Créer et animer une communauté : l’exemple d’Enseignants du Primaire

J’ai toujours considéré le forum « Enseignants du Primaire »  fondé par André Jorge Payet, comme un magnifique exemple d’une rupture positive produite avec l’aide d’Internet.

J’ai eu quelques échanges intéressants avec André Jorge, enseignant à St Denis de la Réunion, qui m’a décrit comment sa communauté s’est structurée, et fonctionne.

Tout d’abord, un état des lieux, en ce mois de décembre 2011. La communauté est composée de 122.180 membres qui ont posté 4.098.710 messages. Avec un ratio de 33 messages par membre, ceci en fait un forum extrêmement actif. Le soir, il y a en moyenne 900 utilisateurs connectés. La communauté est composée d’enseignants du primaire, d’étudiants dont beaucoup en IUFM, et de quelques parents mais peu nombreux. Cela signifie qu’environ un tiers des enseignants du primaire échange sur ce forum. La très grande majorité résident en France, même s’il y a de temps en temps des Belges, Québécois ou Africains qui contribuent.

La structure du forum est caractéristique d’une communauté de pratique: les thèmes sont concrets, la navigation à trois niveaux est très claire. La plupart des rubriques sont professionnelles, liées au métier d’enseignant du primaire. Les parties thématiques sur les domaines d’activités est une excellente illustration des questions très intéressantes que se posent les enseignants dans le cadre de leur pratique, et les parents devraient la lire! Comme toute communauté qui fonctionne bien, il y a des coins loisirs, détentes et humour. Je vous suggère de lire certaines perles de parents d’élèves, qui m’ont presque empêché d’écrire cet article tellement je riais.

Ce site contient un joyau encore peu exploité: une rubrique consacrée à la relation de l’école avec les parents. André Jorge souhaite fortement développer cette partie, entre autres en offrant des exercices en ligne. Quand on est partisan de l’école ouverte sur le monde, et de modèle coopératif, on ne peut qu’admirer la communauté et son fondateur de tendre la main, et souhaiter participer; avis aux parents de bambins qui me lisent !

Ce forum est totalement indépendant de l’éducation nationale, et souhaite le rester. André Jorge est très clair : « nous souhaitons rester et resterons un site indépendant, où les membres seront libres de s’exprimer, sans contraintes de la hiérarchie » . L’éducation nationale n’a jamais réagi officiellement ni officieusement à l’existence de ce forum, a part quelques initiatives individuelles demandant de promouvoir un évènement.

Le modèle économique est intéressant à considérer. Le forum est basé sur une solution hébergée dans le cloud, IPboard de Invision. A ce niveau de contributions, le coût est en moyenne de 400 euros par mois, tout compris. Au passage, nous avons l’illustration du modèle économique efficace de l’Internet, qui est une économie de partage et d’abondance. Si l’on revenait à l’économie traditionnelle des opérateurs de télécommunication ou de certains fabriquant de logiciels, à savoir une économie de rareté et d’exclusivité, le coût serait beaucoup plus énorme, et empêcherait l’explosion des usages.

Pour couvrir ces coûts, André Jorge a deux sources de revenus : les cotisations des membres, et la publicité. La cotisation est à deux niveaux : 2 euros par an, ou 10 euros par an donnant alors accès à du contenu pédagogique. A deux euros par an, il suffirait de 2400 cotisations pour couvrir les coûts, soit 2% des membres… Mais le nombre de cotisants est très faible (300) d’où la nécessité d’aller chercher des revenus publicitaires. Surtout, André Jorge souhaite developer encore plus le site, et le faire entièrement gratuit pour tous les membres.

La communauté a commencé en 1998, à partir des difficultés d’André Jorge en tant que stagiaire. Ayant fait le constat qu’il n’était pas le seul, il a commencé par générer de l’entraide entre ses pairs, puis un jour eut l’idée de créer un premier site web pour amplifier sa communauté. Ce qui était quelques pages html est devenu un forum au bout d’un an. Il y avait en moyenne un message tous les trois jours, les membres posaient des questions, et André Jorge y répondait.

 

Et puis la communauté s’est créée « naturellement ». Plus précisément, en 1999, ce site était le seul forum web pour enseignants. Il y avait des listes de diffusion, et des forums usenet, mais centrés sur les enseignants. André Jorge a vu que rien n’existait pour les étudiants préparant le CRPE (Concours de recrutement des Professeurs des écoles), et a donc ajouté cette rubrique sur son site. Ces étudiants devenus enseignants titulaires ont continué à alimenter la communauté. Ils ont de fait constitué le noyau dur qui fait le difficile travail de démarrage d’une communauté, ceux que je nomme « les apôtres », en référence au magnifique tympan de Vézelay où l’on voit le Christ dans sa mandorle entouré de quatre groupes de trois personnes, les douze apôtres, allant enseigner la sainte trinité aux quatre points cardinaux.

La communauté est passée de 40 membres à 1000 en 2003. Mais André Jorge a toujours eu le souci d’améliorer le site, tant sur le plan fonctionnel que technique. C’est, dit-il, la condition indispensable pour qua la communauté continue de grandir. Il a d’ailleurs dans ses cartons des projets d’offres de services en ligne pour les enseignants et les parents.

Ce qui m’a semblé remarquable, c’est l’impact de ce forum sur la pédagogie des enseignants. Je citerai ici les propos du fondateur :

L’effet constaté est que cela change la vision du monde qu’ont les gens : ils constatent que l’on peut partager et collaborer, que cela se fait sur l’Internet. Alors ils le font à leur tour, sur le web et ailleurs, dans la « vraie » vie. Je suppose donc qu’il est possible que le fait d’échanger et de collaborer avec d’autres collègues sur le web nous amène à inculquer des méthodes de travail coopératif aux élèves.

Ceci ne peut qu’entraîner l’admiration, et un seul mot : bravo.

 

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Les compagnons du devoir

Je sors d’une conférence effectuée devant les compagnons du devoir, rue de l’hôtel de ville. Je suis déjà intervenu devant eux, en 2004. Une expérience inoubliable.

Je voue une profonde admiration pour les compagnons, admiration qui pourrait s’expliquer, s’il fallait être concis, par « la sublime beauté du geste ». Au sein des Compagnons, je me confrontais, dans la salle, à une vingtaine de prévôts, ceux qui gèrent des centres d’hébergement, qui assurent l’animation et la direction d’une maison de compagnons, accueillant entre 50 et 120 jeunes compagnons lors de leur tour de France.

Ils me posaient de bonnes questions : quel est l’impact d’Internet sur leur métier de prévôt ? Quelle est la réelle importance des réseaux sociaux? Comment doivent-ils se comporter avec les jeunes compagnons qui sont, du moins à leurs yeux, plus à l’aise avec Internet ? Ils me demandaient quelques clés. Pour des raisons purement personnelles, j’ai même beaucoup échangé avec l’un d’entre eux, un Russe, compagnon plâtrier, qui rêvait d’introduire les principes du compagnonnage en Russie. Mais pas qu’avec lui, j’aurais passé des heures avec n’importe lequel, ou laquelle (il y avait trois femmes) d’entre eux ou d’entre elles.

C’était une des rares fois où je me trouvais en face de personnes qui souhaitaient simplement comprendre, qui sentaient bien l’importance du sujet, mais qui cherchaient par quel port l’aborder. L’un des compagnons me posa la question la plus difficile parce que la plus simple : quel conseil leur donner pour aborder le problème d’Internet, des réseaux sociaux, des jeunes.

Inspiré par la magie du lieu, je me suis permis une réponse outrageusement simple : Internet favorise l’éthique, plus que la morale. Je leur ai conseillé d’aller dans Internet, avec le regard d’un Levy-Strauss : pour comprendre. Puis d’aider les autres à comprendre. Le seul mot d’éthique leur a suffit, ils ont acquiescé en silence…

Je ne cessais de me dire : « tu devrais te taire, tu as plus à apprendre d’eux qu’eux de toi »; hélas, je ne sais pas me taire. Paradoxalement, c’est leurs questions qui m’ont nourri. J’ai appris, de leur manière ouverte, comment aborder le monde. J’ai senti que, quelque part, les valeurs Internet de partage, de communauté, d’éthique, de neutralité, leur parlaient, à eux, les compagnons, qui sont dans la simple beauté du travail bien fait. Le TAO de l’IETF, « nous croyons au consensus grossier, et au code qui fonctionne » leur a parlé en direct.

Internet n’existe pas, pas plus que l’alphabet. Ce qui est important est l’alphabétisation. Tout comme la fabrication du papier ne passionne plus les foules, les métiers spécifique à l’Internet vont, à terme, disparaître. Les programmeurs vont rester. Mais les chefs de projet Internet vont devenir des chefs de projets. Les « marketeux » Internet vont devenir des « marketeux ». Les « spécialistes » Internet vont devenir…

Les compagnons vont rester.

 

 

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Marketing à l’ancienne et Internet : un cas d’école

J’ai eu l’occasion d’écrire que le marketing à l’heure de l’Internet et des communautés devait respecter trois principes: le fun, la valeur ajoutée, et l’honnêteté.

Il est tentant, pour une marque traditionnelle, de ne voir que le côté viral de l’Internet, et d’essayer d’en profiter pour faire du marketing et de la communication. Bien sûr, ça ne marche pas, et c’est même contre productif.

Et puis, je suis tombé sur ce magnifique cas d’école, intéressant à analyser.

Il s’agit d’une discussion qui a débuté le 5 février 2011, qui a été fermée le 4 avril 2011, sur le forum hardware.fr. Rappelons que cette communauté de plus de 854.000 membres est la deuxième plus grande en France, après Doctissimo. Cette discussion, dans la partie « cuisine » du forum (ce qui montre bien que la communauté hardware.fr n’est pas que constituée de geeks), portait sur une promotion faite par une grande surface, promotion assez sophistiquée qui accordait un rabais sur une gamme de casseroles contre des coupons obtenus à chaque passage en caisse.

Le premier message posait une question bien précise: une incohérence apparente entre le côté « haut de gamme » des casseroles, le rabais, et le fait qu’elles étaient « made in China ». En peu de temps, quelques internautes mènent l’enquête, et trouvent des bizarreries: l’adresse du SAV à Mandelieu ne semble pas exister, l’acier utilisé n’est pas résistant, et la casserole contiendrait de l’alu considéré comme toxique. Un fil de discussion comme on en voit souvent.

Enfin, sauf que quelque chose est bizarre: certains contributeurs en sont à leur premier message. Un premier message qui affirme, et qui est précis, ce n’est pas toujours bon signe.

Un membre écrit alors au distributeur, pour lui demander des informations plus précise. Il n’aura jamais de réponse… 

Puis la discussion devient très technique autour de la qualité de l’inox SUS 304.

 

Puis arrive un message un peu bizarre, venant d’un forumeur dont c’est, comme par hasard, le premier post.

Voilà donc une personne qui prétend travailler pour le distributeur, sans dire qui elle est, où elle travaille, et quel est le projet en question. La seule réaction au début, a été l’ignorance, sauf un forumeur qui a simplement dit « attendons de voir le résultat ».

La discussion tourne alors autour de la « pseudo » offre promotionnelle: est-ce vraiment une affaire ? Certains disent que 60% sur un prix élevé, c’est encore plus cher que ce qu’on peux trouver ailleurs, et, à coups de divers liens, les internautes commencent le travail de comparaison. Une autre partie de la discussion tourne autour de l’adresse du SAV, personne ne trouvant d’entreprise correspondant au fabriquant dans les pages jaunes.

 Arrive alors un post qui a tout de l’officiel:

Il s’agit de TCC, le fameux « SAV » de Mandelieu.

D’ailleurs, les premières discussions entre TCC et les internautes sont plutôt, de la part de TCC, tendue vers la valeur ajoutée.

 Enfin, sauf le dernier paragraphe sur la pénurie à venir, qui fait bondir les internautes: provocation marketing absurde.

 Puis, la discussion continue, sur les mérites de ces casseroles, leur prix, la réalité de la promotion, sans que, franchement, un avis se dégage. Certains pensent que c’est une bonne affaire, d’autres pas.

 Et puis, un des contributeurs, déçu de l’avoir aucune réponse à ses courriers, lance la première attaque à TCC:

Celle-ci est claire, précise et violente.

La réponse de TCC est déconcertante: 

Là où TCC avait réussi à créer un petit climat de confiance, parce qu’ils avaient apporté de l’information, ils sont tombé dans le piège: faire de la langue de bois.

 Puis arrive un concurrent du fabriquant, qui publie un message à la naïveté encore plus amusante. La réaction d’un forumeur est immédiate.

Et puis, arrive un autre message, dont on se demande si ce n’est pas de l’humour au second degré. Le fait que ce soit le tout premier post de sont son auteur fait craindre le contraire…

Les réponses, on s’en doute, furent cinglantes « pub, nous prendre pour des c… je vais chez le concurrent » etc…

Puis la discussion part sur les fabrications en Chine, les 35 heures, les normes social, le coût du transport. Et aussi les aspects sanitaires, les normes de l’inox, et les méthodes de fabrication en Chine. Mais surtout, beaucoup de « primo forumeurs » donnent des avis marqués, ce qui fait tiquer la communauté.

Arrive un dernier message amusant. Les réponses sont cinglantes.

D’ailleurs, la discussion tournant en rond, le modérateur décide de fermer le topic.

 

Alors, quoi retenir ? Au moins trois éléments.

Que le faux et le grossier ne passent jamais dans les forums de discussion.

Que les internautes n’ont, hélas, pas eu les réponses aux questions qu’ils se posaient.

Qu’il ne faut jamais faire de la publicité dans un forum de discussion.

Bien sûr, cela n’a peut-être pas eu d’impact sur l’offre elle-même. Mais je doute que ceci puisse continuer comme ça dans le futur. De plus en plus, les internautes vont aller voir dans les forums de discussion. D’ailleurs, plusieurs internautes ont fait remarquer que google mettait en avant cette discussion dans le forum, ce qui est un signe de son intérêt.

Les marques ont vraiment intérêt à revoir leurs fondamentaux du marketing. La valeur ajoutée et l’honnêteté sont deux piliers du nouveau marketing communautaire. Ceci demande de mettre en place de vrais community manageurs, qui sont des personnes de lm’entreprise mais à l’esprit ouvert, pastoral presque, et qui n’ton pas peur d’aller se plonger dans les communautés en ligne. Mais qui, surtout, doivent être écoutées en interne dans les entreprises. Car rien n’est pire qu’une communauté qu’on fait semblant d’écouter…

 

 

 

Programme politique du PS et Internet

La gauche vient de se déclarer sur Internet. Martine Aubry s’est exprimée sur rue89, ainsi que Julien Bernard.

J’allais réagir sur certains aspects qui me gênent dans ces discours qui sont bourrés de bonnes intentions, mais qui sont encore basés sur des modèles d’omni présence de l’état, mais je vois que Benjamin Bayart a pris les devants dans un excellent article.

J’ai déjà eu l’occasion d’écrire que, n’en déplaise à certains, Internet n’est ni de gauche ni de droite. Ceux-là même qui prônent un réseau neutre feraient bien de se méfier lorsqu’ils veulent le politiser. Internet favorise les modèles communautaires, et une économie de partage, c’est vrai. Mais Internet c’est aussi la libre entreprise, un modèle d’innovation qui passe par le capital risque et qui n’aime pas l’ISF. N’en déplaise à Madame Aubry qui cite des start-up françaises de l’Internet, combien d’entre elles sont parties à Bruxelles parce qu’un créateur de start-up doit payer de l’ISF bien avant d’avoir recueilli le moindre kopek de son entreprise ? Combien de patrons de start-up sont fatigués de l’état qui offre Oseo dans une main, et l’Urssaf dans l’autre, un double discours contradictoire insupportable ?

Cette dualité de l’Internet est bien gênante pour un parti politique, quel qu’il soit. La déclaration du PS n’est donc pas absente de quelques contradictions. Je lis « Renforçons au contraire les moyens de lutte contre la cyber-criminalité, qui, elle, se moque des frontières ». Comment ? C’est au nom de la pédophilie que les états ont créé les équivalents Loppsi. Au PS, la pédophilie sera-t-elle remplacée par la cybercriminalité?

Le PS souhaite « un opérateur qui coordonnerait tous les efforts publics ». Qui serait cet opérateur ? France Télécom ? Mais FT, comme tous les opérateurs télécom du monde entier, ne comprend rien à l’économie d’Internet. Rappelons que l’économie d’Internet est une économie d’abondance et de partage, et que les opérateurs de télécom nous proposent une économie de rareté, avec paiement à l’usage. Nous avons, en France, la chance d’avoir Free qui a introduit de la vraie concurrence. Je rentre de l’île Maurice, où l’accès Internet est un monopole, fourni par une JV Mauritius Telecom et Orange. L’état est fortement actionnaire de Mauritius Telecom; résultat : 70 euros par mois pour 500kb/sec, et surtout pas d’offre de VoIP. Voici ce qui se passe quand l’état possède et contrôle son propre opérateur…

Sur la culture : le PS veut « renforcer le droit d’auteur », veut « protéger les artistes ». Amusant, c’est aussi le combat d’Hadopi.

Sur la politique extérieure, le PS veut « soutenir une fondation indépendante pour héberger les sites censurés »… Mais c’est déjà ce qui se passe dans le cloud, de google à dropbox en passant par tous les hébergeurs alternatifs, il y a pléthore de moyens pour héberger des sites ou des documents, même censurés, et pléthores d’associations indépendantes pour assurer ce rôle important. Pas besoin d’aller mener des croisades externes ouvertes et généreuses. Quand à la censure, je suis d’accord avec Benjamin que c’est une spécialité étatique. Qu’un état aide l’hébergement des sites censurés d’un autre état, cela peut faire sourire. Allez, posons la question au PS : soutiendrait-il une fondation qui hébergerait des sites de dissidents Tibétains alors que nous vendons des Airbus et des centrales nucléaires en Chine ? La real politique se moque bien des idéologies.

Le PS veut créer des « eurobonds » pour financer notre réseau… Le PS sait-il que les investisseurs sont très réticents à investir en France, pays considéré comme trop communiste, parce que l’ISF, les charges sociales, les 35 heures, les grèves, etc… La sont les vrais problèmes à résoudre, faire de la France un pays qui fonctionne.

Le PS veut des unités pour « la lutte contre la contrefaçon en ligne »… La aussi, on remplace piratage par contrefaçon, et on obtient le même résultat..

En revanche, manque une véritable réflexion sur le gouvernement 2.0. Rappelons en les trois volets : l’opendata, l’utilisation par l’administration des outils du 2.0 pour améliorer ses relations avec les citoyens, et la transformation culturelle de l’administration pour se mettre en mode coopératif. Seul l’Open Data y figure, mais le PS est-il prêt à ouvrir, à l’instar des Anglais, la base de données des dépenses publiques ? Je serais curieux de voir comment fonctionnent vraiment des organisations comme les OPCA, les partis politiques, les syndicats… Que le prochain gouvernement soit de gauche ou de droite, d’ailleurs, qui osera vraiment ouvrir la boite de Pandore ? L’administration française adore le secret. Je n’ai vu aucun homme politique avoir le courage de la rendre « accountable » comme disent si bien les Anglais. Le programme du PS est bien silencieux sur ce sujet. C’est normal, la transparence pose la difficile question de l’efficacité… Et je rappelle que le premier geste de Cameron a été de continuer l’opendata initié par son prédécesseur, ça fait du bien de voir un parti qui ne jette pas à la poubelle systématiquement tout ce qui vient de l’autre…

J’attends avec impatience le programme des autres partis. Mais je crains bien que ce ne soit pas foncièrement différent, les problèmes sont les mêmes. Seul un entrepreneur pourrait nous sauver du mur dans lequel nous allons, en continuant de donner trop de pouvoir à l’administration. En revanche, je crois au modèle de la coopération, et donc des programmes bi parti.

Il faut une véritable révolution 2.0. Allez, je note le programme du PS à 1.9 parce qu’y figure la proposition du small business act, le seul point véritablement intéressant ! Mais encore faudrait-il expliquer que s’enrichir, ce n’est pas forcément mal…

 

 

 

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Mode anglais, mode français : de la contestation

Ce billet fait suite à mon premier : « Mode anglais, mode français : de la décision« .

Il est motivé par la montée de l’extrémisme que je perçois dans plein de domaines, dont un qui cristallise bien des tensions, Hadopi. Mon ami Jean-Michel Planche a raconté ici des éléments intéressants: lui qui est un entrepreneur militant de l’Internet se voit conspué, voué aux gémonies, parce qu’il a, comme moi, accepté de favoriser les ponts plutôt que les murs.

Une première remarque s’impose : la coopération est un équilibre instable. Ceux qui pratiquent la théorie des jeux le savent bien : A & B discutent. C’est une matrice à quatre cases : A & B jouent la coopération (gagnant-gagnant en d’autres termes), A la joue et B non, l’inverse, et aucun des deux ne la jouent. La première case est la seule à aboutir à un résultat accepté conjointement. Mais elle est instable: il suffit que l’un des deux la quitte pour que l’autre frustré, la quitte aussi, et tout le monde se retrouve dans la case affrontement (perdant-perdant); Bing. Insistons bien: seule la case coopérative est créatrice de valeur, les autres sont destructrices.

Comment se sort-on de la case perdant-perdant? Comme cette case est un équilibre instable, il faut développer une énergie phénoménale. Qu’est ce qui fait que certains y arrivent : la confiance a priori. Et quelle est la base de la confiance: l’information. Les haines, les guerres, la violence, le fascisme, se nourrissent de l’absence d’information. Faut-il rappeler qu’à l’époque du communisme, un annuaire était considéré comme un secret d’état. J’ai fait, en 1983, avec les géographes Galia et Guy Burgel, une analyse comparative du plan « officiel » de la ville de Moscou, et d’une image Landsat de cette ville. Ya pas photo, dirait-on aujourd’hui, la carte était sciemment fausse, même si elle était homéomorphe.

Alors voilà une des beautés de l’Internet: parce qu’il fait circuler l’information, Internet favorise la coopération. Les valeurs de l’Internet sont des valeurs d’intelligence collective, de travail en commun, même quand les points de vue sont opposés. Avec Internet, la révolte des Cipayes n’aurait pas eu lieu !

Revenons donc à Hadopi. Qu’il y ait des anti hadopi est normal. Maintenant, comparons deux modèles.

Tout d’abord le site « Ne m’obligez pas à voler« . C’est un site Européen, qui explique l’attente des « consommateurs du numérique » vis à vis des fournisseurs de contenu. Traduit en plusieurs langues, ce manifeste est très intéressant à lire, et contient des fondamentaux qui correspondent bien à plusieurs attentes et frustrations qui sont exprimées ici et la.

Ensuite, une version franco-française, « Pourquoi je pirate« . Rien que le titre fait rêver, là où le premier site exprime son attente, le second explique pourquoi il a envie d’être négatif. La où le premier jette les bases d’un travail coopératif, donc tente la case gagnant gagnant, l’autre se place d’emblée dans la case refus, et donc ne peut que conduire à la case perdant perdant. L’ennemi est con, disait Desproges, car il croit que c’est nous l’ennemi, alors que c’est lui.

C’est dommage. C’est d’autant plus dommage que certaines idées du second site sont très proches du manifeste du premier…

Dans un monde Internet, les valeurs de coopération sont celles qui sont efficaces. Les valeurs d’affrontement stérile, de combat de coq, en sont l’antithèse. Les enfants gâtés qui demandent tout de l’autre et n’offrent rien eux-même n’ont pas leur place.

L’esprit de contestation, tout comme l’administration, doit se mettre en mode 2.0.

 

 

 

 

 

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Tedx Bordeaux

Le premier Tedx Bordelais, magnifiquement organisé par Isabelle et Alexis Monvielle, et toute l’équipe.

Le thème était « ensemble ». Un sujet d’actualité dans le monde internet.

 

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Les mondes virtuels toujours bien vivants

Il est de bon ton de déclarer que les mondes virtuels ne sont que des gadgets, que Second Life est mort, etc… Les deux conférences auxquelles je viens de participer montrent exactement le contraire.

FCVW

La première fut organisée par le « federal consortium for virtual worlds« , une initiative qui structure l’usage des mondes virtuels par les différentes administrations américaines. Nous retrouvons là un schéma bien connu, le rôle de l’administration dans les nouvelles technologies, pas seulement en investissant, mais en devenant utilisatrice. Je ne le dirais jamais assez : une start-up a tout autant besoin de clients exigeants que d’argent du gouvernement.

La conférence du FCVW se tenait sur deux journées, son hashtag sur twitter étant #fcvw11 Malheureusement, l’une des journées était à cheval avec la deuxième conférence à Boston; il y a si peu de conférences intéressantes sur les mondes virtuels, c’est regrettable. On pouvait participer à la conférence en réel ou bien via un monde virtuel, au choix parmi les quatre plateformes retenues officiellement par le consortium. Le panel que j’ai monté était même proposé en réalité mixte. Il y avait tout le gratin des mondes virtuels aux US, avec un focus bien sûr militaire, mais pas seulement. Par exemple, la présentation du projet « Kensas to Cairo » qui montre comment SL a été utilisé pour connecter des étudiants en architecture dans les deux pays.

David Smith, le directeur de l’Innovation de Lockheed Martin, a présenté le « virtual world framework » mis en place par le DoD. En synthèse, un monde virtuel devrait:

  • être scalable
  • être distribué
  • être sécurisé
  • être open source
  • être standard
  • être future proof (bien que ce terme soit pas facile à définir)
  • pouvoir supporter tout type de modèle économique

On comprend pourquoi Second Life n’a pas été retenu parmi les plateformes du fcvw !

Il faut noter aussi l’extraordinaire speech de MK Haley, de Carnaghie Mellon University. Entre autre, elle nous a projeté cette magnifique vidéo sur l’innovation, ou le paradigme du marshmallow. Je conseille d’écouter tout, mais surtout, j’ai éclaté de rire au vu du classement !

 

Je n’ai pas vu la présentation de Chris dede sur l’éducation, mais on peut en retrouver le dessin fait par botgirl pendant la conférence.

 

Dans tout ce qui se rapportait, de près ou de loin, au gouvernement 2.0, l’élément fort qui justifie les mondes virtuels est le « citizen engagement »; autrement dit, comment faire en sorte que les citoyens s’impliquent plus dans la politique. Beaucoup attendent des mondes virtuels, et surtout de leur côté « fun » pour atteindre cet objectif.

IED Boston

Cette conférence est une initiative régulière organisée par un groupe de passionnés de l’apprentissage immersif, le media grid. Elle se tenait sur trois journées, son hashtag étant #ied2011.

Originaire de Boston, ce groupe vient de créer son chapitre Européen, qui devrait organiser un IED en Europe vers le mois de décembre.

J’ai pu assister à des présentations d’apprentissage immersif dans ce qui se nomme aux US K-12, c’est à dire de la maternelle au baccalauréat. Beaucoup de vidéos, disponibles sur youtube, ont été montrées, avec à chaque fois la même caractéristiques: des gamins enthousiastes de se promener dans un monde virtuel, et d’apprendre en s’amusant.

Le rôle d’IED est très important: il consiste à fournir aux enseignants des outils leur permettant de réaliser des expériences plus ou moins immersives.

Parmi ces outils, il faut noter MiRTLE, un environnement permettant de faire de la réalité augmentée dans une salle de classe. Cet environnement utilise wonderland. On trouve ici une description d’usage de cet environnement dans une école de St Paul, Minnesota.

 

Cette vidéo montre un exemple d’usage de cet environnement.

 

D’une manière générale, les environnements opensource sont privilégiés. Wonderland, RealXtend, opensim sont les plus utilisés; VastPark est en cours d’investigation. Pour la même raison, Second Life est peu appréciée.

A Greenbush, dans le Kensas, un lab a été créé qui étudie toutes les formes immersives d’éducation, le Greenbush labs, qui porte entre autre le projet edusim3D.

 
Rosemary Talab et Rich White ont montré un usage intéressant de la plateforme dans une école rurale.

 


Et voici un exemple d’usage d’Edusim2D

En Europe, Pasi Mattila nous a montré une démonstration des outils qu’il met en place pour l’école du futur à Oula, en Finlande. Et surtout, Michael Gardner, de l’Université d’Essex, nous a présenté le projet Européen +Spaces, qui a pour objet d’engager les citoyens à participer à la vie politique au travers des mondes virtuels. Micheal a mis l’accent sur le rôle important du jeu de rôle dans cet engagement. Si seulement le maire de Paris avait écouté, et favorisé les riverains du forum des halles qui ont organisé le concours d’aménagement dans second life. Mais hélas, comme dit Billaut, nos élites politiques sont très autistes…

Synthèse

Les mondes virtuels sont bien vivants, et leurs usages commencent à faire leur preuves. Les freins sont en train de disparaître, avec entre autres l’arrivée de plugin dans les navigateurs, et bientôt des clients natifs webgl et html5, qui permettront de surfer sans téléchargement préalable.

La combinaison de la réalité augmentée et des mondes virtuels est en train de se faire.

Pour l’instant, les enseignants utilisent les mondes virtuels, mais pour faire des cours selon des formats traditionnels. La première étape semble être de voir comment les gamins (et les profs) s’approprient ces environnements. La réponse est claire : il leur faut cinq minutes pour comprendre les bases de la manipulation des avatars. En revanche, la remise en cause des méthodes pédagogiques n’est pas d’actualité. Il n’y a que très peu de « gamification » des cours, une des raisons étant le programme imposé par les états…

En revanche, tout comme pour fcvw, il y a une grande attente sur l’engagement des élèves via le monde virtuel. La brique qui manque, et qui est en cours de réflexion tant aux US qu’en Europe, est l’évaluation pédagogique de la méthode.

Dans le secteur éducatif, les mondes virtuels sont vraiment dans une phase pré opérationnelle.

 

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Ma première expérience de réalité mixte

J’étais donc le créateur et le modérateur d’une table ronde sur les expériences internationales dans les mondes virtuels et l’administration, dans le cadre du federal consortium for virtual worlds.

Mon panel comportait trois orateurs, Mandy Salomon de l’Université de Swinburne, en Australie; Chris Moore le CIO de la ville d’Edmonton, et Claus Nehmzow le CEO de 3D avatar school à Hong-Kong.

Claus était à Hong-Kong, et intervenait virtuellement. Il a donc fallu mettre en oeuvre une réalité mixte, l’évènement était à la fois en physique, et dans un monde virtuel.

Il faut préciser tout de suite que la réalité mixte peut prendre plusieurs formes. Ce peut être tout simplement la vidéo de la conférence qui est projetée dans un monde virtuel, mais l’absence physique de Claus à Washington nous a forcé à choisir un autre chemin, plus difficile, celui de la duplication de la conférence en réel et inworld, chacun avec son avatar.

Comme Chris avait déjà une île dans Second Life, nous avons choisi cette plateforme.

Le gros problème à résoudre était le son. Il fallait que le son soit présent dans la salle de conférence, et in world. Seulement, comme le inworld était projeté sur les écrans, il fallait éviter un effet larsen dû au retour de ce son dans les microphones sur la table ronde. La solution retenue n’était pas simple: sur scène, nous étions dans SL mais avec le son fermé, nos voix étant capturées via le micro de scène, et retransmises à un avatar, remarquablement tenu par Keysh Gamor qui agissait comme cameraman, et qui retransmettait le son. Il a donc fallu que son avatar soit à chaque fois le plus proche possible de l’avatar de l’orateur.

Pour commencer, accueil par Chris dans l’île d’Edmonton. Chris nous raconte avec passion comment il a transformé les modes de management de la ville d’Edmonton avec l’usage d’Internet, entre autre de Second Life. Il y a même organisé des réunions de conseil municipal.

Puis c’est le tour de Mandy. Claus nous avait donné une bonne idée : plutôt que de projeter un power point, celui-ci est décomposé en panneaux, lesquels sont mis les uns à côté des autres. Les avatars peuvent naviguer dans la présentation chacun à son propre rythme. Mandy a raconté les expériences passionnantes d’usage des mondes virtuels en Australie, et comment surtout le NBN va contribuer, en fibrant le pays, à l’explosion de ces usages (@billaut-san va adorer).

Enfin, Claus nous présente l’apprentissage du mandarin via des scènes dans lesquels les étudiants sont plongés en immersion, comme par exemple être au coeur d’une énigme policière.

Tout s’est très bien passé; et j’en ai retenu quelques éléments :

  • il y avait bien plus d’interactions inworld que dans la salle. Les avatars commentaient, se parlaient l’un l’autre et le stream des commentaires était, extrêmement riche, tout comme avec un twitter, mais qui serait enrichi de l’immersion, de la beauté des avatars, etc.
  • Ce qui se passait inworld dynamisait la salle, et, je pense, a aidé à un peu plus d’interaction au moment des questions.
  • Il n’y avait aucun conflit entre le inworld et la salle. Il est devenu clair pour moi que les deux sont parfaitement compatibles, même si pas forcément complémentaires.
  • La méthodes des panneaux est bien plus riche qu’un panneau unique défilant le power point
  • Finalement, tout ceci introduisait du fun, et quelque part aidait à faire comprendre le contenu très dense.

Une expérience très riche. Et je conseille de voir le contenu du vidéo stream (qui était reproduit dans plusieurs environnements) pour voir ou revoir la table ronde.

 

 

 

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Innovation pour le travail en groupe, 1994 : Telesia

Voici une deuxième vidéo, un projet de l’Inria qui se nommait telesia, un système travail collaboratif basé sur des échanges de flux vidéo.

Nous sommes en 1994. Nous ne pouvons que constater à la fois le chemin parcouru, mais aussi le côté visionnaire de ce projet !

 

 

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Innovation pour le travail en groupe, CP2i 1994, le digital desk

En 1994, je m’occupais du CP2i, le cercle pour les projets innovants en informatique, un think tank qui regroupait l’Inria, le Syntec, le CIGREF, le CEA, France Telecom, EDF, le CNRS, et d’autres acteurs de l’informatique en France.

J’avais organisé une conférence sur « l’Innovation pour le travail en groupe », et j’avais demandé à la junior entreprise de l’INT de me faire un CD-ROM de cette conférence. Nicolas Guillard l’avait réalisé, et à ma grande surprise, Nicolas que j’ai vu ce midi m’a remis le dernier exemplaire du CD-ROM qu’il a réussi à conserver.

Inutile de vous dire que c’est un format difficilement lisible aujourd’hui, du macromedia, et de toutes façons c’est un executable windows qui ne fonctionne pas sur mon Mac.

Néanmoins, il y a cinq vidéos, quatre de Xerox et une de l’Inria.

Comme j’adore l’archéologie, je mets à votre disposition ici celle qui m’avait le plus marqué à l’époque : le digital desk de Xerox. Le principe m’avait fasciné: une caméra qui filme des interactions, et qui les interprète.

Il est de mon bon plaisir de le partager. Ce n’est pas de la qualité vidéo exceptionnelle, mais le contenu est respecté. Surtout, par rapport à la technologie actuelle, n’oubliez pas que ce qui est montré ici date de plus de 17 ans…

 

 

 

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