Internet et l’enseignement supérieur

By | 05/12/2008

Internet, loin de n’être qu’un simple outil, est la technologie qui accompagne une révolution sociétale. Ceci se voit dans beaucoup d’activités du quotidien; ce n’est pas le propos de ce message, d’ailleurs je suis en train d’écrire la suite de mon premier livre.

Ce constat, je l’enseigne de manière régulière dans deux écoles, l’Hetic, et l’ESCP-EAP, où j’interviens dans un master qui se nommait e-business, et qui a fusionné avec le master des systèmes d’information. Et puis, j’interviens de temps en temps, dans des écoles orientées marketing, ou commerce.

Je fais à chaque fois le même constat navrant : mes étudiants sont, à part quelques rares visionnaires, d’une virginité époustouflante à propos d’Internet. Car il n’y a, en France, aucun enseignement sur les bouleversements induits par Internet, sauf dans de très rares écoles, souvent jeunes comme Hetic.

Je rencontre dans ces écoles bien installées des étudiants qui, au mieux, ne savent pas les fondamentaux, utilisent tout juste facebook, mais ne connaissent ni twitter ni la grande majorité des outils Web2.0, n’écrivent que très rarement dans Wikipedia (un sur cinquante…), et ne voient absolument pas ce qui se passe sur les forums de discussion, n’y étant eux-même que rarement. Au pire, j’ai vu des étudiants qui se moquaient de tout ça, critiquant ces outils modernes, perpétuant un schéma ancien sans se poser de questions. Et mes discussions avec des collègues montrent que les grandes écoles même scientifiques, qui forment l’élite de la nation, ne sont guère mieux loties.

Ils consomment de l’internet comme de la télévision…

Pourtant, quand je commence à les promener sur mes sites déviants, fait d’extraordinaires signaux faibles, je vois bien au visage interloqué de certains qu’ils commencent à se poser les bonnes questions.

En clair: l’enseignement supérieur, qu’on pourrait penser conçu pour préparer les étudiants au monde de demain, est en train de développer un gigantesque rétroviseur. Les techniques enseignées sont des techniques anciennes, basées sur des modèles verticaux et pyramidaux, et qui ne tiennent absolument pas compte des ruptures Internet.

C’est grave, c’est très grave. Ces étudiants peuvent devenir de grands managers, des homme politiques; ils auront à réfléchir, prendre des décisions. Et ils ne comprennent pas le nouveaux monde qui a déjà commencé à révolutionner notre quotidien, la transformation d’un modèle vertical en un modèle horizontal.

C’est lorsque les loisn les réglements, deviennent contraire aux usages et au nouveau monde qu’éclatent les révolutions. Si seulement l’enseignement supérieur était capable de se remettre en cause…

 

11 thoughts on “Internet et l’enseignement supérieur

  1. Stanislas

    Bonjour,

    Je suis totalement d’accord avec vous !

    Et je suis bien placé pour le savoir vu que je suis étudiant en école de commerce… La plupart des étudiants ne réalisent pas du tout ce qui est en train de se passer.
    Tiens, l’autre jour en discutant, je me suis rendu compte que mes amis ne comprenaient même pas de quoi vivait google… De même ils ne savaient pas ce qu’est un flux rss…

    Et c’est bien sur encore pire au niveau du staff pédagogique de l’école…

    Heureusement pour moi, je dois faire partie de la minorité que vous mentionnez. Mais je me demande quand même parfois si j’ai bien fait d’intégrer cette école pourtant bien renommée…

    Vous voudriez pas faire un petit tour chez nous Mr Soudoplatoff ?

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  2. Mathieu

    Pourtant il existe des écoles (grandes et fameuses) où une spécialité traite spécifiquement de ce domaine formidable qu’est le web2.0 . Un exemple, un seul tapez sysico dans un moteur de recherche quelconque vous verrez une grande école généraliste traiter spécifiquement de ce sujet…

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  3. Pingback: Message ouvert pour Madame Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d’Etat à la prospective et au développement de l’économie numérique | La rupture Internet

  4. Serge

    merci Thierry.

    Donc j’ai décidé de refaire un nouveau post aujourd’hui…

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  5. Thierry

    Bonjour,

    Dans un des vos commentaires vous dites « Je ne ferais plus, promis… Je crois que je n’aime pas polémiquer. » S’il vous plait revenez sur votre promesse :-). Il ne s’agit pas de polémiquer pour polémiquer mais bien de faire réagir les gens. Un exemple, je travaille avec des informaticiens et pourtant combien ne connaissent pas Twitter, combien n’ont pas conscience des enjeux de l’interopérabilité, combien pensent qu’Internet ne change pas la société. C’est très paradoxal, alors que ces personnes comprennent techniquement comment ça marche elles ne voient pas les impacts présents ou à venir. Alors oui continuez de stimuler car il y a du travail !

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  6. ettighoffer

    Serge tu tapes fort. Il existe de nombreux sites qui travaillent à éclairer – ceux qui le veulent – sur les impacts de l’internet ( suis mon regard et va sur mon site et celui d’eurotechnopolis institut ;-)) Il y a des écoles aussi.

    Mais c’est vrai qu’il y a une sacré retard à l’allumage!
    voir http://www.bestpractices-si.fr/index.php?option=com_content&task=view&id=501&Itemid=75
    et http://www.tech.youvox.fr/La-fiscalite-de-la-formation,0842

    Reste passionné, ce sont les minorités convaincus qui ont fait bouger le monde

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  7. david

    Bonjour,

    Articles toujours aussi intéressants, mais trop rare !

    Travaillez moins, pour bloguer plus :-)

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  8. serge

    Bonjour Sophie,

    ravi de vous voir ici. Un peu surpris, mais ravi.

    Alors, quelques points :

    – Je ne tape pas sur l’Université, je constate la faiblesse de l’enseignement des ruptures induites par Internet en France, dans les quelques endroits où j’interviens. Où enseigne-t-on les changements de modèles économiques ? Où enseigne-t-on le basculement vers le codesign? Où enseigne-t-on les nouvelles méthodes de marketing communautaires ? Où enseigne-t-on qu’Internet c’est le monde du « ET », et de la collaboration? Où enseigne-t-on qu’Internet et le Web, ce sont deux choses différentes ? Où enseigne-t-on que les clients d’une entreprise (au sens large…) sont en mode réseaux, et que si l’entreprise ne se reconfigure pas elle-même en mode collaboratif, elle risque de se trouver en décalage ???? Si je cite Hetic c’est parce que cette école me fait intervenir depuis longtemps sur ces sujets, là où d’autres écoles censées former des cadres supérieurs ont snobé le même enseignement que je leur proposais, c’est tout. Et encore, mon enseignement n’y est que modeste…

    – Oui, il y a des universités de 50.000 personnes et des écoles de 50 élèves par promo. Comme il y a des start-up, et des grandes entreprises. So what ???? Les grandes entreprises ont oublié qu’elles ont été start-up à un moment de leur vie… C’est dommage. Mais je ne demanderais jamais à une start-up de faire le travail d’une grande entreprise. En revanche, il est toujours intéressant de voir comment un système traite ses start-up.

    – Internet est une rupture qui bouleverse les ordres établis. Je sais très bien que l’Université, comme l’entreprise, possède un vrai ratio de personnes de grandes qualité qui ont compris que le monde avait changé. D’ailleurs, je me suis amusé à regarder les forums de discussions d’enseignants, ceux qui sont « off », comme au festival d’Avignon, ils regorgent d’activité et de très bonnes idées. Mais vous savez très bien aussi qu’un ensemble de personnes qui ont compris ne fait pas un système qui change. Je l’ai constaté dans mes diverses expériences professionnelles.

    – Pouvez-vous me citer un endroit où je trouverais des recherches sur les transformations induites par Internet ? Quel est l’impact d’Internet sur l’activité économique? Quel est l’impact d’Internet sur les mutations du travail? Quel est l’impact d’Internet sur les territoires, je veux dire un vrai impact économique, pas un catalogue de e-services et de vœux pieux ??? Pouvez-vous me dire quels chercheurs travaillent sur les mutations des process métiers ? Vous me citez les modes de production scientifique, mais bien sûr, le monde de la recherche a déjà fait sa mutation (parce qu’Internet était ouvert aux chercheurs bien avant le grand public, jusqu’en 1994 pour être précis). Mais où observe-t-on ces mutations ??? Où puis-je avoir une vision claire de quelle branche professionnelle a muté, quelle branche n’a pas muté ? (la santé…) Je ne dis pas qu’il n’y a pas, c’est juste qu’à chaque fois que j’ai posé la question, personne ne m’a donné de réponse. Si vous en avez, je prends.

    Vous dites que l’intelligence organisationnelle n’a rien à voir avec le Web. Je suis d’accord. Mais elle a beaucoup à voir avec Internet. Internet est la technologie qui sous-tend cette transformation vers l’intelligence collective. Je vous rappelle que la même histoire s’est produite autour de -1500, lorsque l’alphabet a été inventé. Les Egyptiens ont refusé l’alphabet (le Démotique n’est arrivé que tardivement), en prétextant que les scribes étaient bien suffisants; alors que les Grecs ont enfourché l’alphabet, ont inventé la voyelle, ont fait des lois, « loi de Charondas : tous les enfants des citoyens devaient apprendre à lire et à écrire, tous les maîtres d’école étant rétribués par l’État; », avec comme résultat l’explosion de la science, de la médecine, de la philosophie. Moi, j’aimerais que, à l’instar d’Obama, il y ait une véritable vision politique sur le rôle d’Internet… Vous voyez Sophie, je ne saccage pas l’Université (ce serait bien prétentieux de ma part), je demande juste où faut-il regarder aujourd’hui pour espérer. OK, je vais regarder http://masterwebscience.org/

    Enfin, une dernière pensée. Oui, mon post était légèrement polémique. C’était un test pour moi. C’est celui qui a engendré les commentaires les plus longs et les plus riches. Celà signifie-t-il qu’il est mieux que mes autres post ? J’en doute. Alors, pourquoi ?

    Je ne ferais plus, promis… Je crois que je n’aime pas polémiquer.

    Merci
    Serge

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  9. Sophie Pène

    Une université c’est 50 000 personnes. Une alliance comme un PRES parisien c’est 100 000 étudiants, et sans doute 15000 salariés. Comment imaginer des mutations homogènes et radicales : on parle d’outils et de pratique dont aucune n’a plus de dix ans. Poser comme un modèle une école qui a des promos de 50 étudiants et qui forme ds chefs de projets de développement Web n’est pas en relation avec le sujet. D’autant que la réflexion sur les transformations sociales n’est pas le fort de la majorité des étudiants d’HETIC.
    Sur 35 000 étudiants et 5000 enseignants, on trouve un ratio estimable de gens qui ont des pratiques moyennes, normales ou avancées. La LRU mobilise les énergies sur des modèles d’évaluation critiqués et que les modes de production scientifiques émergents, associés aux méthodes de recherche et de publication Web, vont peut-être modifier profondément. Mais la visibilité est très faible. L’unviersité subi de graves épreuves, et l’intelligence informatique est une intelligence organisationnelle, de gestion, qui n’a rien à voir avec le Web. Faut-il pour autant encourager toujours plus la société à taper sur son Université ? contribuer à la saccager, l’accuser de passéisme. Faut-il confier les rênes de l’université française à Hetic, est-ce ça votre grande idée, Serge ? Les campus numériques, si novateurs que certains aient été, n’ont été connus que d’une minorité d’enseignants et d’encore moins d’étudiants. Il ne faut pas en faire un âge d’or, Alexis. Plusieurs universités sont en train de se coordonner pour monter un master AIW Approches interdisciplinaires du Web, pour un enseignement Web sciences, de recherche et professionnel. Sous espérons fédérer des enseignements épars, former ds « responsables Web » qui aident les entreprises à aller au-delà des visions com RH qui l’emportent actuellement. Avez-vous publié l’un ou l’autre des référentiels de compétences « Web » ? Sinon savez vous où en est le référentiel fait avec Michel Germain ? est-il public ?

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  10. serge

    Merci de votre commentaire pertinent, Alexis.

    Je suis d’accord que je suis un peu dur avec les étudiants. Mais si on ne leur donne pas des coups de pieds dans le c… personne ne le fera, surtout pas l’enseignement supérieur.

    Un jour, le directeur d’une grande école de management, une EM de province, m’a demandé ce qu’il pouvait bien enseigner aux étudiants qui serait novateur. Je lui ai répondu « les transformations managériales, marketing, et sociales induites par Internet ». Il a trouvé l’idée excellente, mais n’a jamais donné suite. Dans d’autres écoles, on ne m’a même pas répondu lorsque j’ai proposé mon cours.

    Le pire a été une étudiante d’une école que je ne citerait pas qui m’a affirmé ne jamais aller voir Wikipedia, parce que « la qualité n’est pas bonne ». A ma question « comment le savez-vous, puisque vous n’y allez pas? » sa réponse a été « les professeurs nous l’ont dit »… La pauvre, ses professeurs ne l’aident pas à affronter le monde qui se dessine…

    Merci !
    Serge

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  11. Alexis Mons

    Je suis totalement d’accord sur le système. Il y a maintenant 10 ans, on était dans les Campus Numériques, il y avait de l’innovation, de nouveaux modèles pédagogiques, des communautés apprenantes … Aujourd’hui, tout ça a disparu ou se retrouve hyper-marginalisé. Et pendant ce temps, on est toujours dans les ENT, c’est-à-dire dans un approche portail, effectivement full top-down, d’avant le web 2. Tout cela est caractéristique d’une vision centrée sur les outils qui nie le changement organisationnel et sociétal.
    La conséquence sur a pensée des étudiants et élèves qui sorte se constate. Ils ont à la fois le potentiel de leur génération (multi-tache …), mais les codes de modèles dépassés. Comme le dit très bien Michel Hervé (le chef d’entreprise qui a poussé au plus loin les logiques de pyramide inversées), il faut commencer par leur faire désapprendre ! Car ce n’est pas comme si, sous l’impulsion de la « crise » actuelle, on n’assistait pas à une accélération dans l’adoption des nouveaux modèles dans le monde de l’entreprise.
    Pour ce qui est des étudiants, je suis plus nuancé. Ce que je constate (et pas seulement en enseignement), c’est que, nous, théoriciens du web, parlons de choses qu’il n’ont pas conceptualisés. J’en ai récemment eu l’illustration avec des étudiants (et surtout étudiantes) de licence bibliothèques, auprès desquelles je faisait un petit cours de veille moderne, largement peuplé de pratiques web 2. Leur parler de Facebook, RSS, blogs et consorts ne sonnait pas dans leurs oreilles. Pourtant, j’ai vite découvert qu’elles avaient ouvert un wordpress privé pour collaborer entre elles autour des PPT que leurs profs leur poussaient par email !
    Les utilisateurs raisonnent usages, pas outils, alors que nous qui parlons sans cesse de dépasser les outils pour le changement et les usages ne faisons que parler technique. Un paradoxe. Quand on interroge les gens sur leurs pratiques numériques, on découvre des choses. Alors certes, elles se révèlent empiriques, imparfaites, mais il ne faut pas grand chose pour en enrichir le sens. Il ne manque en fait pas grand chose et c’est sans doute là-dessus que je rejoins votre frustration et votre coup de gueule.

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