Communauté et gestion de la connaissance

By | 13/05/2010

S’il est un endroit où Internet se distingue des medias traditionnels, c’est bien dans sa faculté de mettre en relation des individus en mode pair à pair, connu dans son Anglicisme « peer to peer ».

Cette expression se retrouve dans beaucoup de lieux, allant des réseaux sociaux à twitter, mais trouve son expression dans la source même de construction de l’Internet, et dans l’un de ses tout premiers services: le forum de discussion. Internet s’est construit sur une réciprocité équilibrée entre tous les internautes: je t’ouvre mon ordinateur, tu m’ouvres le tien, et nous pouvons échanger. Il est amusant de constater que l’invention du web a représenté, probablement au désespoir de son inventeur, une régression, en réintroduisant une architecture client-serveur. C’est pour ça que de nombreuses entreprises s’imaginent être dans Internet simplement parce ce qu’elles ont un site d’information, confondant le web et la télévision. Au contraire, les logiciels les plus proches de la philosophie originelle sont ceux qui sont montrés du doigt actuellement, que ce soient emule, edonkey, napster, etc… Ce qu’on nomme le web2.0 actuellement n’est qu’un retour aux sources.

Donc c’est dans les forums de discussion que l’on trouve la plus pure expression de la puissance de l’Internet. J’en ai recensé une infime partie ici. Ce sont des lieux qui sont d’une extrême richesse, où s’échangent savoir-faire, trucs et astuces, toute une quantité de savoir qui résout bien des problèmes au quotidien. Je cite souvent comme exemple le remarquable forum des enseignants du primaires, où plus de 85.000 enseignants se sont échangés plus de 4,5 millions de messages d’une très grande intelligence.

Pour illustrer la puissance de ces forums, il est utile de rappeler l’anecdote du bug du Pentium. En 1994, Intel sort son premier Pentium, qui avait un léger défaut, avec une très faible probabilité d’erreur. Un mathématicien, le professeur Thomas Nicely, s’en aperçoit, écrit à Intel qui ne répond pas, puis écrit à quelques spécialistes du PC, avec description précise et objective du problème. L’information atteint alors un forum de discussion, comp.sys.intel. Finalement, Intel est obligé d’admettre le problème.

Comme je l’avais écrit en 2004, il est traditionnel de structurer la connaissance en trois niveaux :

Connaissance individuelle quelqu’un sait
Connaissance collective tout le monde sait Médias
Connaissance globale tout le monde sait que les autres savent Internet

C’est la grande puissance des medias traditionnels, la presse la radio, la télévision, que d’amener la connaissance au niveau collectif.

Si Intel avait eu mille clients qui connaissaient le problème, Intel aurait pu leur envoyer la même réponse de non-recevoir. Seulement, Intel faisait face à des milliers de clients qui savaient que les autres clients savaient qu’il y avait un problème.

C’est à ce niveau qu’Internet se distingue des médias traditionnels, en amenant la connaissance au niveau global, ce que les autres médias ne savent pas faire.

Internet n’a pas inventé la force des relations horizontales. Il les a tout simplement amplifié.

 

4 thoughts on “Communauté et gestion de la connaissance

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