Programme politique du PS et Internet

By | 22/06/2011

La gauche vient de se déclarer sur Internet. Martine Aubry s’est exprimée sur rue89, ainsi que Julien Bernard.

J’allais réagir sur certains aspects qui me gênent dans ces discours qui sont bourrés de bonnes intentions, mais qui sont encore basés sur des modèles d’omni présence de l’état, mais je vois que Benjamin Bayart a pris les devants dans un excellent article.

J’ai déjà eu l’occasion d’écrire que, n’en déplaise à certains, Internet n’est ni de gauche ni de droite. Ceux-là même qui prônent un réseau neutre feraient bien de se méfier lorsqu’ils veulent le politiser. Internet favorise les modèles communautaires, et une économie de partage, c’est vrai. Mais Internet c’est aussi la libre entreprise, un modèle d’innovation qui passe par le capital risque et qui n’aime pas l’ISF. N’en déplaise à Madame Aubry qui cite des start-up françaises de l’Internet, combien d’entre elles sont parties à Bruxelles parce qu’un créateur de start-up doit payer de l’ISF bien avant d’avoir recueilli le moindre kopek de son entreprise ? Combien de patrons de start-up sont fatigués de l’état qui offre Oseo dans une main, et l’Urssaf dans l’autre, un double discours contradictoire insupportable ?

Cette dualité de l’Internet est bien gênante pour un parti politique, quel qu’il soit. La déclaration du PS n’est donc pas absente de quelques contradictions. Je lis « Renforçons au contraire les moyens de lutte contre la cyber-criminalité, qui, elle, se moque des frontières ». Comment ? C’est au nom de la pédophilie que les états ont créé les équivalents Loppsi. Au PS, la pédophilie sera-t-elle remplacée par la cybercriminalité?

Le PS souhaite « un opérateur qui coordonnerait tous les efforts publics ». Qui serait cet opérateur ? France Télécom ? Mais FT, comme tous les opérateurs télécom du monde entier, ne comprend rien à l’économie d’Internet. Rappelons que l’économie d’Internet est une économie d’abondance et de partage, et que les opérateurs de télécom nous proposent une économie de rareté, avec paiement à l’usage. Nous avons, en France, la chance d’avoir Free qui a introduit de la vraie concurrence. Je rentre de l’île Maurice, où l’accès Internet est un monopole, fourni par une JV Mauritius Telecom et Orange. L’état est fortement actionnaire de Mauritius Telecom; résultat : 70 euros par mois pour 500kb/sec, et surtout pas d’offre de VoIP. Voici ce qui se passe quand l’état possède et contrôle son propre opérateur…

Sur la culture : le PS veut « renforcer le droit d’auteur », veut « protéger les artistes ». Amusant, c’est aussi le combat d’Hadopi.

Sur la politique extérieure, le PS veut « soutenir une fondation indépendante pour héberger les sites censurés »… Mais c’est déjà ce qui se passe dans le cloud, de google à dropbox en passant par tous les hébergeurs alternatifs, il y a pléthore de moyens pour héberger des sites ou des documents, même censurés, et pléthores d’associations indépendantes pour assurer ce rôle important. Pas besoin d’aller mener des croisades externes ouvertes et généreuses. Quand à la censure, je suis d’accord avec Benjamin que c’est une spécialité étatique. Qu’un état aide l’hébergement des sites censurés d’un autre état, cela peut faire sourire. Allez, posons la question au PS : soutiendrait-il une fondation qui hébergerait des sites de dissidents Tibétains alors que nous vendons des Airbus et des centrales nucléaires en Chine ? La real politique se moque bien des idéologies.

Le PS veut créer des « eurobonds » pour financer notre réseau… Le PS sait-il que les investisseurs sont très réticents à investir en France, pays considéré comme trop communiste, parce que l’ISF, les charges sociales, les 35 heures, les grèves, etc… La sont les vrais problèmes à résoudre, faire de la France un pays qui fonctionne.

Le PS veut des unités pour « la lutte contre la contrefaçon en ligne »… La aussi, on remplace piratage par contrefaçon, et on obtient le même résultat..

En revanche, manque une véritable réflexion sur le gouvernement 2.0. Rappelons en les trois volets : l’opendata, l’utilisation par l’administration des outils du 2.0 pour améliorer ses relations avec les citoyens, et la transformation culturelle de l’administration pour se mettre en mode coopératif. Seul l’Open Data y figure, mais le PS est-il prêt à ouvrir, à l’instar des Anglais, la base de données des dépenses publiques ? Je serais curieux de voir comment fonctionnent vraiment des organisations comme les OPCA, les partis politiques, les syndicats… Que le prochain gouvernement soit de gauche ou de droite, d’ailleurs, qui osera vraiment ouvrir la boite de Pandore ? L’administration française adore le secret. Je n’ai vu aucun homme politique avoir le courage de la rendre « accountable » comme disent si bien les Anglais. Le programme du PS est bien silencieux sur ce sujet. C’est normal, la transparence pose la difficile question de l’efficacité… Et je rappelle que le premier geste de Cameron a été de continuer l’opendata initié par son prédécesseur, ça fait du bien de voir un parti qui ne jette pas à la poubelle systématiquement tout ce qui vient de l’autre…

J’attends avec impatience le programme des autres partis. Mais je crains bien que ce ne soit pas foncièrement différent, les problèmes sont les mêmes. Seul un entrepreneur pourrait nous sauver du mur dans lequel nous allons, en continuant de donner trop de pouvoir à l’administration. En revanche, je crois au modèle de la coopération, et donc des programmes bi parti.

Il faut une véritable révolution 2.0. Allez, je note le programme du PS à 1.9 parce qu’y figure la proposition du small business act, le seul point véritablement intéressant ! Mais encore faudrait-il expliquer que s’enrichir, ce n’est pas forcément mal…

 

 

 

19 thoughts on “Programme politique du PS et Internet

  1. Fabrice

    Excellente analyse… J’attends le programme d’EELV, ce sont les seuls à priori qui sont capables de comprendre quelque chose à internet. Jusqu’ici c’est lamentable, que ce soit pour le PS et ses promesses ou l’UMP et ses réalisations.

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  2. Un ancien étudiant

    Serge, cela n’était pas votre propos, mais vous y allez tout de même fort sur l’image qu’ont les investisseurs de la France.

    D’après les données de la banque mondiale, la France se situe en 5e position en terme d’investissement directs étrangers. (source : http://donnees.banquemondiale.org/indicateur/BX.KLT.DINV.CD.WD/countries?order=wbapi_data_value_2009%20wbapi_data_value%20wbapi_data_value-last&sort=asc&display=default ).

    Pour nuancer vos propos sur la France « trop communiste », je parlerai de la main d’œuvre qualifiée, des infrastructures, du dynamisme du marché intérieur, de la qualité de vie, etc… Plus d’info sur l’agence française pour les investissements internationaux.

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  4. WilnocK

    Tout comme le PG qui propose une nationalisation des FAI, le programme numerique du PS ressemble sensiblement a un Internet de ma grand-mere. Je pensais que l’on etait au XXIieme sciecle pourtant? Wikileaks, Web 2.0, Open-Data, Web-Semantique tout ca…
    Le programme du PS fleure bon la naphthaline tout de meme.

    En tout cas merci de mettre en avant les points d’attention, il faut esperer que le PS ira voir Fondapol, et fera l’effort de revoir sa copie. Je mets 1.1 comme note, vous etes trops genereux.

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  6. serge

    @cedric : c’est surtout mon ton « passionné » qui peut donner l’impression d’a priori.

    Ceci dit, sur le plan factuel, les 35 heures, et l’ISF, sont issus du PS. Et c’est aussi le PS qui avait lancé le fait qu’au-delà de 4000 euros par mois, on était trop riche.

    Que le PS se soucie des entreprises, je n’en doute pas. Mais j’ai des doutes sur la méthode, surtout.

    Comme je l’ai déjà dit, je crois au rôle de l’état, mais pas un état omni présent. Dans ce programme numérique, qui est, je le répète, bourré de bonnes intentions, le rôle de l’état y est, à mon humble avis, exagéré. Mais bon, je ne suis qu’un parmi 7 milliards

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  7. Cédric

    Article et réflections intéressant mais vous avez de sèrieux « à prioris » sur le PS : le PS n’est pas une machine à casser du patron, au contraire il faut des entreprises donc des entrepreneurs pour créer des emplois. Etre riche n’est pas un problème non plus c’est juste une question de partage et de répartition.
    Vous laisseriez un membre de votre famille dans la rue alors que vous pouvez l’aider ?

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  13. claire

    Au delà d’une possible frilosité, je pencherais volontier pour une méconnaissance totale des principes du gouvernement ouvert pour expliquer l’absence du sujet dans les programmes politiques…

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