieur parlent-ils entre eux ? C’est donc bien les problèmes d’interfaces qu’il faut résoudre. Internet, justement, est parfait pour aider à réaliser cette tâche…

4) Le numérique ne va pas résoudre les problèmes, il va se dissoudre. S’il y a bien une personne que je n’envie pas, c’est madame Fleur Pellerin. Voilà quelqu’un qui est probablement très brillante et dévouée. Mais on sait bien que la meilleure manière de tuer l’innovation dans une entreprise est de créer une direction de l’innovation. La raison est simple : plus aucun manager n’innove puisque c’est le boulot du directeur de l’innovation… Or, l’innovation est une attitude individuelle, chacun se doit de l’être dans son métier. C’est la même chose avec le numérique : chaque ministère doit s’approprier le numérique. Le job du ministre délégué (le masculin est neutre) devrait être purement interne : comment inoculer la culture du numérique dans tous les ministères; comment alphabétiser nos chers ministres (oui, Internet n’est ni une technologie, ni un média, mais un alphabet); et finalement peu externe. Juste un peu pour servir d’effet de levier vis à vis de l’interne.

Je connais très bien les grands arguments contre cette philosophie. L’un des plus fréquents est de savoir si les citoyens sont suffisamment intelligents pour collaborer avec l’état. En clair : sont-ils compétents pour comprendre ce que font les fonctionnaires intelligents ? Mais, lorsqu’on regarde ce qui se passe par exemple dans les forums de discussion sur Internet, on constate un phénomène intéressant. Les citoyens peuvent être individuellement incompétents, stupides, hargneux, etc. Mais ils sont collectivement responsables et intelligents: il y a beaucoup d’autorégulation et d’émergences de formes. C’est l’inverse de nos élites qui, comme je l’ai dit, sont individuellement brillantes, mais hélas souvent collectivement stupides.

Alors, la prochaine étape ? Monsieur le Président, bien modestement : rejoignez « l’opengovernment partnership » .  C’est ce que vous avez promis dans l’article 38…

 

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