Histoire de l’Internet : la préhistoire

By | 06/03/2010

La préhistoire (du XIXème siècle jusqu’à 1961)

La préhistoire de l’Internet est, comme nous l’avons déjà écrit dans notre précédent ouvrage, le choc de trois industries qui, chacune, apporte un savoir-faire unique : l’informatique, les télécommunications, et le contenu. Les savoirs faires uniques apportés par ces trois industries ont été le substrat technologique qui a permis à l’Internet d’exister, même si, comme toute histoire humaine, l’innovation passe parfois par tordre le cou aux dogmes anciens. Toute innovation est, quelque part, désobéissance.

Ces trois mondes sont nés au 19ème siècle. L’informatique, au sens de la capacité d’une machine à appliquer des processus automatisés, peut trouver sa source dans la machine de Jacquard, créé en 1801. En 1812, la première presse cylindrique rotative voit le jour, donnant naissance à l’industrie des médias. Le premier câble sous-marin transatlantique est posé en 1858, permettant une véritable interconnexion entre continents, interconnexion qui deviendra vite planétaire.

Ces trois industries sont chacune porteuse d’une culture propre, qui la distingue des autres.

Le monde de l’informatique est fait d’entreprises qui naissent, vivent, meurent ; c’est un monde en perpétuelle reconfiguration. Qui se souvient de Compaq, qui disait pourtant avoir racheté HP ? La marque HP est restée ; Compaq a disparu. Qui se souvient de Digital, créateur de l’informatique dite départementale, en opposition aux main-frames, ces gros ordinateurs centralisés ? Digital, qui avait pourtant créé, sans presque s’en rendre compte, Altavista ; Digital racheté par Compaq, est aujourd’hui totalement oublié.

Le monde des télécoms est constitué d’entreprises très hiérarchisées, pour ne pas dire militarisées. Même devenues des sociétés anonymes, elles portent en elles la culture originale qui leur a permis de faire des réseaux de grande qualité, fixe d’abord, mobiles ensuite. Cette culture est à l’opposé de la culture Internet, et même si les opérateurs de télécommunication sont des fournisseurs d’accès, on sent bien la déstabilisation culturelle provoquée par une nouvelle manière de raisonner[1].

Le monde des médias est constitué de grands groupes de presse, de radio, de télévision, de cinéma, de livres. Monde créateur de contenu, il ne rêve que de monopole mondial. Que ce soit Murdoch, CNN, Lagardère, SONY, Universal, BMG, ils ont tous une vision monopolistique du monde et, parce qu’ils ont le privilège d’être créateurs de rêve, se sentent parfois obligés de le devenir.

Chacun de ces trois mondes apporte un savoir-faire unique. L’interaction pour l’informatique, cette machine dans laquelle, pour reprendre les propos de Michel Serres, nous mettons une partie de notre intelligence avec laquelle nous dialoguons. La mise en relation, le « peer to peer » (le pair à pair) pour le monde des télécommunications. Et la beauté pour le monde des medias. Internet a besoin de ces trois ingrédients : il faut une capacité d’interaction sophistiquée avec la machine, pour que celle-ci nous permette de manipuler notre propre intelligence, il faut des réseaux pour transporter l’information, et il faut du contenu pour alimenter la communauté. Néanmoins, toute tentative d’intégration de ces trois mondes dans un modèle unique est vouée à l’échec. La fusion AOL-Time Warner, tout comme la création de Vivendi Universal, se sont soldés par des échecs. Ceci peut s’expliquer de multiples manières : fusionner des cultures différentes est trop difficile, et l’on oublie trop souvent que ce sont des êtres humains qui font tourner les entreprises ; la culture Internet est, entre autres, une culture de Lego : chacun fait son métier, et le fait bien, et c’est le réseau qui assure la systémique ; si l’une des composantes est défaillante, elle est automatiquement remplacée.

S’il y avait besoin d’une preuve de l’originalité de la culture Internet, elle se trouverait dans le constat qu’aucune entreprise qui soit l’un des grands noms de l’Internet n’est issue d’une entreprise antérieure. Ebay, Yahoo, Amazon, Facebook, Youtube, Linden Lab, Wikipedia, Google, sont toutes des créations ex-nihilo.


[1] L’arrivée de Free dans le téléphone, l’Internet et la télévision a totalement bousculé les modèles économiques traditionnels, faisant passer d’une facturation à l’usage à une facturation forfaitaire. La quatrième License 3G qui lui a été attribué sera un facteur très déstabilisant pour les trois opérateurs actuels.

 

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