Et maintenant, place à Internet.

By | 18/06/2012

Les résultats ne sont pas surprenants : la gauche a gagné l’assemblée nationale. Elle contrôle donc : la présidence, le gouvernement, l’assemblée nationale, le sénat, les régions, la plupart des départements, quasi toutes les grandes villes. Si à cela on rajoute les journalistes, et les enseignants, nous sommes devant une situation qui porte un nom : le totalitarisme. On pourra passer des heures à argumenter qu’il s’agit du résultat des urnes, que ce sont des votes démocratiques, le résultat reste le même.

Ceci n’est pas bon. Beaucoup des fondamentaux de la société françaises sont à revoir : entre autre (liste non exhaustive …) une opacité de la gestion du gouvernement; des administrations qui ne communiquent pas entre elles; des citoyens considérés comme des assujettis captifs; la superposition de couches qui se marchent sur les pieds et dépensent de l’argent inutilement (communautés urbaines, régions, départements); des syndicats qui ne représentent plus rien mais qui détournent une part importante de la richesse du pays; des fonctionnaires qui sont trop présents la où ils devraient s’abstenir (ah, l’arrogance de l’URSSAF surtout en IdF), et absents là où on en a vraiment besoin (par exemple, le sempiternel problème des quelques pauvres policiers de Roissy face à une dizaine de 747 à 6h30 du matin; quand on sait que le tourisme est le premier revenu du PIB de la France, on ne peut que faire toujours le même constat : les administrations devraient coopérer au lieu d’être en silo…); un cruel manque d’entreprises de taille intermédiaire; des « grands » patrons d’entreprises quasi nationalisées incompétents qui restent en poste par copinage; un impôt (l’ISF) qui fait fuir les entrepreneurs et le capitalisme familial, ceux dont on a justement le plus besoin en ce moment; et au-dessus de tout un système qui ne fonctionne que sur la logique de l’affrontement, et qui ne sait rien nous proposer d’autre qu’un choix entre partager plus ou créer plus de valeur, comme si les deux étaient incompatibles.

Alors, pour qui n’est pas dogmatique, cherche à réfléchir, et s’intéresse à la systémique, la question qui vient immédiatement est de savoir où est maintenant le contre pouvoir, non pas dans le sens de l’affrontement stérile, si cher à notre pays, mais dans une vision homéostatique du système. A droite, l’UMP est laminé. Le FN n’est pas un parti sérieux ou sympathique, et possède deux sièges. L’extrême gauche n’est ni sympathique ni sérieuse et possède dix sièges (ce déséquilibre à rajouter à la main mise de la gauche sur le pays). Quand aux écologistes, depuis le temps qu’ils ont des occasions de prendre le vrai pouvoir, et qu’il n’en font rien, il n’y a rien à en attendre.

Le contre-pouvoir ne sera donc ni dans les partis, ni dans les entreprises, ni dans les corporations, ni même dans la rue.

Il sera dans Internet.

D’ailleurs, il y est déjà.

Par exemple, le site « nos députés »  s’intéresse de près au travail effectif de l’assemblée, et nous permet de suivre, pour chacun d’entre eux, son activité. On y voit par exemple que le député François Hollande n’a guère été actif, et qu’en terme de présence, il fait parti des 150 derniers. Oui, le portail officiel français opendata existe, avec juste deux ans et demi de retard par rapport aux US; mais même s’il n’avait pas existé, le portail data-publica était déjà présent. Comme d’habitude, les Etats-Unis sont en avance : l’Etat de l’Oregon a ouvert son système comptable en ligne, permettant de voir tous les paiements effectués, avec le département d’origine et l’entreprise destinataire. La ville de Chicago va encore plus loin, elle a mis en ligne les salaires nominatifs de tous ses salariés. Le lecteur pourra suivre ce lien pour avoir une liste plus complète d’initiatives de ce genre.

Il est clair qu’un gouvernement honnête ne peut pas demander aux entreprises et aux riches, et puis finalement à tout le monde, de se serrer la ceinture, s’il ne se pose pas lui-même la question de sa propre efficacité. Il faudra qu’il rende des comptes. Bien sûr, nous connaissons bien l’esprit français, il peut le faire du bout des lèvres, publiant des comptes partiels, dans des formats peu lisibles. Mais, avec Internet, la puissance de la foule est plus forte que la logique des partis. Les députés Anglais, pressés de rendre publiques leurs notes de frais, l’ont fait sous forme de scan peu lisibles, pour un total de 458832 pages, un travail de Titan pour le décoder… Sauf que le journal le Guardian a alors ouvert un site permettant à n’importe quel internaute de voir l’une des notes de frais, puis de rentrer les informations dans la base de donnée correspondante. A ce jour, la moitié de la base des dépenses a été rentrée dans le système, permettant ainsi d’interroger les dépenses des députés. Ceci peut se produire en France également…

On l’a bien vu avec le hashtag RadioLondres : il y a un monde ancien qui s’effondre, basé sur des logiques verticales de partis et de « sachant », et un nouveau qui se construit, basé sur les communautés, et l’énorme puissance du crowdsourcing. Les déclarations politiques sur le numérique ne sont rien du tout par rapport à ce qui va se préparer : un état qui devra rendre des comptes à des citoyens qui sont responsables. Le gouvernement 2.0 repose, je le répète, sur trois piliers : l’opendata, mais le vrai, qui ne se contente pas de données statistiques agrégées; l’usage des outils du 2.0 pour améliorer les interfaces de l’administration, comme le gouvernement Australien qui depuis 2010 publie ses textes sous license creative commons; la transformation de l’administration en un mode coopératif, au service des citoyens, ce que les Americains appellent « government as a platform« . Jean-Pierre Corniou le dit bien : nous venons d’assister à la dernière élection du XXème siècle. Nous allons maintenant, enfin, avec comme d’habitude quelques années de retard sur le monde anglo-saxon, basculer dans le XXIème siècle.

Oui, osons demander la transparence non seulement des débats et actions, mais aussi financière : des ministres, des institutions, des administrations, des politiques, des entreprises nationalisées et de leur comité d’entreprises, des syndicats; en bref, de ce tout ce que nous payons d’une manière ou d’une autre avec nos impôts. Et si cette transparence ne vient pas, alors Internet saura rappeler à l’ordre. Oui, osons dire aux politiques et aux fonctionnaires que le monde ancien de l’état supérieur, protecteur et hautain est fini, que maintenant c’est un système coopératif, avec un état régalien et efficace qu’il faut construire, qui rendra des comptes sur l’argent que nous leur donnons pour que le pays fonctionne. Et si ce mode coopératif ne vient pas, alors Internet saura rappeler à l’ordre.

Seules des « lois en i » chères à Jean-Michel Planche pourront casser ce mouvement. Il serait inconcevable, bien sur, que la gauche commette, sur ce plan, la même erreur que la droite…

 

 

26 thoughts on “Et maintenant, place à Internet.

  1. valenton

    Bonjour,
    je suis syndiqué, fonctionnaire, jeune et responsable de la communication web d’un établissement public.
    Je partage votre avis. L’administration doit encore plus s’ouvrir aux citoyens qui la financent. Tous les jours, j’essaie de convaincre mes supérieurs qu’il faut le faire.
    Ma

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