Internet est actuellement un formidable vecteur de transformations, qui impacte tous les secteurs de la société. La politique n’est pas épargnée, et les hommes politiques aujourd’hui sont de plus en plus secoués par la force des communautés qui ont, avec internet, trouvé enfin l’outil qui leur permet d’être plus efficace.

Il ne faut pas être aveuglé par ce qui s’est passé en Tunisie, en Egypte, et ce qui se passe maintenant dans d’autres pays Arabes. Tout les régimes, tous les hommes politiques, qu’ils vivent dans des démocraties, ou des régimes totalitaires, sont secoués, non pas par Internet, mais par l’irruption des peuples dans la vie politique, mouvement qui n’est pas récent, mais s’appuie sur le réseau pour prendre de la puissance.

Il n’est pas inutile de rappeler les fondamentaux de l’Internet: c’est un réseau neutre, du moins, pour l’instant, qui interconnecte des individus en mode pair à pair, et leur permet d’échanger, et d’exprimer leur créativité. Internet est donc l’antithèse du schéma hiérarchique traditionnel, qui fait encore aujourd’hui du monde des entreprises, où l’information est plus dans un flux vertical qu’horizontal. Internet, parce qu’il favorise la mise en réseau des intelligences, est un outil qui favorise la confiance, ou plutôt, qui ne peut fonctionner que sur des schémas humains basés sur la confiance.

Le versant négatif de l’impact d’Internet est le filtrage. Plusieurs pays menacent, ou ont mis en place des filtres qui permettent de contrôler ce qui se passe aux frontières. La Chine est un gigantesque Intranet, un ministre Australien menace de filtrer le pays, et chez nous, la LOOPSI est du même acabit.

Le versant positif se nomme « gouvernement 2.0 ». Rappelons brièvement qu’il s’agit de trois éléments: l’ouverture des données, l’utilisation des outils du web 2.0 pour améliorer la relation avec les citoyens, et la transformation interne des administrations pour se mettre en mode coopératif.

Un des points importants du gouvernement 2.0, tel qu’il est défini par Tim O’Reilly, est « Government as a platform ». Le principe est le suivant: pourquoi ne pas appliquer les paradigmes de construction des logiciels libres, et de l’Internet, à la gestion d’un pays. On voit alors se dessiner un signal étonnamment faible, peut-être parce qu’il est aveuglant: la politique est, avant tout, une affaire de pragmatisme et pas de dogmatisme.

Nous retrouvons deux éléments fondamentaux dans le TAO de l’IETF : « nous rejetons les rois, les présidents, et le vote, nous croyons au consensus schématique (rough consensus) et au code qui fonctionne.« . Tout d’abord, le consensus grossier : nous savons tous au fond de nous-même, que la meilleure méthode pour ne pas prendre une décision est d’aller dans les détails. Internet a compris que « le tout est plus que la somme des parties, mais moins que la somme des parties ». Mais surtout, il s’agit d’une technologie qui doit fonctionner; il serait illusoire de construire Internet si le substrat technologique n’était pas à la hauteur.

Quel va être l’impact de ce mouvement sur la politique? Osons appliquer le TAO de l’IETF à la politique; nous voyons alors deux éléments fondamentaux apparaître : la logique d’affrontement des partis devient stérile, puisque contraire au consensus schématique et le gouvernement doit avant tout faire fonctionner le pays, à tous les niveaux. Permettons-nous un moment de rêve. Il est déjà frappant de constater à quel point, dans nos démocraties, les résultats des élections, dans le cas des système bi partisans, s’approchent de l’égalité, 50% 50%. En France, il a fallu que le FN s’invite au second tour pour que nous assistions à un déséquilibre, justement parce que la démocratie était en danger. La récente élection Australienne, en 2010, a été très éclairante: aucun des deux grands partis n’avait le nombre de sièges nécessaire pour nommer le premier ministre, et la décision a été emportée grâce au choix de deux indépendants, qui ont favorisé un parti plus que l’autre, tout en étant prêts à basculer dans l’autre camp s’ils ne sont plus satisfaits du premier.

Les indépendants présentent généralement deux particularités intéressantes: ils sont innovants, et pragmatiques. Rappelons que le choix des indépendants en Australie s’est fait en favorisant le parti qui avait un programme d’investissement dans la fibre optique sur l’ensemble du territoire.

Lorsque l’on combine tous ces éléments, il est permis de se demander si, finalement, le désir des citoyens n’est pas tout simplement d’avoir un gouvernement qui fonctionne, en dehors de toute idéologie, et donc en dehors de la logique des partis. Internet permet alors, à l’instar de ce que font les gouvernements US et Anglais, de rendre le gouvernement « accountable » de ses actions, au travers de l’ouverture de bases de données, le fameux « open data ». Par exemple, la base de données COINS, en Angleterre, ouvre au public toutes les dépenses de l’administration. En Angleterre, ce n’est pas seulement l’open data qui est remarquable, mais le fait que Cameron a repris l’idée même si elle venait de son prédécesseur, donc de l’autre parti; un bel exemeple de pragmatisme intelligent, que je rêverais de voir s’appliquer en France…

Ce ne seront donc plus des hommes politiques au sens traditionnels, issus de partis, que les électeurs favoriseront, mais des managers, des personnalités reconnues pour leurs compétences à faire fonctionner des organismes complexes, comme les institutions, et qui seront jugés au résultat a posteriori, pas sur des idées a priori. Le rôle des partis dans ce cas de figure serait réduit alors à alimenter ces manageurs en idées, et pourquoi pas en se basant sur des méthodes de crowdsourcing comme il en émergent de plus en plus sur Internet.

Un tel schéma serait extrêmement révolutionnaire. Est-ce une utopie ? Il est important de voir ce qui va se jouer dans des pays comme l’Egypte, la Tunisie, l’Angleterre ou l’Australie, dans les prochaines années, pour comprendre si vraiment la politique des partis, basée sur l’affrontement stérile, a encore de beaux jours devant elle, ou si le peuple, finalement, n’est pas lassé de toutes ces vains débats qui ne riment à rien, et va finir par déboulonner les hommes politiques dogmatiques, et les remplacer par des manageurs efficaces.

La beauté d’Internet, c’est qu’étant un réseau neutre, il n’est ni de gauche, ni de droite. Profitons-en !!!

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