Récemment, la toile a propagé l’article d’un enseignant qui était fier « d’avoir pourri le web » .

La méthode est simple: introduire un faux article dans wikipedia, et dans des sites de corrections payants, et enfin tendre un piège à ses élèves pour les envoyer copier cet article, puis ensuite les faire rougir en dévoilant la supercherie.

Et j’oublie, écrire ensuite un article plein de condescendance, dont je cite certains extraits: « ils ont ensuite rougi quand j’ai rendu les copies en les commentant individuellement« , ou bien « les élèves au lycée n’ont pas la maturité nécessaire pour tirer un quelconque profit du numérique en lettres » , et aussi « j’ai voulu démontrer aux élèves que les professeurs peuvent parfois maîtriser les nouvelles technologies aussi bien qu’eux, voire mieux qu’eux » .

Internet est un nouvel alphabet. Internet, c’est le travail collaboratif, c’est le plaisir d’être ensemble, dans une communauté. L’éducation nationale ne semblant raisonner qu’apprentissage individuelle et formation des élites, on peut comprendre pourquoi certains enseignants ont tant de haine pour l’Internet. Effectivement, il est facile de publier un faux dans wikipedia. Mais wikipedia est une oeuvre collective, qui appartient au patrimoine mondial immatériel de l’Unesco.

Cet enseignant non seulement n’a pas appris à ses élèves comment tirer profit de wikipedia, encore moins comment partager ses connaissances en contribuant à wikipedia, mais pire, il leur a appris comment casser wikipedia. Sa « maîtrise de la technologie » dont il est fier est destructrice, pas constructrive. Une des quatre salariés de Wikipedia en France a pour mission d’inciter les enseignants à partager leur savoir en écrivant dans wikipedia, plutôt que le critiquer. Elle a du pain sur la planche.

C’est dommage, car je partage un point de vue de cet enseignant : il faut apprendre la rigueur. Il faut enseigner aux élèves à penser par eux-même, à croiser des informations. Je crois beaucoup au couple intuition – rationalisation. La créativité collective qu’Internet permet est de nature à ouvrir les esprits, et donc de préparer à l’étape de rationalisation. Mais la méthode qu’il a utilisée a pour conséquence d’inciter ses élèves à se méfier de l’Internet. En les dressant contre, et pas avec, il a créé des analphabètes en puissance.

Mais surtout, au-delà d’Internet, il me semblait qu’en 2012, il était admis que ce n’est pas en humiliant qu’on forme des êtres humains.

J’ai personnellement une haute opinion de l’enseignement pour laisser passer un article contenant autant de mépris pour des élèves. Mon point de vue sur l’éducation est plutôt proche de ce magnifique texte qui dit, entre autres, « Enseigner, c’est guider les hommes vers l’espérance » . Dans ce texte, je trouve aussi cette belle phrase : « Enseigner, c’est répondre à la turbulence par la bienveillance » . Il est vrai que ce texte est écrit par un enseignant Marocain, et parle de l’école au Maroc.

 

Partagez !
  • Digg
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Google Bookmarks
  • email
  • LinkedIn
  • PDF
  • Slashdot
  • Tumblr
  • viadeo FR
  • Wikio FR
  • Twitter
  • Add to favorites
  • eKudos
  • Google Buzz
  • Live
  • Print
  • RSS
  • Technorati