Ce billet fait suite à mon premier : « Mode anglais, mode français : de la décision« .

Il est motivé par la montée de l’extrémisme que je perçois dans plein de domaines, dont un qui cristallise bien des tensions, Hadopi. Mon ami Jean-Michel Planche a raconté ici des éléments intéressants: lui qui est un entrepreneur militant de l’Internet se voit conspué, voué aux gémonies, parce qu’il a, comme moi, accepté de favoriser les ponts plutôt que les murs.

Une première remarque s’impose : la coopération est un équilibre instable. Ceux qui pratiquent la théorie des jeux le savent bien : A & B discutent. C’est une matrice à quatre cases : A & B jouent la coopération (gagnant-gagnant en d’autres termes), A la joue et B non, l’inverse, et aucun des deux ne la jouent. La première case est la seule à aboutir à un résultat accepté conjointement. Mais elle est instable: il suffit que l’un des deux la quitte pour que l’autre frustré, la quitte aussi, et tout le monde se retrouve dans la case affrontement (perdant-perdant); Bing. Insistons bien: seule la case coopérative est créatrice de valeur, les autres sont destructrices.

Comment se sort-on de la case perdant-perdant? Comme cette case est un équilibre instable, il faut développer une énergie phénoménale. Qu’est ce qui fait que certains y arrivent : la confiance a priori. Et quelle est la base de la confiance: l’information. Les haines, les guerres, la violence, le fascisme, se nourrissent de l’absence d’information. Faut-il rappeler qu’à l’époque du communisme, un annuaire était considéré comme un secret d’état. J’ai fait, en 1983, avec les géographes Galia et Guy Burgel, une analyse comparative du plan « officiel » de la ville de Moscou, et d’une image Landsat de cette ville. Ya pas photo, dirait-on aujourd’hui, la carte était sciemment fausse, même si elle était homéomorphe.

Alors voilà une des beautés de l’Internet: parce qu’il fait circuler l’information, Internet favorise la coopération. Les valeurs de l’Internet sont des valeurs d’intelligence collective, de travail en commun, même quand les points de vue sont opposés. Avec Internet, la révolte des Cipayes n’aurait pas eu lieu !

Revenons donc à Hadopi. Qu’il y ait des anti hadopi est normal. Maintenant, comparons deux modèles.

Tout d’abord le site « Ne m’obligez pas à voler« . C’est un site Européen, qui explique l’attente des « consommateurs du numérique » vis à vis des fournisseurs de contenu. Traduit en plusieurs langues, ce manifeste est très intéressant à lire, et contient des fondamentaux qui correspondent bien à plusieurs attentes et frustrations qui sont exprimées ici et la.

Ensuite, une version franco-française, « Pourquoi je pirate« . Rien que le titre fait rêver, là où le premier site exprime son attente, le second explique pourquoi il a envie d’être négatif. La où le premier jette les bases d’un travail coopératif, donc tente la case gagnant gagnant, l’autre se place d’emblée dans la case refus, et donc ne peut que conduire à la case perdant perdant. L’ennemi est con, disait Desproges, car il croit que c’est nous l’ennemi, alors que c’est lui.

C’est dommage. C’est d’autant plus dommage que certaines idées du second site sont très proches du manifeste du premier…

Dans un monde Internet, les valeurs de coopération sont celles qui sont efficaces. Les valeurs d’affrontement stérile, de combat de coq, en sont l’antithèse. Les enfants gâtés qui demandent tout de l’autre et n’offrent rien eux-même n’ont pas leur place.

L’esprit de contestation, tout comme l’administration, doit se mettre en mode 2.0.

 

 

 

 

Partagez !
  • Digg
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Google Bookmarks
  • email
  • LinkedIn
  • PDF
  • Slashdot
  • Tumblr
  • viadeo FR
  • Wikio FR
  • Twitter
  • Add to favorites
  • eKudos
  • Google Buzz
  • Live
  • Print
  • RSS
  • Technorati