Réponse à Richard Descoings, directeur de Sciences Po

By | 08/06/2010

Je lis avec intérêt cette interview de Richard Descoings, qui parle du numérique et de Sciences Po.

Lors de ma carrière professionnelle dans l’informatique, j’ai toujours apprécié les personnes formées à Sciences Po, pour leur compréhension de l’équilibre entre l’approche technologique et les usages. C’est pour moi une quintessence d’un enseignement entre humanisme et technologie. C’est donc avec immense intérêt que je considère l’approche du directeur de cet excellent institut.

J’avoue être surpris.

Je ne vois dans ses propos rien sur la politique 2.0, rien sur l’opendata, rien sur le gouvernement 2.0. Comment peut-on alors affirmer que la France n’est pas en retard, quand on voit que ce qui va faire les hommes politiques de notre pays de demain matin ne semble même pas enseigné aujourd’hui…

Je suis intrigué quand je vois dans cette interview que les problèmes de droits d’auteurs se posent comme contrainte à la diffusion d’un cours. Le parlement Australien vient de décider de passer sous licence Creative Commons V3. Pourquoi pas les cours de Science Po ?

Le monde Internet s’est construit dans une logique de rapidité et de « best effort ». La qualité s’y inscrit dans le temps, la qualité totale a priori est un facteur limitant. Dire que « je ne mets pas de vidéo en ligne parce que les gens en ont assez au bout de dix minutes » est totalement en décalage par rapport à cet état d’esprit. Aujourd’hui, non seulement les contenus sont en ligne, mais en plus la tendance est de publier des API qui permettent aux citoyens non seulement d’y accéder, mais de concevoir eux-même les applications les utilisant. Aujourd’hui, c’est l’internaute qui décide de ses usages, pas le fournisseur d’informations. Et si, à l’instar de ce que font des municipalités via le mouvement open311, Sciences Po se posait la question de laisser les étudiants manipuler le contenu comme bon leur semble, et créer eux-même des applications ? Peut-être même que l’apprentissage y gagnerait encore plus en qualité…

Enseignant dans plusieurs établissements, je suis intrigué de constater que le système éducatif supérieur prépare très bien au monde d’hier… Pour reprendre les propos de Richard Descoings lui-même, si Sciences Po ne se met pas à fond dans la philosophie d’Internet, alors oui, je confirme que son peu d’avance va devenir un très gros retard ! Sciences Po est une fabuleuse école. Elle n’aura aucun problème à se plonger dans le monde de demain.

 

18 thoughts on “Réponse à Richard Descoings, directeur de Sciences Po

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  4. serge

    @skenija : très bon commentaire. Contrairement à ce qu’on pense, il n’est pas facile de passer d’une économie de rareté à une économie d’abondance !!

    Ceci dit, comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire à Patrick Eudeline dans un échange amusant paru chez voxpop, Patrick qui me disait « Internet tue la musique », je pense que pour tuer la musique, ou les médias, il faut tout de même pas mal d’énergie et de volonté !

    C’est simplement une transformation que nous vivons. C’est dur, et passionnant.

    Merci
    Serge

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  6. Ksenija

    On pourrait lui conseiller d’analyser et de méditer sur le sujet de validation des séminaires Culture Visuelle 2010 :
    « Patrick Sabatier (Libération 20-21 août 2005) : Tout le monde devient producteur d’images, tout le monde peut faire connaître sa vision de la réalité. L’information, denrée jadis rare, donc chère, dont les médias avaient le monopole, se banalise, se démocratise, se privatise. Les journalistes se demandent si les prophètes de malheur qui prédisent la fin des médias n’auraient pas raison. »

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  15. serge

    Ben oui, on va aller vers les online. C’est pour ça que je suis ravi que l’Hetic soit allée dans second life !!!

    Sciences Po, c’est comme partout, ils embauchent des profs qui font monter leur ranking !

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  16. christophe Justeau

    Bien d’accord avec toi Serge sur tout ce que tu dis dans cet article… y compris sur ton paragraphe introductif. Comme quoi, même un brillant innovateur et agitateur d’idées comme Rich Id a ses oeillères. Mais sans doute n’est-ce là encore qu’une question d’éducation: je te suggère de lui proposer ainsi qu’à son staff une de ces causeries décoiffantes dont tu as le secret et on en verra rapidement le résultat.

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  17. Billaut

    Hé oui l’ami.. l’élite gauloise a quelques problèmes pour s’adapater… Personnellement je pense qu’elle comprend ou plutôt qu’elle devine très bien que le monde 2.0 peut lui faire perdre son pouvoir… Donc elle s’arcqueboutte sur ses avantages acquis…
    Tu sais comme moi que des « écoles » on line vont éclore un peu partout.. Dans tous les domaines… Donc il n’est pas sûr que ScPo ait un avenir s’il elle reste 1.0… Et pourtant elle pourrait faire des tas de choses pour accroitre son rayonnement…

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