En dépilant mes tweets, je rencontre un lien venant de Laure de la Raudière, dont j’apprécie l’engagement en faveur d’Internet, qui renvoie vers un compte rendu de séance de la commission des affaires économique de l’Assemblée Nationale sur « le fonctionnement d’Internet et ses enjeux pour le développement de l’économie numérique « .

Je me suis permis de relever quelques perles. Si je le fais, ce n’est pas pour critiquer, mais dans le même souci de Laure qui a retwitté, à propos de cette table ronde, « Pour mémoire : l’objectif de la table-ronde sur Internet de la com des Aff Eco = pédagogie du fonctionnement d’Internet pr les députés :-)« . Et puis, c’est dimanche, il faut bien rire un peu.

Ceci dit, une fois les perles passées, les échanges deviennent plus intéressants, surtout lorsque Giuseppe de Martino intervient, donc j’exhorte les lecteurs à continuer la lecture. Mais revenons à un peu de pédagogie :-)

Premier extrait de ce rapport :

Au cours de leurs exposés, par dérogation à notre habitude, les membres de la Commission pourront poser des questions, sur lesquelles nous ne reviendrons pas par la suite.

J’en conclue que, habituellement, les membres de la commission ne posent pas de question. S’ils ne posent pas de question, c’est qu’ils savent tout ? Ou bien qu’ils ne savent rien ? Mais alors, que peut faire l’expert interrogé en face, si ses écoutants se contentent d’écouter ? Jouer les Nasr Eddin, comme le rappelle un de ses contes :

Les habitants d’Akşehir ont besoin d’un sage pour leur apprendre le monde. Ils vont chercher Nasr Eddin et l’amènent en place publique.

« Que voulez-vous que je vous apprenne que vous ne savez pas ?
─ Tout !
─ Je n’ai rien à faire avec de tels ignorants. »

Et Nasr Eddin s’en va. Les dignitaires réfléchissent et demandent au peuple de répondre sans froisser le grand sage. Ils vont rechercher Nasr Eddin qui demande :

« Que voulez-vous que je vous apprenne que vous ne savez pas ?
─ Rien !
─ Alors si vous savez tout, je m’en vais. »

Et Nasr Eddin s’en va, énervé. Les dignitaires réfléchissent de nouveau et demandent cette fois-ci au peuple un peu plus de compréhension avec une telle sagesse. Ils vont retrouver Nasr Eddin et le ramènent en ville.

« Que voulez-vous que je vous apprenne que vous ne savez pas ? »

Une moitié crie :

« Rien ! »

Et l’autre moitié :

« Tout ! »

Alors Nasr Eddin excédé, dit :

« Hé bien, que ceux qui savent apprennent à ceux qui ne savent pas. »

 

Continuons la lecture.

C’est à la demande des intervenants que notre table ronde se déroule à huis clos, ce qui garantit une totale liberté de parole.

En clair, ils pourront raconter n’importe quoi, mais personne ne le saura. Bien sûr, le modèle inverse, à savoir ne raconter que des choses travaillées mais devant tout le monde, est trop difficile peut-être ? Le parlement Australien, lui, publie son site sous licence creative commons.

Continuons. L’un des experts parle.

On peut représenter internet comme un nuage. D’un côté, se situent les hébergeurs, qui mettent les contenus à disposition, de l’autre, les internautes, qui cherchent une information.

Ah, c’est une vision très miniteliste de l’Internet (ce que l’expert avoue). Faut-il le répéter, il y a surtout des internautes qui échangent entre eux, et le contenu n’est que le prétexte aux échanges.

Internet est moins fiable qu’on ne le croit généralement. Il n’est pas « scalable », c’est-à-dire qu’il répond difficilement à une importante montée en charge du nombre d’utilisateurs.

Rappelons tout de même la thèse de Paul Baran en 1964, qui montrait qu’un réseau maillé, de type Internet, était plus résistant qu’un réseau centralisé, de type téléphonique. Ceci a été vérifié deux fois au moins, lors des attentats du 11 septembre, et lors du tremblement de terre en Haiti, où seul le réseau Internet a résisté au stress.

Le pear to pear, procédé utile pour soulager les réseaux mais qu’on associe le plus souvent au piratage, est en léger recul.

L’expert nous prendrait-il pour des poires ? :-) Le peer to peer (oui, c’est comme ça que ça s’écrit, peer=pair), au passage, est le fondement de l’Internet. Le web n’est né qu’en 1990, soit 20 ans plus tard.

Je pense que le fond du problème est là : l’Internet n’est pas un réseau fait à l’origine pour diffuser du contenu en mode broadcast. Ce n’est que plus tard qu’on lui a adjoint cette fonctionnalité, donc qu’on a inventé les Content Delivery Network, et les protocoles d’IP Multicast.  Et qu’on s’est aperçu, à la grande surprise, que le réseau tenait encore le choc.

Ce débat porte sur le placage d’une économie des medias sur un réseau fait pour faire du peer to peer. C’est un débat fondamental. Rappelons juste, pour terminer, que le protocole de transmission par paquet supporte une économie d’abondance, puisque tous les paquets passent sans blocage, alors que le protocole des opérateurs de téléphone supportent une économie de rareté, puisque le nombre de communications est limité.

C’est un des sujets les plus chauds du net en ce moment. Espérons que nos députés iront voir d’autres modèles économiques que celui de la télévision sur Internet !

 

 

 

 

 

 

 

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