Donc j’étais à Bercy, pour un dîner de blog(eurs OU euses) sur invitation d’Eric Besson. C’était mon premier exercice du genre, donc j’y suis allé en essayant d’écouter le plus possible, ce qui ne m’est pas facile…

Pour moi, il y eu deux étapes dans le dîner.

La première partie, le ministre écoutait mais persistait dans sa logique, la logique habituelle que je rencontre parfois chez certains chefs d’entreprise, qui ont du mal à voir la différence entre Internet et la télévision. Interrogé sur pourquoi il n’avait pas de compte twitter, sa réponse fût qu’il ne se sentait pas à l’aise dans ce media. Interpellé sur le thème de la fibre optique, il nous dit que 2 milliards étaient consacrés au réseau, dont 1 milliards sur les zones 2 et 1 milliard sur la zone 3. Il précisa que 2 milliards iraient aux usages, sous forme d’appel à projets. Sur le Conseil National du Numérique, il annonça qu’il souhaitait une instance d’autorégulation, là où le Président a finalement voulu une structure de concertation. Sur le small business act, il répondit qu’en France, nous avions un équivalent (??? je pense personnellement que le problème de la France, ce n’est pas les aides de l’état, c’est la contradiction entre l’attitude des différents ministères vis à vis des PME, mais c’est un autre débat). Sur la transformation interne des administrations en mode 2.0, à l’instar du monde Anglo-Saxon, il éluda.

Et puis, Christelle Membrey Bezier a posé une bonne question, sur le décalage entre son statut à l’Education Nationale, qui manifestement ne comprend pas ce qu’elle fait, et le fait qu’elle était invitée par un autre ministère. La réponse d’Eric Besson a été simple : « j’organise un rendez-vous avec Luc Chatel, et nous irons lui expliquer votre point de vue ».

Enfin, nous abordions un des vrais problèmes : l’importance de l’intelligence collective, du mode coopératif. Internet bouscule les silos, c’est un truisme. Donc, Internet impacte forcément les « prérogatives » d’un ministère par rapport à un autre, Internet est incompatible avec une logique de Ministères qui se contredisent les uns les autres. Un des grands rôles, selon moi, d’un ministère de l’économie numérique, est de remettre de la systémique, et surtout de faire de l’évangélisation, au sens positif du terme, vis à vis des autres ministères. Il s’agit véritablement d’un rôle d’éclairage, et de transformation; et pas seulement pour le ministère de l’éducation, pour tous les ministères. Il faut transformer notre administration en mode 2.0. Donc, nous avons enfoncé le clou, sur le thème « ce pas seulement Luc Chatel, mais aussi les autres ministères, que vous devez aller voir, et évangéliser, avec des acteurs de l’Internet concernés ». Et j’ai senti qu’Eric Besson était sensible à l’idée.

Nous sommes encore loin du « government as a platform », d’O'Reilly, mais déjà si ce ministère commence à s’intéresser à l’impact positif d’Internet sur l’éducation, la médecine, l’économie, le social, etc… alors un grand pas aura été franchi. Ce qui fait qu’Internet est utile n’est pas le front office, c’est la qualité du back office. Si l’administration ne se transforme pas, Internet se limitera à la déclaration des impôts en ligne, le modèle de la télévision en quelque sorte.

Il devenait alors plus facile de parler de peer to peer, de modèles coopératifs, de communautés, appliqués à l’administration. Et de glisser au passage (nous avons été plusieurs à le faire) qu’il y avaient des problèmes autrement plus importants que les dangers de l’Internet, la régulation, le filtrage, ou la pedo-pornographie…

A suivre, donc.

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