Histoire de l’Internet : la gestation

By | 08/03/2010

La gestation (1961 – 1969)

La naissance véritable de l’Internet, plutôt sa conception, dans le sens la création d’une nouvelle culture à la fois technologique, et d’innovation, se trouve dans trois articles scientifiques, écrits dans la décennie de 1960.

Le premier article, de 1961, est la thèse de Kleinrock, étudiant au MIT, sur la meilleure manière de faire circuler de l’information dans un réseau[1]. Kleinrock étudie les protocoles utilisés dans le réseau téléphonique, et démontre que ces protocoles, dit de commutation, ne sont pas efficaces dans le cadre d’un réseau de données. En revanche, il propose un protocole à base de paquets. Pour illustrer simplement la différence, le réseau téléphonique est comme le train : lorsque le train part entre deux villes, tous les aiguillages sont programmés pour être ouverts comme désirés, et les feux sont tous au vert. Lorsqu’une communication téléphonique traditionnelle est établie, le canal de communication est réservé et garanti. Kleinrock propose de choisir le modèle du paquet : le message est mis dans des « containeurs », lesquels partent en choisissant pour chacun son propre chemin, un peu comme des chauffeurs de poids lourds qui auraient toute latitude pour choisir telle nationale ou telle autre pour se rendre à leur destination. Cette décision s’opposait à la tradition : elle favorisait le « best effort » (meilleur effort) versus la qualité totale, concept cher aux opérateurs de télécommunication. En 1997, peu d’ingénieurs télécom, preuve à l’appui, croyaient au transport de la voix sur Internet. Ils avaient raison si la qualité totale était désirée. La progression constante de la téléphonie sur Internet, non seulement via skype mais aussi dans les offres des opérateurs de Télécom, montre que le client est moins attaché qu’il n’y paraît à la qualité totale.

Le deuxième article date de 1964, il s’agit d’un papier de Paul Baran, publié par l’IEEE[2], qui propose une architecture de réseau qui soit distribuée. C’est le fameux réseau maillé, qui est plus résistant à une attaque qu’une autre topologie de réseau. Ceci a été vérifié à au moins deux reprises : le 11 septembre 2001, lors de l’attaque sur les tours jumelles, où Internet s’est révélé être le seul réseau qui fonctionnait ; ni le téléphone fixe, ni le téléphone portable, n’avaient résisté à l’attaque ; et, plus proche de nous, lors du tremblement de terre en Haïti de 2010, où internet a été le seul réseau à résister au stress.

Le troisième article date de 1968, est un article de Licklider, ingénieur et psychosociologue au MIT, qui publie son célèbre article, « the computer as a communication device »[3]. Il commence par la phrase suivante :

In a few years, men will be able to communicate more effectively through a machine than face to face.

Licklider s’intéressait à la « communication créative », qu’il mettait en opposition à l’ordinateur comme machine de traitement. La communication partait du cerveau des personnes, et pas des machines. La machine permet un travail coopératif plus efficace, en autorisant chacun à exprimer sa propre créativité dans un cadre de projet collectif. Licklider agrémentait d’ailleurs ses propos de dessins suggestifs.

Déjà, les fondements de l’Internet portent des marques culturelles fortes : un mélange de technologie et de sociologie ; une posture en rupture avec le passé, mais s’en nourrissant, l’ouverture, la coopération, la recherche d’une nouvelle efficacité, mais surtout une attitude visionnaire, en totale rupture avec la doxa.

Dans la même période, les trois industries traditionnelles partaient dans des développements ayant peu ou prou des objectifs analogues, mais en continuité avec le passé. Le Minitel reposait sur des technologies de commutation, qui étaient fermées. L’informatique aux Etats-Unis développait les BBS (Bulletin Board System) système qui proposait du chat, des emails, du contenu, mais qui ne savait pas intégrer les recherches sur les réseaux. Quand au monde du contenu, il ne s’est intéressé au numérique qu’à partir de 1975, début du développement du compact disque audio. Néanmoins, il n’interprétait le numérique que sous l’angle du codage du son, privant le CD d’informations autour du contenu[4], manque réparé avec le standard MP3.


[1] « Information flow in large communication nets », Proposal for a PhD Thesis http://www.lk.cs.ucla.edu/LK/Bib/REPORT/PhD/ retrouvé le 24/02/2010

[2] « On distributed communication networks », Paul Baran,
http://www.gtnoise.net/classes/cs7001/fall_2008/readings/baran.pdf

[3] Galactic Network : the computer as a communication device., http://apotheca.hpl.hp.com/ftp/pub/DEC/SRC/research-reports/SRC-061.pdf retrouvé le 24/02/2010

[4] Le lien entre le contenu d’un disque et le disque se fait au travers d’une astuce informatique : une clé est créée à partir des quelques informations disponibles, essentiellement nombre de pistes et durée des disques, et cette clé sert d’entrée à une base de données, avec l’espoir que deux CD différents ne donneront pas la même clé.

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