S’il fallait définir Internet en une phrase…

By | 28/03/2012

Toute start-up sait qu’elle devra passer un jour un l’autre par le redoutable exercice de « l’elevator pitch »: expliquer sa raison d’être en quelques secondes.

C’est un exercice difficile et passionnant, que celui de la synthèse. Il est plus facile de noyer le lecteur, l’auditeur, derrière une pléthore de mots, un fatras de concepts, un méli-mélo de phrases, une logorrhée infinie.

Être minimaliste et compréhensible est autrement plus difficile. Il faut éviter le piège de l’abscons, de l’abstrus, ou de l’absurde; Woody Allen qui disait « grâce à une méthode de lecture rapide, j’ai lu « Guerre et Paix » en un quart d’heure; ça parle de la Russie ». Raymond Devos qui chantait « Se coucher tard… Nuit »; et puis encore plus court « … Nuit » sol-do.

On me pose parfois cette question : comment définir ce qu’est Internet en une phrase. Inutile de googéliser « Internet en une phrase », on tombe très vite sur des conseils de drague. Googéliser « Définir Internet en une phrase » nous amène sur le site de futura-sciences, qui dit « Réseau informatique mondial constitué d’un ensemble de réseaux nationaux, régionaux et privés qui sont reliés par le protocole de communication TCP/IP et qui coopèrent dans le but d’offrir une interface unique à leurs utilisateurs » . Cette définition est purement dans le champ technologique, et ne rend pas compte de l’impact qu’a Internet sur la relation au savoir, la relation aux autres.

Reprenons l’idée que nous rentrons dans la société de l’interaction et de la complexité. Dans un tel schéma, il est de plus en plus difficile pour une seule personne d’être sur l’intégralité des flux informationnels et décisionnels. Le modèle hiérarchique, qui n’existe que si chaque nœud analyse tous les flux informationnels venant de ses sous-branches, est alors mis à mal. D’où le fameux syndrome « j’ai trop d’emails ». Oui, mais peut-on se plaindre d’avoir trop d’email tout en voulant contrôler tous ce qui se passe sous le nœud?

Une solution simple consiste à prendre son temps. Cette méthode, prônée par un syndicaliste célèbre, a comme conséquence l’allongement inexorable du temps mis à décider, conduisant directement à ce qui se nomme « le trashing » en informatique, à savoir que plus aucun traitement n’est effectué. En français, on nomme ce phénomène la procrastination.

La bonne méthode, que l’on trouve appliquée chez Lippi par exemple, consiste à laisser faire en mode peer to peer tout ce qui peux l’être, et à remplacer l’email par un mur informationnel, soit un twitter privé, soit un statusnet installé sur un Intranet, méthode que je préconise.

Nous sommes en présence d’une reconfiguration de l’entreprise en mode collaboratif; ce que des sociologues ont nommé « l’intelligence collective » , dont Internet est le support indispensable. Mais il n’y a pas que l’entreprise, Wikipedia, qui est pour moi la plus belle aventure de l’Internet, est une instance de la fameuse noosphère.

 

Nous pourrions alors proposer la phrase suivante: « Internet est ce qui permet de passer d’une somme d’intelligences individuelles à une intelligence collective ».

 

Les systémiciens le savent, « le tout est moins que la somme des parties, mais le tout est plus que la somme des parties » . Une somme d’intelligences individuelles ne fait pas une intelligence collective.

Dans un championnat du monde d’athlétisme, les coureuses américaines du quatre fois cent mètres étaient plus rapides que les françaises. Mais ce sont les françaises qui ont gagné, parce que le passage du témoin était plus efficace. Ce qui fait gagner cette course n’est pas la vitesse des coureurs, mais la vitesse du bâton.

Dans un monde complexe, les problèmes se situent alors aux interfaces. Considérons par exemple un système fait d’une start-up parisienne, et de l’administration française. L’administration interagit avec la start-up de manière positive, avec par exemple OSEO, mais aussi de manière négative, avec par exemple l’arrogance de l’URSSAF qui a le pouvoir de la tuer. Si l’URSSAF et OSEO collaboraient, l’interface entre l’administration et la start-up serait plus efficace. Mais ces deux administrations, qui sont pourtant composées d’individus brillants et supérieurement intelligents, ne se passent pas le témoin.

Les modèles gagnants dans un monde complexes sont les modèles coopératifs. A quoi sert un grand chercheur s’il n’a pas toute une équipe avec lui ? Le système scolaire français fabrique de très grands chercheurs, mais pourquoi certains vont-ils à l’étranger, si ce n’est pour y trouver des équipes ?

Dans ce débat électoral actuel, non seulement il n’y a rien sur le numérique comme facteur structurant de la société, mais en plus il n’y a rien sur la création collective de valeur. Contrairement à ce qui nous est asséné régulièrement, les fondamentaux français, qui ne comprennent pas grand chose de l’ordre du collectif, ne sont pas bons. Nous ne parlons que consommation, et pas production. Pourtant, le fameux « made in France » cher à tous nos candidats nécessite de mettre en marche un appareil productif efficace, donc basé sur le collectif.

A moins que le futur président n’applique les principes de l’intelligence collective (et pas collectiviste), et donc qu’il construise sa société en se basant sur Internet et le numérique, nous pouvons nous attendre à une crise très violente dans les années à venir.

 

29 thoughts on “S’il fallait définir Internet en une phrase…

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  13. Daniel Breton

    « une étape sur le chemin de la conscience universelle » ???
    au risque de paraitre philosophico naif, j’aurais tendance à mettre en avant l’impact d’internet sur la prise de conscience collective (les autres, la planete, l’univers, les injustices….) plutot que sur l’intelligence (mais est-ce si différent?). Science sans conscience…..
    Bien sur ce n’est qu’une étape, un moyen de plus sur un long chemin cahotique. A quand le réseau des consciences!!
    J’arrête la mes délirs
    Bien à vous

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