Essai pour la politique du futur

By | 01/03/2011

Internet est actuellement un formidable vecteur de transformations, qui impacte tous les secteurs de la société. La politique n’est pas épargnée, et les hommes politiques aujourd’hui sont de plus en plus secoués par la force des communautés qui ont, avec internet, trouvé enfin l’outil qui leur permet d’être plus efficace.

Il ne faut pas être aveuglé par ce qui s’est passé en Tunisie, en Egypte, et ce qui se passe maintenant dans d’autres pays Arabes. Tout les régimes, tous les hommes politiques, qu’ils vivent dans des démocraties, ou des régimes totalitaires, sont secoués, non pas par Internet, mais par l’irruption des peuples dans la vie politique, mouvement qui n’est pas récent, mais s’appuie sur le réseau pour prendre de la puissance.

Il n’est pas inutile de rappeler les fondamentaux de l’Internet: c’est un réseau neutre, du moins, pour l’instant, qui interconnecte des individus en mode pair à pair, et leur permet d’échanger, et d’exprimer leur créativité. Internet est donc l’antithèse du schéma hiérarchique traditionnel, qui fait encore aujourd’hui du monde des entreprises, où l’information est plus dans un flux vertical qu’horizontal. Internet, parce qu’il favorise la mise en réseau des intelligences, est un outil qui favorise la confiance, ou plutôt, qui ne peut fonctionner que sur des schémas humains basés sur la confiance.

Le versant négatif de l’impact d’Internet est le filtrage. Plusieurs pays menacent, ou ont mis en place des filtres qui permettent de contrôler ce qui se passe aux frontières. La Chine est un gigantesque Intranet, un ministre Australien menace de filtrer le pays, et chez nous, la LOOPSI est du même acabit.

Le versant positif se nomme « gouvernement 2.0 ». Rappelons brièvement qu’il s’agit de trois éléments: l’ouverture des données, l’utilisation des outils du web 2.0 pour améliorer la relation avec les citoyens, et la transformation interne des administrations pour se mettre en mode coopératif.

Un des points importants du gouvernement 2.0, tel qu’il est défini par Tim O’Reilly, est « Government as a platform ». Le principe est le suivant: pourquoi ne pas appliquer les paradigmes de construction des logiciels libres, et de l’Internet, à la gestion d’un pays. On voit alors se dessiner un signal étonnamment faible, peut-être parce qu’il est aveuglant: la politique est, avant tout, une affaire de pragmatisme et pas de dogmatisme.

Nous retrouvons deux éléments fondamentaux dans le TAO de l’IETF : « nous rejetons les rois, les présidents, et le vote, nous croyons au consensus schématique (rough consensus) et au code qui fonctionne.« . Tout d’abord, le consensus grossier : nous savons tous au fond de nous-même, que la meilleure méthode pour ne pas prendre une décision est d’aller dans les détails. Internet a compris que « le tout est plus que la somme des parties, mais moins que la somme des parties ». Mais surtout, il s’agit d’une technologie qui doit fonctionner; il serait illusoire de construire Internet si le substrat technologique n’était pas à la hauteur.

Quel va être l’impact de ce mouvement sur la politique? Osons appliquer le TAO de l’IETF à la politique; nous voyons alors deux éléments fondamentaux apparaître : la logique d’affrontement des partis devient stérile, puisque contraire au consensus schématique et le gouvernement doit avant tout faire fonctionner le pays, à tous les niveaux. Permettons-nous un moment de rêve. Il est déjà frappant de constater à quel point, dans nos démocraties, les résultats des élections, dans le cas des système bi partisans, s’approchent de l’égalité, 50% 50%. En France, il a fallu que le FN s’invite au second tour pour que nous assistions à un déséquilibre, justement parce que la démocratie était en danger. La récente élection Australienne, en 2010, a été très éclairante: aucun des deux grands partis n’avait le nombre de sièges nécessaire pour nommer le premier ministre, et la décision a été emportée grâce au choix de deux indépendants, qui ont favorisé un parti plus que l’autre, tout en étant prêts à basculer dans l’autre camp s’ils ne sont plus satisfaits du premier.

Les indépendants présentent généralement deux particularités intéressantes: ils sont innovants, et pragmatiques. Rappelons que le choix des indépendants en Australie s’est fait en favorisant le parti qui avait un programme d’investissement dans la fibre optique sur l’ensemble du territoire.

Lorsque l’on combine tous ces éléments, il est permis de se demander si, finalement, le désir des citoyens n’est pas tout simplement d’avoir un gouvernement qui fonctionne, en dehors de toute idéologie, et donc en dehors de la logique des partis. Internet permet alors, à l’instar de ce que font les gouvernements US et Anglais, de rendre le gouvernement « accountable » de ses actions, au travers de l’ouverture de bases de données, le fameux « open data ». Par exemple, la base de données COINS, en Angleterre, ouvre au public toutes les dépenses de l’administration. En Angleterre, ce n’est pas seulement l’open data qui est remarquable, mais le fait que Cameron a repris l’idée même si elle venait de son prédécesseur, donc de l’autre parti; un bel exemeple de pragmatisme intelligent, que je rêverais de voir s’appliquer en France…

Ce ne seront donc plus des hommes politiques au sens traditionnels, issus de partis, que les électeurs favoriseront, mais des managers, des personnalités reconnues pour leurs compétences à faire fonctionner des organismes complexes, comme les institutions, et qui seront jugés au résultat a posteriori, pas sur des idées a priori. Le rôle des partis dans ce cas de figure serait réduit alors à alimenter ces manageurs en idées, et pourquoi pas en se basant sur des méthodes de crowdsourcing comme il en émergent de plus en plus sur Internet.

Un tel schéma serait extrêmement révolutionnaire. Est-ce une utopie ? Il est important de voir ce qui va se jouer dans des pays comme l’Egypte, la Tunisie, l’Angleterre ou l’Australie, dans les prochaines années, pour comprendre si vraiment la politique des partis, basée sur l’affrontement stérile, a encore de beaux jours devant elle, ou si le peuple, finalement, n’est pas lassé de toutes ces vains débats qui ne riment à rien, et va finir par déboulonner les hommes politiques dogmatiques, et les remplacer par des manageurs efficaces.

La beauté d’Internet, c’est qu’étant un réseau neutre, il n’est ni de gauche, ni de droite. Profitons-en !!!

 

27 thoughts on “Essai pour la politique du futur

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    Quelques petites remarques:

    – D’un point de vue technique, dans un premier temps, se baser uniquement sur Internet exclu une large partie de la population mondiale, même dans les pays «riches». D’après les dernière statistiques, on serait même pas un tiers d’internautes, en comptant tous ceux qui n’ont aucun accès personnel, et doivent aller dans des cybercafés, médiathèques, écoles, ou autres lieux publics ou privés pour y accéder. Même si ça reste bien entendu une finalité sur le long terme dans tous les cas, il faut forcément tout un programme, à la fois de développement de l’accès à Internet (autant réseau que machines…), que de communication bilatérale pour ceux n’ont pas encore cet accès.

    – La gestion à court, voire moyen terme, devrait effectivement pouvoir, dans beaucoup de cas, se dérouler par simple consensus. Cependant, il y a forcément des décisions davantage basées sur des idées qui diviseront bien davantage, parce qu’elles impliquent non plus la simple gestion quotidienne, mais le sens qu’on donne à la vie. Un sens qui, dans la société actuelle, est extrêmement flou et confus, de par tous les préjugés, tabous, ignorances, et erreurs partout dans le monde, chez à peu près tout le monde. Pour donner un exemple tout à fait classique, aux USA, il y a encore entre 40 et 65% des gens qui sont favorables à la «peine de mort». Il n’y aura jamais de consensus sur ce sujet, comme sur tant d’autres (un autre exemple tout à fait classique, serait celui de l’avortement… mais ça concerne aussi de très nombreux autres sujets, de l’aménagement urbain -on continue les grandes métropoles?-, à la population humaine -on continue «la politique de l’augmentation de la population, pour financer les dettes et les retraites, et par la terreur de toute considération autour de la diminution même pleinement volontaire des naissances»?-, en passant par le système monétaire -on continue l’argent?), sans une réflexion profonde, complète, sur le sens de la vie, sur les causes de nos problèmes, et sur comment les résoudre enfin par la raison.

    – La raison donc. En effet, par-delà le consensus, se trouve la vérité. Le consensus, au final, dans sa définition commune, n’est autre qu’un «vote à 100%» (ou au moins, comme on dit si mal, «à l’écrasante majorité»). Il n’est pas question de raison, mais que «tout le monde soit à peu près d’accord, ou au moins accepte la décision des autres». Si on peut arriver à la meilleure décision possible, ce n’est même pas le but donné. Seule la mise en avant de la raison, définit la meilleure décision possible en tant que but. C’est par la raison qu’on peut comprendre les causes, les effets, les conséquences de tous nos problèmes, pour déterminer précisément leurs solutions, et comment les appliquer au mieux, pour tous.

    – Reste à décider d’une première étape de transition. Est-ce qu’on commence par ce gros système de «recherche de consensus», qui peut échouer sur de nombreuses décisions, ou qui peut prendre des décisions à plus court terme, problématiques sur le plus long terme, par peur d’une remise en cause plus profonde, par peur de projets plus grands, en espérant que les décisions s’améliorent progressivement, et qu’un jour peut-être, on arrive à une société pas trop mauvaise? Ou bien est-ce que ceux qui peuvent et acceptent de partir un peu devant, commencent à réfléchir massivement sur la refonte complète de la société, avec un projet précis et direct de transition vers la meilleure société possible, qui sera présenté globalement, et vérifié, détaillé, complété, et perfectionné ensuite progressivement par tous, jusqu’à ce qu’on puisse décider tous ensemble, avec force, en pleine conscience, de se mettre enfin à résoudre tous nos problèmes, rapidement, complètement, et définitivement, pour atteindre enfin, résolument, la paix?

    Est-ce que s’en tenir au simple consensus ne tient pas finalement de la même peur de l’idéal qui prend tout le système actuel dans la prostration, la procrastination, l’indécision, et l’apathie?

    «Tout le monde sait que c’est impossible, ça sert à rien d’y penser une seule seconde, concentrons-nous sur le réaliste, le possible, le raisonnable», au milieu des cris, des pleurs, et des hurlements, au milieu des guerres, des tueries, des tortures, des viols, au milieu des préjugés et des tabous les plus fous, depuis dix mille ans au moins, alors même qu’on est censé «déjà avoir tout dit»…

    Internet et le numérique en général sont des outils magnifiques, de la plus haute utilité, pour permettre la diffusion massive, et la perpétuation sur le très long terme, indéfiniment, de la connaissance, de l’art, de la culture, et de l’histoire, et pour permettre la discussion au niveau mondial, mais c’est un outil, et non pas une finalité. Connecter le monde ne change au final pas tant que ça, s’il n’y a pas un changement individuel profond, à même de faire pleinement usage de cette connexion. Internet peut beaucoup faciliter ce changement individuel, mais il peut tout autant beaucoup faciliter la diffusion de nombreux préjugés, tabous, ignorances (par une sélection erronée de l’information, qui se pratique partout, y compris sur les sites personnels, blogs, forums, et wikis, directement ou par des systèmes de votes positifs ou négatifs, et non pas seulement au niveau des «gouvernements», quand la vérité y est publiée, et si encore qui que ce soit a réussi à la trouver…), et erreurs diverses. De même, Internet peut beaucoup faciliter l’organisation des idées, comme il peut tout autant rendre très difficile d’organiser quoi que ce soit, dans la masse des internautes et des informations, dépasse les limitations des systèmes actuels.

    Internet est effectivement en lui-même assez «neutre». Il est donc important de ne pas se concentrer sur Internet, mais avant tout sur les idées précises. Et si on s’en tient à l’idée de «gouvernement en tant que plate-forme», on se rend compte alors que ça ne change à peu près rien au moindre problème qu’on a. Au mieux ça peut limiter une partie de la corruption, et stimuler certaines réflexions qui pourront être appliquées, ou pas. On ne fait que déporter les problèmes, quoi. Repousser. «On arrive pas à considérer une limite ou un infini à l’Univers, alors on va considérer qu’il y a plusieurs Univers»… «Les politiciens/sociologues/philosophes/psychologies/ingénieurs/décideurs n’arrivent pas à résoudre nos problèmes, alors peut-être que si on s’y met tous ensemble ça marchera»…

    Y’a un problème de fond, il faut s’y mettre enfin. Repartir depuis le début, la nature de l’être, de l’existence, et de la vie, ce qu’est la raison, ce qu’est la liberté, ce qu’est le bonheur, ce qu’est l’amour, par la réflexion, le raisonnement, et l’analyse, jusqu’à revenir à la société, la meilleure société possible, et comment l’atteindre précisément, depuis la société actuelle.

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