L’entreprise 2.0, ou la complétude du modèle Lippi

By | 03/12/2009

Tout ceux qui suivent le blog de l’ami génial Billaut connaissent sa passion pour le modèle Lippi, et les excellentes vidéo qu’il a réalisées, ici et . On ne peut que le remercier d’avoir déniché cette pépite.

Ceci dit, il y a eu beaucoup d’entreprises qui prétendent se mettre en mode 2.0. Il suffit de regarder le blog d’un consultant français « célèbre » pour s’apercevoir que l’approche généralement utilisée pour justifier la mise en mode 2.0 est l’adoption d’outils de travail collaboratif. C’est de toute évidence absurde, croire en 2009 qu’il suffit d’introduire un nouvel outil dans une entreprise pour qu’elle soit moderne et deux point zéro est du dogmatisme. Barenton déjà disait en 1938 « le chef comptable s’imagine qu’il dirige l’entreprise, comme si les phares conduisaient la voiture parce qu’ils éclairent la route ». BlueKiwi est un exemple intéressant d’outil qui semble bien se vendre, pour une raison simple: il a l’apparence d’un réseau social, mais il n’en est pas un, puisque qu’il laisse au management des outils de contrôles très stricts sur qui fait quoi, et que, in fine, il ne touche pas aux hiérarchies en place. C’est ce qui fait son succès, et d’ailleurs, les clients de bluekiwi sont très typés.

Ce qui est intéressant chez Lippi, c’est que la révolution s’est effectuée sur trois axes.

Bien sûr, le premier axe auquel tout le monde songe est d’ordre technologique. L’introduction des outils du web, et, en premier, twitter, est un fait frappant chez Lippi. Encore une fois, sur le blog de Billaut, on trouve un extrait du twitter interne qui montre quelque chose de passionnant, comment un problème grave (un client qui a failli ne pas être livré) a été résolu en 20 minutes. Et la question vient naturellement : dans un style de management traditionnel, combien de temps faudrait-il pour résoudre le même problème ? Probablement une journée minimum, le temps que le problème passe de la production au commercial, retour à la production, contrôle du management. Pourquoi Lippi a-t-il résolu le problème en 20 minutes ? Ce n’est pas l’outil seul qui explique la différence.

C’est que, chez Lippi, et c’est le deuxième axe, il y a eu une réforme managériale, qui a consisté à justement mettre de côté le middle management (les scribes de l’Egypte antique, ou les mandarins, couche sociale que l’Université connait très bien), et à lui confier d’autres tâches, dont celle d’aider la base quand le problème est devenu trop compliqué. Le management au service de la base, voici une vraie révolution !!! Mais comment se fait le contrôle alors ? Comme le dit si bien Frédéric Lippi, « in fine, j’ai remplacé le contrôle du middle-management par la pression des pairs ». Et ça marche !!!

Et puis, le troisième axe, c’est la formation. C’est justement celui qui fait l’explosion de la science, de la philosophie, de la médecine grecque, c’est la loi de Charondas : « les enfants iront à l’école apprendre à lire, et ce sera la ville qui paiera les maîtres ». Donc Lippi a, avec l’aide de Francis Senceber, créé une web school interne, à destination de tout le personnel. Le but est non seulement d’apprendre Internet à toute l’entreprise, tout comme on apprend un alphabet, mais de créer un langage commun; et aussi d’éviter aussi deux problèmes humains, que sont le biais des opposants et des trop passionnés.

Lorsque j’avais co-fondé le Club Galilée, en 1996, nous avions développé l’idée que l’innovation était une histoire qui tenait sur trois pieds : structure, outils, comportements.

Les trois piliers de l'innovation

La composante « structure » concerne l’organisation interne de l’entreprise; on parle ici de modèle de management; c’est le champ de la sociologie des organisations.

La composante « outils » concerne la technologie; on parle ici d’outils; c’est le royaume des technologues.

La composante « comportement » concerne l’humain; on parle ici des craintes, des enthousiasmes; c’est le lieu des psychologues (des vrais).

Ce qui devient évident avec le modèle Lippi, c’est que les trois axes correspondent aux trois piliers de l’innovation : introduction d’outils du web (outils), réorganisation interne de l’entreprise (structure), et création d’une école interne (comportement).

Dès 1996, il était clair que si l’un des trois piliers manquait, l’innovation n’était que superficielle, parce que incomplète. Le modèle Lippi, en agissant sur les trois, est un exemple parfait de la complétude de l’innovation. Il suffit de voir la richesse de leur blog pour s’en convaincre !

 

32 thoughts on “L’entreprise 2.0, ou la complétude du modèle Lippi

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  22. Julian Four

    Quel dirigeant peut ainsi discréditer ses cadres ? A-t-il bien mesuré l’impact sur la santé morale de ses salariés et les répercussions sur la performance de l’entreprise ? Rien de tel pour détruire l’ambiance et faire perdre les repères. Chacun a un rôle à jouer dans l’entreprise avec ses compétences et ses particularités.

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  23. Lauriane Naqué

    j’avais assisté à cette conférence et en étais ressortie frappée par la distance de ce monsieur vis à vis des collaborateurs qui avaient décidé de quitter l’entreprise (un peu poussés aussi). N’a t’il pas concience que ceux qu’il juge (le middle management) sont les acteurs passés de sa réussite financière actuelle ? La reconnaissance est une qualité qui se perd…

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  24. Julien Grimal

    Dans les faits, le middle management exerce du contrôle et … fait pression. Et suivant dans quel milieu on évolue, il y a toujours le supérieur hiérarchique, mais aussi les gens qui ont de l’influence qui sont important et peuvent exercer une pression (plus indirecte). Identifier son management réel, n’est pas aussi simple que de regarder son n+1. Ou alors c’est que le travail est sans pression.

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  25. Luc

    « in fine, j’ai remplacé le contrôle du middle-management par la pression des pairs » dixit Monsieur Lippi.
    Mon Dieu, quelle horreur, comme l’ambiance doit être pesante, le risque d’être dénoncé par son voisin, son supérieur, son collaborateur. Une modernité ? Non, un retour en arrière liant oppression et terreur comme aux pires heures du totalitarisme toutes tendances confondues. Relire d’urgence « 1984″ – Big Brother(s) is watching you et penser à ces systèmes effondrés en ex-Allemagne de l’est ou en Roumanie, Russie… et lire d’urgence le rapport fait à la demande du Premier Ministre sur le Bien-être et efficacité au travail « chaque salarié doit pouvoir identifier clairement son supérieur hiérarchique… » , visiblement, vous choisissez la voie opposée et donnez tort à l’analyse d’Henri Lachmann, Christian Larose et Muriel Pénicaud. C’est osé.

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  28. Romain dubois

    C’est une fumisterie, Senceber est dangereux pour la santé de votre entreprise. S’il est à la page sur les web 2.0, il est à l’ouest sur l’entreprise 2.0 et sa mise en place. Quand il dit « qui a consisté à justement mettre de côté le middle management » il veut dire virer les cadres, …sa seule motivation.
    Rapprochez vous des personnes concernées plutôt que sur ses belles paroles d’évangéliste (dont il s’auto proclame!) vous aurez un apperçu de la réalité…

    Romain d.

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  29. Billaut

    Tout y est, il n’y a rien à ajouter. Le problème c’est que des lippis il n’y en a pas beaucoup chez les Gaulois…
    bises

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